Réforme du code du travail : manifestation sous tension à Lyon

Entre 5 000 et 10 000 personnes s'étaient mobilisées pour manifester leur opposition aux ordonnances visant à réformer le code du travail. Cependant, des heurts ont rapidement éclaté avec les CRS. Après deux heures de négociation, la mobilisation a finalement repris.

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(Crédits : Laurent Cerino / ADE)

La musique émanant du camion de la CGT reprend. Les banderoles et pancartes se soulèvent de nouveau. Et finalement, les slogans retentissent au niveau de la station Garibaldi, sur le cours Gambetta, à Lyon. Il est 14h30. Deux heures plus tôt, la manifestation contre les ordonnances venant réformer le code du travail avait été bloquée, à peine commencée, par des dizaines de CRS. Puis, les forces de l'ordre avaient coupé la manifestation en deux, isolant à coup de gaz lacrymogène, matraque et flashball une partie des manifestants, pour la plupart issus de groupes anarchistes ou antifascistes. Tant qu'ils ne sont pas libérés, le reste du cortège refuse d'avancer.

"Libérez nos camarades", crie la foule à intervalles réguliers. Au terme de plusieurs négociations, tous sont finalement relâchés. "Maintenant, on peut reprendre la manifestation contre la loi travail XXL, ce pourquoi on était venu", scande Joao Pereira Alfonso, secrétaire général UD CGT 69, au haut-parleur.

Précarité

Car si entre 5 400 (selon la police) et 10 000 personnes (selon les syndicats) ont décidé de descendre dans la rue, à l'appel de la CGT et de ses alliés (Sud, FSU, Unef), c'est pour clamer leur opposition aux ordonnances présentées à la fin du mois d'août par le gouvernement Philippe et la ministre du Travail, Muriel Penicaud. "Ces ordonnances marquent la fin de la hiérarchie des normes, la fusion des instances représentatives amène à moins de représentation des salariés au sein de l'entreprise, le plafonnement des indemnités prud'homales divisé par deux. Elles ne vont pas dans le sens du monde du travail", regrette Joao Pereira Alfonso.

Avant le début de la manifestation, Christine se trouve à l'avant du cortège, avec un groupe d'amies.

"Je suis particulièrement mobilisée contre les CDI de chantier. L'utilisation du terme CDI veut faire croire qu'il apporte de la sécurité, mais ce n'est jamais que de l'intérim, avec des avantages financiers en moins puisqu'ils ne prennent plus en compte l'aspect précaire", explique cette enseignante, avant d'illustrer : "Ma fille est intérimaire, si elle avait été en CDI de chantier, elle aurait gagné 500 euros de moins par mois."

Mobilisée tant pour le fond que pour la forme, elle se dit également "furieuse de la façon dont passent les lois : normalement, elles doivent être votées, discutées, et amendées si besoin." Un constat que rejoint Ludovic. Cet étudiant en deuxième année à l'IEP de Lyon a revêtu pour l'occasion un t-shirt rose, signe de son appartenance à un mouvement queer-LGBT. Il dénonce "une réforme qui précarise, et touche davantage les minorités. Ce n'est pas la société dans laquelle nous avons envie de vivre."

Grève continue

Mégaphone à la main, Mathias, étudiant de 21 ans, pousse la chansonnette. Adhérent aux Jeunes communistes de Lyon, il voit plus loin que la mobilisation de ce 12 septembre. "C'est un jour important, car il s'agit de la première manifestation depuis qu'Emmanuel Macron a été élu président. C'est un moyen de regarder quelles sont nos forces, et surtout de nous organiser pou un mouvement que l'on espère encore plus long que celui contre la loi Travail." "Ce sont les premiers pas. L'objectif est d'organiser une grève continue, pour montrer que le pouvoir économique vient de ceux qui font la production", ajoute son collègue Simon, juste à côté de lui. Lui, tient un drapeau rouge, aux couleurs du parti communiste.

Plus haut dans le cortège, une vingtaine d'infirmiers de l'Infirmerie protestante de Caluire ont eux aussi décidé de manifester "pour montrer que nous sommes là, que nous sommes vigilants sur les réformes". Même s'ils ont quitté la clinique, tous sont venus habillés de leurs blouses et masques chirurgicaux verts. Une façon de dénoncer un ras-le-bol plus général concernant leurs conditions de travail :

"Nous manquons de personnel, ce qui se ressent au niveau des soins de patients, nous manquons aussi de considération", expliquent Fabien, Catherine et Bénédicte.

Malgré quelques exaspérations, la manifestation continue dans le calme. "Ces incidents ne nous arrêtent pas. C'est une lutte de tous les jours. Et on va recommencer à nous mobiliser", lance un manifestant, sosie de Daniel Herrero. Avec en tête, une prochaine mobilisation déjà annoncée, le 21 septembre.

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