Crise énergétique : attendue au tournant, la municipalité écologiste à Lyon affûte son plan pour contrer la flambée des coûts

A l'image de Paris et d'autres villes de France, la municipalité écologiste de Lyon prépare son propre plan de sobriété énergétique face à la hausse des coûts. Alors qu'un groupe de travail "transpartisan" a été lancé la semaine dernière, la question est aussi revenue en début de conseil municipal ce mardi. Le maire défend une sobriété sans austérité, avec l'objectif de diminuer de 10% la consommation énergétique de la Ville. Malgré cet objectif, il n'exclût pas non plus une hausse de la fiscalité.
Nous travaillons en responsabilité, en envisageant toutes les hypothèses. L'évolution de la taxe foncière est l'une d'entre elles, mais en aucun cas une réalité actuellement, a confirmé le maire EELV Grégory Doucet.
"Nous travaillons en responsabilité, en envisageant toutes les hypothèses. L'évolution de la taxe foncière est l'une d'entre elles, mais en aucun cas une réalité actuellement", a confirmé le maire EELV Grégory Doucet. (Crédits : Pixabay)

Près de 90 millions d'euros de facture énergétique en 2023 "si rien n'est fait" pour la Métropole de Lyon, contre 38,3 millions d'euros estimés en 2023 rien que pour la ville centre de Lyon... Les premières estimations concernant la hausse des coûts de l'énergie sur les finances des deux collectivités lyonnaises font froid dans le dos.

Depuis quelques jours, les déclarations, jusque là relativement discrètes, sur la scène lyonnaise se multiplient concernant les conséquences de la flambée des cours de l'énergie. Bibliothèques, gymnases, piscines et autres structures municipales ... Entre inflation et hausse des tarifs de l'énergie, la Ville de Lyon s'attend à ce que les équipements dont elle a la gestion viennent en effet alourdir considérablement la facture de la Ville.

"On estime à 20 millions d'euros le surcoût sur le budget lié à l'augmentation du prix de l'électricité (de 20,7 millions, la facture passerait à 38,3 millions d'euros)", a déclaré le maire de Lyon, Grégory Doucet dans une interview au Progrès ce week-end.

A l'échelle du Grand Lyon, le président EELV estimait que la métropole, qui regroupe 59 communes ainsi que les compétences d'un département sur son propre territoire, allait finir l'année 2022 "autour de 55 millions d'euros" de coûts énergétiques, et à 90 millions d'euros en 2023 "si rien n'est fait".

"C'est énorme et ça peut nous conduire à des arbitrages à faire, et ça peut être encore pire pour d'autres collectivités qui sont moins bien portées financièrement que nous", a-t-il affirmé sur le plateau de BFM Lyon.

Selon lui, il n'est pas normal qu'il n'existe aucun dispositif pour aider les collectivités à faire face à cette hausse : "on est en train d'assister à un racket des collectivités locales de la part des fournisseurs d'énergie, de gaz, d'électricité, avec une inaction voire une complicité de l'Etat qui est actionnaire d'ailleurs", dénonçait le président écologiste, qui appelle à un système d'encadrement des prix de l'énergie pour les collectivités et leurs syndicats de transports en commun.

Quelle action pour la ville ?

Chaque mairie d'arrondissement se retrouve aussi face à cette impasse. Pour la mairie du 1er par exemple, les dépenses en gaz et électricité atteignaient 125.000 euros en 2021 et elle prévoit déjà une facture de 272.000 euros pour 2023, dont 137.000 euros uniquement pour le complexe Sportif Duplat Genety.

"La part des fluides est passée de 37% de la dotation de gestion, en 2021, à 93% prévu en 2023", a ajouté Yasmine Bouagga, maire du 1er arrondissement. "Que prévoit la Ville face à la crise ?" a lancé l'élue au maire de Lyon, lors du conseil municipal de la Ville de Lyon ce 20 septembre.

Alors que la Ville de Lyon avait fait, bien avant la crise énergétique, de l'urgence climatique une inscription à "son plan de mandat" (sans compter qu'elle est désormais lauréate du programme "100 Villes climatiquement neutres" de la commission européenne), la municipalité conduite par Grégory Doucet est désormais attendue au tournant concernant le plan de sobriété qu'elle compte présenter dans les prochaines semaines.

Le 6 septembre, suite à l'appel du gouvernement, la Ville avait commencé par annoncer la création d'un groupe "transpartisansur la question de la sobriété énergétique, qui sera chargé de rassembler les différents groupes politiques afin d'identifier les mesures pour y parvenir. Il sera piloté par l'adjoint chargé de la Petite Enfance à la ville de Lyon, Steven Vasselin, et devra rendre ses conclusions mi-octobre.

