Les grandes ambitions de la Compagnie des Alpes, qui lance son augmentation de capital

Prévue dans son "plan de reconquête", l'augmentation de capital de 231 millions d'euros de la Compagnie des Alpes est désormais amorcée depuis ce mercredi. Après avoir connu une descente en chute libre de son activité (-93%) au premier semestre, ce poids lourd du secteur du tourisme et des loisirs relève désormais les manches et se concentre sur un plan stratégique en plusieurs étapes, avec une ambition : poursuivre la "désaisonnalisation" de son activité.

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Cette augmentation de capital déjà annoncée début juin marque une étape cruciale au sein d'un nouveau plan stratégique défendu par le nouveau dg du groupe, Dominique Thillaudqui se veut ambitieux, qui pourrait se résumer en quatre grandes étapes.
Cette augmentation de capital déjà annoncée début juin marque une étape cruciale au sein d'un nouveau plan stratégique défendu par le nouveau dg du groupe, Dominique Thillaudqui se veut "ambitieux", qui pourrait se résumer en quatre grandes étapes. (Crédits : DR)

[Publié le 01/06/2021, réactualisé le 09/06/2021 à 12:28]

Elle l'avait annoncé il y a quelques jours, c'est désormais chose faite. La Compagnie des Alpes, qui assure l'exploitation de onze stations alpines (La Plagne, Les Arcs, ou encore Val d'Isère...) et de 13 complexes ou sites de loisirs (dont Parc Astérix, le Futuroscope, des parcs Walibi...), donne désormais le coup d'envoi de son augmentation de capital de 231 millions d'euros ce mercredi.

Avec des objectifs clairement affichés : "retrouver une flexibilité financière compatible avec ses ambitions de croissance", mais aussi lui permettre "d'exploiter pleinement le potentiel de reprise de l'activité dès la réouverture des sites", de "relancer la dynamique d'investissements" et de "renouer avec les niveaux d'activité et la trajectoire de croissance rentable d'avant crise".

Une nouvelle accueillie plutôt favorablement par les marchés, puisque vers 10h50 ce mercredi, le titre du groupe avait même gagné +2,06% à la Bourse de Paris (soit 22,25 euros).

Le prix de souscription de cette augmentation de capital a été fixé à 9,40 euros par action nouvelle, soit une décote de 55,9% (au regard de la clôture du 7 juin dernier), a déclaré le groupe. L'opération demeurera ouverte du 14 au 23 juin prochain, avec un droit préférentiel pour les actionnaires déjà existants.

Cette opération s'inscrit plus largement dans une grande stratégie de reconquête, dévoilée par le groupe, début juin. Lors de la présentation de ses résultats semestriels, le nouveau directeur général de La Compagnie des Alpes (CDA) Dominique Thillaud, entré en fonction ce mardi 1er juin, était en effet venu outillé. Avec au programme, un organigramme de gouvernance renouvelé, mais surtout, un nouveau plan stratégique, que l'on pourrait résumer en quatre grandes étapes.

Son message : si le Covid a brutalisé le groupe dans ses deux piliers d'activité, « il demeure beaucoup de gisements de valeur à exploiter » pour ce poids lourd du secteur du tourisme et des loisirs.

Le renouveau, après l'effrondrement du tourisme pendant la crise

Même si en premier lieu, ce premier semestre a d'abord confirmé la chute libre des indicateurs financiers du groupe, en raison des fermetures intervenues au cours du dernier semestre, tant pour ses domaines skiables que ses parcs d'attractions.

Résultat ? Le groupe a annoncé, sans surprise, une chute de 93,3% de son chiffre d'affaires au premier semestre 2020-2021 (calculé d'octobre à mars 2021). Et plus globalement, de -28% sur l'ensemble de son exercice annuel.

« Les résultats de ce premier semestre intervenant d'octobre 2020 à mars 2021 ont été marqués par la fermeture de la quasi-totalité de nos sites, à la fois au sein de notre business unit (BU) des domaines skiables ainsi que des parcs de loisirs. Cela nous conduit à enregistrer un chiffre d'affaires de 31,5 millions d'euros contre 470,5 millions pour la même période l'an dernier, ainsi qu'un EBO de -17,2 millions, contre 148,2 millions au premier semestre 2020 », précise Dominique Thillaud.

Sa BU dédiée aux domaines skiables aura ainsi enregistré un chiffre d'affaires de seulement 2,5 millions (grâce à l'ouverture partielle des domaines de Tignes et des Deux Alpes juste avant le second confinement), contre des revenus habituellement fixés à 350,2 millions d'euros sur la même période de l'année précédente.

