Femmes élues en Auvergne Rhône-Alpes : une parité encore loin d'être atteinte

La parité progresse dans les rangs des élus en Auvergne Rhône-Alpes, mais elle est encore loin d'être atteinte. Les postes à responsabilité demeurent encore majoritairement occupés par des hommes, avec seulement 21% de femmes maires, et des têtes de départements encore très masculines. Au sein de la Région, même chose pour les postes de direction. Par l'imposition de quotas, le législateur force le progrès, mais un travail de terrain reste à faire, comme le rappelait déjà le réseau Élues Locales.

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Seules 21,2% des maires de la région Auvergne Rhône-Alpes sont des femmes, rappelle l'Insee.
Seules 21,2% des maires de la région Auvergne Rhône-Alpes sont des femmes, rappelle l'Insee. (Crédits : Unsplash)

La part de femmes élues en Auvergne Rhône-Alpes, suite aux élections municipales de 2020 était de 43,9% (contre 41,9% en 2014), soit 1,6 point de plus que la moyenne française, selon l'Insee. Un pas de plus vers la parité, mais pas encore assez pour y prétendre. A noter également que la Région concentre 12,3% de l'ensemble des élus municipaux de France et a donc sa part d'exemplarité à jouer.

C'est ce que vise à faire évoluer le réseau Femmes Elues créé par Elues Locales en 2012, qui a célébré sa dixième rencontre nationale en décembre dernier. En Auvergne Rhône-Alpes, le prochain rendez-vous local du réseau se tiendra le 25 mars prochain, peu après la Journée internationale pour les droits des femmes, où ce sujet est remis sur le devant de la scène.

Fondé par Julia Mouzon, membre du Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes, "le réseau a un double objectif : renforcer l'impact politique et favoriser l'échange et le partage d'expérience."

Les postes à plus hautes responsabilités toujours occupés par des hommes

Si la parité n'est pas atteinte dans la proportion globale, les chiffres empirent lorsqu'il s'agit des postes à responsabilité. Seules 21,2% des maires auralpins sont des femmes (16,6% en 2014), selon l'Insee. Si Auvergne Rhône-Alpes demeure la quatrième région française avec la plus large proportion de maires femmes, cela démontre aussi à quel point la barre demeure peu élevée à ce stade.

La Haute-Savoie, le Rhône, l'Ardèche et la Drôme se classent respectivement cinquième, huitième, dixième et douzième des départements français ayant le plus de maires femmes.

Sachant que pour les communes de plus de 1.000 habitants, la parité des listes est imposée par la loi, depuis 2014. Toutefois, "si les communes de 1.000 habitants ou plus ont, par contrainte légale, une part plus importante de femmes au sein de leurs conseils municipaux, leurs maires sont en revanche plus souvent des hommes".

Ainsi, dans la région, seuls 19,3 % des maires de ces communes sont des femmes, contre 22,4 % pour les communes de moins de 1.000 habitants. "De manière générale, plus les communes ont une population importante, plus la part de femmes parmi les maires est faible", contrebalance l'étude de l'Insee.

En Auvergne Rhône-Alpes, aucune commune de plus de 100.000 habitants n'est même dirigée par une femme.

"Plus la population est importante, moins il y a de femmes maires. Il y a des enjeux médiatiques et un problème institutionnel. Aussi, dans les partis, on donne les têtes de listes à ceux qui ont eu le temps d'attendre", analyse Julia Mouzon d'Élues Locales. Comprendre : à ceux qui n'ont pas eu de carrières entrecoupées par des obligations familiales. Aussi, la loi n'impose pas la parité pour les têtes de liste.

A ce sujet, Florence Delaunay, adjointe à la mairie de Lyon déléguée à aux droits et égalités, à la mémoire, au culte et à la spiritualité se rappelle des dernières élections métropolitaines de 2020 :

"Je n'ai pas d'expérience politique précédente. Le premier constat en arrivant dans ce cadre, c'est dans la campagne. J'ai été choquée par la façon dont François Noël Buffet avait organisé la parité, avec un homme en tête et une femme derrière, donc il n'y avait pas de femmes élues." En effet, pour quatorze circonscriptions, il avait présenté quatorze têtes de liste masculines. "La parité est assez facile à contourner", rappelle l'élue lyonnaise.

90.000 euros d'amende pour la Région et le département du Rhône

Quid des autres collectivités ? La Région et le Département n'échappent pas à la règle des postes à responsabilités confiés à des hommes. La présidence de la Région est confiée à un homme et dix départements sur les douze qui composent Auvergne Rhône-Alpes sont aussi présidés par des hommes.