Objectif affiché : rien de moins (ni de plus) que de réduire pour l'instant de 10% en l'espace de deux ans - voire même, si possible, en une année - la consommation énergétique de la Ville (bâtiments, déplacement des élus, éclairage urbain... ).

Sobriété, mais pas austérité

Déjà, la Ville de Lyon a rappelé que la première des solutions à mettre en place rapidement reste la sobriété. De ce côté-là, par exemple, la mairie du 1er "a revu l"ensemble ses équipements pour ajuster au mieux le chauffage en termes horaires et de températures." Elle vise ainsi une baisse de consommation de 10% à 15%.

"Pour faire face à l'explosion des factures des mairies d'arrondissement, notre exécutif a choisi d'une part de sanctuarise la DAL (dotation d'animation locale) qui finance les actions d'animation dans chaque arrondissement et ajuster en cours d'année le montant de la gestion locale à hauteur de ce qu'imposera la dépense des fluides et autres dépenses obligatoire", a assuré Sylvain Godinot, adjoint transition écologique à la mairie de Lyon.

La sobriété, certes, mais de là à fermer les équipements ? Pour l'instant, ce n'est pas à l'ordre du jour. "Nous porterons ensemble une sobriété choisie et non une austérité imposée génératrice d'inégalités", selon le maire de Lyon, qui garantit qu'il y aura un maintien du service public en cette période de crise.

La municipalité écologiste rappelle que plusieurs mesures concrètes et rapides ont déjà été prises à Lyon, "dépassant même les orientations données sur le plan national" : comme la publication de son arrêté contre le chauffage des terrasses en avance de quelques mois sur la Loi Climat, ainsi que d'un arrêté sobriété énergétique qui réglemente l'usage de la climatisation dans les commerces. Mais aussi l'adaptation de son plan lumière sur 370 bâtiments patrimoniaux quatre jours par semaine. Ainsi que plus largement, la mise en place d'une régulation des températures au sein des bâtiments publics ou encore d'une rénovation thermique engagée dans les bâtiments municipaux.

Et pour atteindre la cible de réduction fixée à 10% de ses consommations, soit quatre millions d'euros par an, la Ville est consciente que ce choix "implique de nous pousser dans nos retranchements", annonce Sylvain Godinot, qui laisse entendre que des efforts seront encore à réaliser sur ces points. Car malgré une telle réduction de la consommation, l'adjoint estime que "l'impact budgétaire de la dépense en énergie passerait tout de même encore de 20 à 36 millions par an."

Depuis le début du mandat, la municipalité, qui a signé un traité de non-prolifération des combustibles fossiles, a aussi acheté du biogaz, qui représente aujourd'hui 25% de son volume consommé.

Taxer les habitants ou les superprofits ?

Quant à augmenter les taxes locales pour pallier les surcoûts ? La municipalité écologiste ne ferme pas la porte non plus à cette éventualité.

"Nous travaillons en responsabilité, en envisageant toutes les hypothèses. L'évolution de la taxe foncière est l'une d'entre elles, mais en aucun cas une réalité actuellement. Notre responsabilité est d'anticiper autant que possible", a déclaré Grégory Doucet.

Une déclaration qui n'a pas manqué de faire bondir l'opposition dès ce mardi : "J'ose espérer que l'augmentation des impôts des Lyonnais ne sera pas une option de remédiation [...]. Il n'est pas concevable que le portefeuille des contribuables soit la solution. Ils ont déjà suffisamment de mal à boucler les fins de mois avec l'augmentation vertigineuse du coût de la vie pour qu'ils participent une fois de plus par l'impôt", a martelé Yann Cucherat, président du groupe Pour Lyon.

L'an dernier, le niveau de la taxe foncière à Lyon permettait à la capitale des Gaules de se placer, au même titre que Lille ou Strasbourg, parmi les grandes villes où cet impôt local était le moins élevé en 2021, avec un montant qui ne dépassait pas 75 euros par mois lorsqu'il est mensualisé.

Quitte à frapper au portefeuille, Sylvain Godinot, a déjà une idée sur la question, en suggérant plutôt de se concentrer sur les plus riches, et pas nécessairement les ménages : "Il faut veiller à ce que le plus fragiles soient les mieux protégés et que les plus riches soient pleinement mis à contribution. [...] Nous demandons que l'État taxe les superprofits."

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