Preuve s'il en faut encore, que le modèle des stations actuelles ne peut pas survivre sans le ski. Toutefois, le directeur général note que les mesures engagés (réduction des coûts de structures, aides de l'état, rééchelonnements, etc) ont conduit cette branche à afficher tout de même un résultat positif de 31,7 millions, contre 175 millions l'an dernier.

Du côté des parcs de loisirs, la dégringolade est également présente sur le premier semestre, avec un chiffre d'affaires de 27,6 millions d'euros, contre 103,2 millions sur la même période l'an dernier, et un résultat global cependant négatif de -34 ,9 millions (contre -13,2 millions l'an dernier).

Même chose pour son département holding (avec l'acquisition notamment de l'agence de voyage Travel Factory), dont les résultats sont aussi plombés par la saison blanche en montagne (avec un chiffre d'affaires de 1,5 million contre 17,2 millions au premier semestre 2020).

Etape 1 : tenir la tête hors de l'eau

Pour résister face à l'ampleur de ces 15 mois de crise sanitaire, la filiale de la Caisse des dépôts a d'abord dû activer l'ensemble des leviers disponibles : économies sur coûts de structure et de fonctionnement, réduction de son enveloppe d'investissements, Prêt Garanti par l'Etat (PGE) de 200 millions d'euros en juin 2020 suivi d'un PGE Saison de 269 millions en décembre 2020, lignes de découvert ouvertes à concurrence de 147 millions d'euros, ou encore mise en place d'un accord de suspension de son covenant de levier d'endettement financier...

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La CDA aura par ailleurs bénéficié du versement d'une enveloppe de 51 millions d'euros, au titre de la résiliation anticipée des Délégations de Services Public (DSP) du domaine skiable des Deux Alpes.

L'ensemble de ces dispositifs lui auront permis de limiter la chute, et de réduire la course de son endettement. Ainsi, à l'issue de ce premier semestre 2022/2021, la Compagnie des Alpes affichait ainsi un niveau de liquidités de 416 millions d'euros (dont une trésorerie disponible de 22,4 millions) et un niveau d'endettement financier net à tout de même 807 millions (contre 465 millions juste avant l'arrivée de la crise, en mars 2020).

Mais ce ne sera pas entièrement suffisant : « afin de retrouver une flexibilité financière compatible avec ses ambitions de croissance », la Compagnie des Alpes envisage désormais une augmentation de capital de 230 millions d'euros.

Cette opération comprendra le maintien du droit préférentiel de souscription et sera complétée prochainement sous réserve de conditions favorables du marché ainsi que du feu vert de l'AMF. « Nous avons déjà reçu le soutien de nos principaux actionnaires, qui ont fait part de leur intention de participer », ajoute Dominique Thillaud.

Etape 2 : saisir la reprise

L'opérateur de stations de ski et de parcs de loisirs, filiale de la Caisse des Dépôts, table cependant déjà sur un rebond en 2021/2022, même s'il demeure en partie suspendu à l'amélioration de la situation sanitaire.

Et pour l'heure, les voyants semblent (enfin) au vert puisqu'ils lui permettent d'envisager une réouverture progressive de ses équipements de loisirs entre les 26 février dernier, pour le précurseur Musée Grévin de Montréal, et le 9 juin prochain, pour ses équipements comme le Futuroscope, parc Astérix, Walibi, etc.

Avec des jauges en moyenne supérieures à 50% (sauf en Belgique où elles atteignent pour l'heure 30%), et qui sont appelées à s'élargir dès début juin.

Même chose pour les remontées mécaniques de ses principaux domaines, où l'agenda des réouvertures s'échelonne entre le 5 juin prochain pour les Arcs ou Vallandry, et le 3 juillet prochain pour les derniers domaines (Flaine, Méribel, les Ménuires, etc).

De quoi ambitionner de retrouver, d'ici l'exercice 2022/2023, un niveau d'activité mais surtout une trajectoire de croissance rentable. Avec aussi, la perspective d'un retour à un dividende au moins égal à celui d'avant crise à partir de 2023 (en sachant que le versement pour l'année en cours a été suspendu). Du côté de sa dette, l'ambition est également celle de repasser d'un ratio de 3 à 3,5 (rapport entre sa dette nette financière et son EBO) à entre 2,5 à compter fin septembre 2023, si son augmentation de capital se confirme notamment.

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Bien que l'opérateur de parcs et domaines skiables se garde bien de communiquer tout chiffre, concernant les taux de réservations enregistrés à ce jour, il veut croire en une reprise portée naturellement par les aspirations des Français, avec une saison d'été 2021 qui pourrait être « proche » de celle enregistrée en 2020.

