Présidentielle 2017  : ces chercheurs testent des modes de scrutin alternatifs

Le scrutin présidentiel à deux tours n'est pas exempt de paradoxes. Il favorise notamment le vote "utile" défavorable aux petits candidats. Pour permettre d'exprimer au mieux les rapports de force au sein de l'opinion, certains chercheurs du laboratoire GATE Lyon Saint-Etienne (CNRS) expérimentent des systèmes de vote alternatifs.

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L'un des principaux écueils du système français est le poids du vote utile.
L'un des principaux écueils du système français est le poids du vote "utile". (Crédits : reuters.com)

Donald Trump a remporté le scrutin présidentiel américain contre Hillary Clinton alors que celle-ci avait plus de 2 millions de suffrages d'avance. Ce paradoxe récent est l'un des nombreux exemples démontrant l'importance du mode de scrutin dans le résultat d'une élection. "En fonction du système de vote utilisé, on peut ne pas élire le même président", résume Stéphane Gonzalez, enseignant-chercheur en économie au sein du laboratoire Groupe d'analyse et de théorie économique (GATE Lyon Saint-Etienne - CNRS).

Ce spécialiste de la théorie des jeux fait partie des rares économistes qui interrogent scientifiquement les outils de la démocratie et expérimentent des modes de scrutin alternatifs. Les résultats de ces travaux seront présentés au grand public le 28 avril à l'université Jean-Monnet (Saint-Etienne) au cours d'un cycle de tables rondes intitulé "Comment construire les outils démocratiques de demain ?".

L'écueil du vote utile

Le scrutin à deux tours qui va permettre aux Français d'élire le (la) futur(e) président(e) de la République n'est pas exempt de paradoxes.

"Il arrive que le fait de gagner des voix soit défavorable à un candidat, illustre Stéphane Gonzalez. Par exemple, si en 2002 Jacques Chirac avait pris davantage de voix à Jean-Marie Le Pen, il aurait pu se retrouver face à Lionel Jospin au second tour et finalement perdre l'élection. Dans ce cas, le principe qui consiste à dire que plus j'obtiens de voix plus j'ai de chance de gagner, n'est pas respecté."

L'un des principaux écueils du système français est le poids du vote "utile" qui joue en défaveur des petits candidats.

"Les électeurs tendent à voter, non pas pour le candidat qu'ils préfèrent, mais pour celui qui a une chance de gagner, constate l'enseignant-chercheur. Cela pose un problème dans la mesure où le score final ne représente pas forcément l'approbation des électeurs pour un candidat. Ainsi, on ne sait pas si celui qui termine l'élection avec 3 % des suffrages est détesté par les électeurs où si ces derniers ont préféré reporter leur vote sur un autre candidat ayant plus de chance de l'emporter. C'est vraisemblablement ce qui s'est passé pour Eva Joly lors de la dernière présidentielle."

Vote par approbation

Les chercheurs en économie du laboratoire GATE expérimentent des modes de scrutins qui permettent de limiter ce genre de paradoxe. C'est le cas du vote par approbation, qui consiste pour l'électeur à se prononcer pour ou contre chacun des candidats. "Ce mode de scrutin donne une meilleure représentation des rapports de force au sein de l'opinion", souligne Stéphane Gonzalez.

Il est également possible de demander aux électeurs d'attribuer une note à chaque candidat et d'élire celui qui aura obtenu la meilleure moyenne. Ou encore, dans le cadre de l'élection d'une assemblée, de réserver des sièges vacants en fonction du pourcentage de votes blancs. Les possibilités sont multiples. Certaines sont actuellement testées en ligne par une autre chercheuse du GATE, Antoinette Baujard.

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