Les cinémas Pathé Grand Lyon réouvrent, les yeux déjà tournés vers l'été

Après avoir enregistré plusieurs mois de pertes, les salles obscures du géant français de la distribution Pathé ont enregistré un niveau de préventes élevé sur le territoire du Grand Lyon, à l'occasion de leur réouverture cette semaine. Avec un enjeu : celui d’y croire, et de sauver une saison d’été qui s’annonce déjà riche en programmation, et qui sera portée par le Festival de Cannes.

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Avec leurs 2,6 millions d'entrées enregistrées en 2019, les trois cinémas Pathé Grand Lyon espèrent pouvoir compter sur un été marqué par une programmation un peu plus riche qu'habituellement, même si on ne peut pas parler d'embouteillage.
Avec leurs 2,6 millions d'entrées enregistrées en 2019, les trois cinémas Pathé Grand Lyon espèrent pouvoir compter sur un été marqué par une programmation un peu plus riche qu'habituellement, même si on ne peut pas parler "d'embouteillage". (Crédits : DR)

Fermées du 15 mars au 22 juin, les salles obscures n'avaient connu que quelques semaines de reprise, avant d'être de nouveau placées à l'arrêt au 30 octobre dernier.

Ce mercredi, il résonne donc comme un air de délivrance pour les cinéphiles et les salles obscures, qui se préparaient depuis quelques jours à accueillir de nouveau leur public, même avec un protocole sanitaire drastique.

A Lyon, les cinémas Pathé, qui regroupent trois établissements (Carré de Soie, Bellecour et Vaise), emploient près d'une centaine de salariés habituellement, pour près de 8.000 fauteuils au total.

Avec leurs 2,6 millions d'entrées enregistrées en 2019, ces trois cinémas s'affichent comme les leaders de la scène lyonnaise, à la fois en matière d'entrées et de parts de marché, « et ce, depuis 2008 », nous confirme Alexis Guillaume, directeur des Cinémas Pathé Grand Lyon (Carré de Soie, Bellecour et Vaise). « Car sur une échelle de 15 ans, Pathé a gagné plus de 1,5 millions d'entrées à l'échelle de l'agglomération, sur un marché de 6,5 millions d'entrées annuelles ».

Avec chacun leur spécificité, malgré un statut de multiplex qui les rassemble : « Le Pathé Bellecour est par exemple un établissement historique de Lyon, avec ses dix salles, 700.000 entrées annuelles et sa création en 1933. Il fêtera bientôt ses 90 ans... ».

D'un autre côté, les cinémas de Vaise (800.000 entrées annuelles) et du Carré de soie (1,1 million d'entrées annuelles) ont été construits en 2008 et 2009, et disposent chacun de 14 et 15 salles dédiées à une large programmation.

Et en prévision de cette nouvelle réouverture, chaque établissement a pris la mesure de l'attente de ses spectateurs, qui ont réservé massivement au cours des derniers jours pour être certains d'obtenir leur siège :

« Nous avons enregistré environ 2.000 préventes par cinéma, ce qui est un niveau beaucoup plus élevé que le 22 juin dernier, après le premier confinement », souligne Alexis Guillaume.

« Nous n'avions pas remonté la jauge à plus de 50% »

« Il faut se souvenir que même lors de la période de réouverture partielle, qui s'est déroulée entre le 22 juin et le 22 octobre, nous n'avions pas remonté la jauge à plus de 50% », ajoute-t-il.

Discret sur son chiffre d'affaires global -ainsi que sur le niveau de pertes enregistrées jusqu'ici-, il rappelle cependant qu'une jauge de 50% ne permet pas de couvrir les frais fixes de structures de cette taille.

C'est pourquoi la reprise de ce mercredi était particulièrement attendue par l'exploitant de cinémas, à double titre :

« Ces lieux ne sont pas faits pour être vides ! Même si le protocole sanitaire nous astreint dans un premier temps à une jauge de 35% durant les trois premières semaines, avant d'espérer passer ensuite aux deux tiers puis, si tout va bien, à 100% cet été, c'est déjà une bonne façon d'amorcer la pompe sur les premières semaines ».