« On constate avec cette crise que les loisirs, surtout lorsqu'on en est privés, deviennent une sorte de nouveaux besoins primaires », glissait à ce titre Dominique Thillaud.

Le groupe pointe également la force de ses infrastructures, dans lesquelles le groupe avait déjà investi « plus de 1 milliard d'euros depuis 2014 ».

« La Compagnie des Alpes est donc entrée dans cette crise en bénéficiant d'actifs de très bonne qualité », soufflait Loic Bonhoure, nommé directeur général adjoint depuis novembre dernier.

Etape 3 : reprise des investissements et « désaisonnalisation »

Mais ce ne sera pas suffisant : le groupe sait également que pour demeurer compétitif et répondre aux aspirations des Français, il ne pourra cependant pas relâcher ses investissements.

Dans les domaines skiables par exemple, on enregistrait ainsi une baisse de l'investissement de -32,9% au cours du premier semestre, contre -23% dans le domaine des parcs de loisirs.

C'est pourquoi en lieu et place d'une cible annuelle qui pouvait aller jusqu'à 160 millions avant l'arrivée du Covid, le groupe vise aujourd'hui un investissement total net de 140 millions d'euros, sur l'exercice en cours jusqu'à mi-2021.

Et il s'est surtout engagé à bonifier ce montant, avec la volonté de maintenir une trajectoire de 200 millions d'investissements annuels d'ici 2024/2025, capitalisant en partie sur un effet de rattrapage, mais pas uniquement.

Du côté des parcs, la CDA souhaite notamment investir dans le développement de nouvelles attractions comme, au Parc Astérix, avec l'installation de sa nouvelle attraction Toutatis d'ici 2023, appelée à générer 140.000 visiteurs supplémentaires par année, ou encore dans son plan de transformation du Futuroscope, qui prévoyait déjà depuis l'an dernier une enveloppe de 300 millions d'euros à investir au cours des dix prochaines années, afin de le transformer en « un resort d'envergure européenne ».

Avec, notamment, la création d'un aquaparc, de trois attractions majeures, ainsi que la construction de deux nouveaux hôtels pour renforcer sa capacité hôtellière.

La "désaisonnalisation" de son activité est également au cœur de sa stratégie post-crise, à travers notamment sa volonté de renforcer les événements sur les périodes d'Halloween et de Noël, ou encore d'augmenter son offre d'hébergement au Parc Astérix.

Du côté des stations de ski, le groupe veut continuer à investir en faveur de grandes orientations, dont « une meilleure maîtrise de ses flux de skieurs, l'aménagement des domaines skiables ou encore l'amélioration de la couverture neigeuse, ou encore le renforcement du parcours client et bien sûr, le développement d'activités estivales ».

Sans qu'un projet précis ne soit toutefois mentionné à ce stade, alors qu'un plan spécifiquement destiné à la relance de la montagne française vient d'être par ailleurs annoncé par Jean Castex.

Etape 4 : étudier d'autres pistes d'avenir

Mais la CDA et son nouveau directeur général voient déjà plus loin et évoquent l'étude, par ailleurs, de deux gros dossiers « à fort potentiel de création de valeur » : à commencer par le projet appelé « Grand Astérix », qui vise à créer un quatrième hôtel équipé de deux restaurants et d'un centre de séminaires, ainsi qu'un centre aquatique d'ici les six prochaines années. Et un objectif : « valoriser le potentiel foncier du parc », tout en « intensifiant sa transformation en destination de court séjour ».

Le groupe ambitionne également de développer une sorte de démonstrateur grandeur nature en montagne, à travers le domaine du Grand Massif (Flaine, Morillon, Samoëns et Sixt), où elle pourrait investir jusqu'à une enveloppe de 60 millions d'euros.

Là encore, l'objectif en bout de ligne sera en vue d'assurer la diversification de son offre et d'accélérer le développement de nouvelles activités hors ski, notamment en été. Avec une cible : être en capacité de générer ensuite un relai de croissance « de 25 à 50% de chiffre d'affaires additionnel à un horizon de 10 ans, indépendamment des conditions d'enneigement ».

Car malgré la crise Covid qui a été d'une « brutalité inouïe » comme en témoigne Dominique Thillaud, ce dernier rappelle que le marché du ski était jusqu'ici en croissance de 3,5 % par année au sein de la CDA, tandis que la progression du marché des parcs de loisirs atteignait même +7,7 % chaque année. De quoi donner au géant du tourisme des raisons d'espérer.

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