Au niveau national, dans les conseils départementaux, la parité est montée à 50% en 2015, avec l'obligation de présenter des candidatures binominales. Au sein des conseils régionaux, la parité parmi les conseillers s'élève à 49% à l'échelle nationale, d'après la Direction générale des collectivités locales.

Mais, au sein même des collectivités, ce sont au coeur des postes à responsabilités que la parité pèche. A la Région par exemple, comme l'analysait le Progrès, la parité est obligatoire parmi les vice-présidents. Par contre, elle ne s'applique pas pour les conseillers spéciaux (neuf hommes sur quatorze conseillers) et les conseillers spécialisés (sept hommes).

En septembre 2021, la direction générale de l'administration et de la fonction publique publiait un bilan national de la mise en œuvre du dispositif des nominations équilibrées au cours de l'année 2019 :

En Auvergne‑Rhône‑Alpes, la Région, le département du Rhône et la commune de Vénissieux ont été "assujetties au paiement d'une pénalité financière [de 90.000 euros] pour ne pas avoir atteint l'objectif de 40 % de primo‑nominations de personnes de chaque sexe sur ces emplois de direction." En France, quatre Régions, six départements et quatre communes ont dû payer cette amende.

"En théorie, tout le monde est pour la parité, mais quand il faut partager les postes à enjeux, on voit que ce n'est pas ouvert", résume Florence Delaunay.

Une inégalité qui se joue sur le terrain

Sophie Bourgade est adjointe au maire de Chambéry et membre du réseau Femmes Elues : "c'est important de faire vivre ce réseau pour conscientiser que les femmes politiques ne vont pas être forcément victimes de sexisme et de machisme direct, mais de beaucoup d'attitudes et de comportements différentiels. On prend des choses frontales et violentes", détaille-t-elle.

Florence Delaunay, élue de Lyon se souvient par exemple des propos d'Étienne Blanc, alors candidat LR aux élections municipales de 2020, à Lyon, dans le média L'Arrière-Cour, comparant le féminisme au trotskisme. "Ce contexte-là perdure", constate l'élue. "Le mandat local est exigent et bénévole, encore plus pour les femmes", affirme Julia Mouzon.

Le réseau Femmes Élues des Elues Locales donne aussi des formations sur le rôle et le savoir des élus. "Les femmes ont moins un sentiment de légitimité, qui est acquis dans le milieu politique masculin par une sorte de cooptation car, historiquement, ils sont dans ces milieux, analyse Julia Mouzon. Les élues femmes ont besoin d 'échanger sur ce sujet et de partager une conscience commune et de parler de leurs expériences dont elles ne parleraient pas dans des espaces où il y a des hommes. Comment s'organiser personnellement et collectivement ?", interroge la fondatrice du réseau.

Aussi, "le fait d'avoir peu de gens à qui poser la question peut être très freinant et pousser à la démission." Une analyse qui croise l'expérience de de Florence Delaunay, qui ne se serait pas investie dans sa campagne si la question de la parité n'avait pas été abordée par son parti : "Ce qui donne envie d'y aller, c'est quand un parti n'a pas un discours de façade, mais qu'il y a des mesures précises."

"L'absence de parité montre que la vie politique n'est pas représentative"

Sophie Bourgade, élue à Chambéry, souligne aussi l'importance de la représentativité, notamment dans les médias. Elle se souvient d'un 8 mars, journée des droits des femmes, où le journaliste a tendu naturellement le micro au maire, et non à elle, adjointe en charge de la lutte contre les discriminations.

Au niveau des fonctions, "les hommes se voient souvent attribuer les postes d'adjoints aux services techniques et financiers, quand les femmes ont en charge la petite enfance, le social ou l'environnement", note Julia Mouzon.

Un travail de fond à mener dès la racine du problème. A Lyon, la Ville travaille par exemple sur l'aménagement des cours d'école, "ou sur le sport, est-ce que les subventions sont en phase avec les objectifs d'égalité ?", interroge Florence Delaunay. La municipalité travaille aussi à l'élaboration d'un budget non genré, qui passerait à l'étude toutes ses compétences, par le prisme de la parité.

"On explique aussi aux élues que ce qui se passe est systémique et on leur donne les outils pour prendre sa pleine et juste place", avance la fondatrice du réseau Femmes Elues. Il est question ici de la place des femmes, mais cette problématique concerne aussi tous les autres publics discriminés. "L'absence de parité montre que la vie politique n'est pas représentative", conclut Julia Mouzon.

(Article publié le 21/02/2022, réactualisé le 08/03/2022)

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