Soit une moyenne de remplissage d'un fauteuil sur trois au démarrage, puis d'un fauteuil sur deux, pour finalement retrouver une jauge complète des salles « si tout va bien » au 30 juin prochain. « On serait alors dans une configuration que l'on n'a pas connue depuis le 16 mars dernier ! » admet le directeur de Pathé Grand Lyon.

Du côté de la masse salariale, le groupe Pathé a bien entendu fait appel au chômage partiel mais a enregistré une dizaine de départs, soit environ 10 à 15% de ses effectifs.

« Nous avons constaté que des salariés ont profité de cette période pour se réorienter vers des secteurs de la grande distribution qui restaient ouverts, ou au contraire, pour se lancer vers des projets personnels », glisse Alexis Guillaume. Pour autant, le groupe Pathé s'affichera encore prudent en matière de recrutements et attendra la reprise avant de réamorcer d'éventuelles embauches.

Pas (encore) d'embouteillage à l'horizon

En attendant, les petits comme les gros poissons du secteur s'attèlent notamment à réamorcer la programmation, qui a connu deux coups d'arrêt majeurs au cours des derniers mois : l'un très franc, à l'issue du premier confinement, et l'autre qui avait tout de même permis la reprise des tournages, lors du second confinement.

Pour autant, Alexis Guillaume remarque : « On nous avait annoncé un embouteillage à la réouverture et beaucoup de films en stock mais finalement, on observe plutôt que, compte-tenu de l'arrêt total des diffusions et du retard pris par certaines productions, il sera nécessaire de réamorcer la pompe ».

Ainsi, face à un marché du cinéma français qui enregistre habituellement 50 à 60 films en temps normal, « nous en sommes à une trentaine de films sur le marché en cette semaine de réouverture, dont une quinzaine de reprise du mois d'octobre, et une quinzaine de nouveautés au total. On est donc encore loin du phénomène de saturation, tout l'enjeu sera d'avoir un flux continu au cours de l'année », remarque le directeur de Pathé Grand Lyon.

« Ce qui est très important dans cette nouvelle reprise est cependant que cette fois, le marché américain a repris. C'est ce qui nous avait manqué cruellement l'été dernier, car nous n'avions pas de films américains à projeter ». Pour autant, il estime que contrairement à nos voisins italiens ou espagnols, la France avait pu compter sur le dynamisme du marché français et du cinéma d'auteur, qui lui avait permis de bénéficier « de près de 50 % de l'offre habituelle ».

Un été placé sous le signe des productions américaines et de Cannes

Pour l'heure, c'est surtout la programmation estivale qui s'annonce particulièrement dynamique, avec près de 250 films à l'affiche d'ici la fin août.

« Il s'agit d'une programmation un peu plus riche qu'habituellement, mais fidèle au niveau d'un mois de février, qui est une période assez active. Dès juin, nous allons ainsi pouvoir retrouver l'ensemble de la diversité du cinéma, avec des films pour tous les genres et tous les âges ».

Il cite en exemple le retour de Films primés comme Nomadland qui a remporté plusieurs Oscars, Adieu les cons qui fait son retour après une première sortie éphémère en octobre, ou encore de premiers films comme Slalom, un pur produit « local » réalisé dans la région et soutenu par Auvergne Rhône-Alpes Cinéma, labellisé Cannes 2020 et présenté au festival Lumière en octobre dernier.

« Les distributeurs français vont également nous gratifier de sorties exceptionnelles cet été comme Kaamelott le 21 juillet prochain, OSS 117 le 4 août, Eiffel le 25 août...», ajoute Alexis Guillaume.

Autre facteur d'espoir : « Cette saison va également être portée par le décalage du festival de Cannes, qui sera un bon tremplin pour le début de l'été. Cela va redonner envie aux gens d'aller voir des films, tout en nous assurant de belles sorties sur la seconde moitié de 2021 », croit le directeur de Pathé Grand Lyon. Et d'ajouter : « Je rouvre ce 19 mai en pleine confiance ».

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