Et si la relance passait (aussi) par l'archéologie ? L'Inrap renforce ses effectifs

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Après de premières opérations de diagnostic réglementaires, l'Inrap peut aussi mener les fouilles complémentaires dans certains cas comme ici, avec la mise à jour d'une nécropole antique à Saint-Vulbas, dans l'Ain.
Après de premières opérations de diagnostic réglementaires, l'Inrap peut aussi mener les fouilles complémentaires dans certains cas comme ici, avec la mise à jour d'une nécropole antique à Saint-Vulbas, dans l'Ain. (Crédits : DR Romain ETIENNE/item, Inrap)
On ne devient pas archéologue en un jour, mais les débouchés sont bien là. En 2021, l'Inrap annonce un plan de recrutement massif de 75 postes à l'échelle du pays, dont huit en Auvergne Rhône-Alpes. Car le Covid ne doit pas être un prétexte à ne pas renouveler ses effectifs qui partent à la retraite : pour l'établissement, il s'agit même d'un "signe fort d'un investissement pour la culture et le patrimoine", pour des travaux qui se poursuivent malgré la crise sanitaire.

Covid ou non, cette année, sera placée sous le signe du recrutement pour l'Inrap (pour Institut national de recherches archéologiques préventives). Au total, 75 nouveaux agents seront embauchés cette année, dont huit en Auvergne Rhône-Alpes.

De quoi booster la relance de l'emploi de cette branche spécialisée en pleine période de crise, pour une campagne massive et inédite, qui prend des airs de relance. Car l'an dernier, ce sont seize archéologues qui avaient été recrutés en France.

"Un topographe est en cours de recrutement à Lyon et sept postes d'archéologues sont à pourvoir : quatre à Clermont-Ferrand et trois à Valence. Nous essayons d'équilibrer, car l'an dernier il y a eu deux recrutement à Lyon", annonce Philippe Julhes, directeur régional de l'Inrap.

En Auvergne Rhône-Alpes, 180 agents travaillent en effet pour le compte de l'Inrap, répartis sur trois sites : Vienne (38), Bron (69) et Clermont-Ferrand (63).

Leur mission ? Mener entre 350 et 300 opérations archéologiques par an, principalement dans le Rhône, la Drôme, l'Isère et le Puy-de-Dôme. "Les fouilles englobent une période qui va de l'an - 30.000, voire - 50.000, jusqu'à la seconde guerre mondiale", explique Philippe Julhes.

Anticiper les départs à la retraite

Et en 2021, cette nouvelle campagne de recrutement massive sera enclenchée dans le but de "préparer le renouvellement des compétences et assurer la transmission des savoirs", selon l'institut.

Car dans l'archéologie comme ailleurs, il faut anticiper les départs à la retraite :

"Aujourd'hui, 15 % des effectifs ont plus de 60 ans. De plus, nous avons des archéologues avec des compétences assez uniques, spécialisés dans le bois, le verre, le cuire, qui se sont formés académiquement, mais aussi tout au long de leur carrière. Pour maintenir la référence archéologique, nous devons nourrir cette formation de compétences dès à présent", détaille le directeur régional.

Les candidats seront ainsi sélectionnés par une commission mixte avec des membres de l'Inrap, et des professionnels externes comme des enseignants ou des fonctionnaires de la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles).

Pour le directeur de l'Inrap Auvergne Rhône-Alpes, ce recrutement est un "signe fort d'un investissement dans le patrimoine et la culture." A noter que les agents de l'Inrap ne sont pas fonctionnaires, ce sont des contractuels du service public.

L'Inrap, pour quoi faire ?

L'institut, qui dispose au niveau national d'un budget de 162 millions d'euros, a plusieurs missions définies par le Code du patrimoine, à la fois de service public mais aussi d'autres qui sont soumises à la concurrence des acteurs privés.

La première est de conduire un diagnostic : car lorsque des aménageurs privés et publics déposent une demande de permis de construire, il est d'abord instruit par la Drac et la Dreal (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement).

Si la Drac estime que la zone ciblée par un permis de construire nécessite de faire des fouilles avant de construire, elle saisira alors le service archéologique d'une collectivité ou l'Inrap. Un diagnostic devra alors être mené sur environ 10 % de la surface concernée. A l'issue de cette opération, la Drac pourra décider de libérer le terrain ou de prescrire une fouille plus approfondie.

La deuxième mission de l'Inrap est justement de réaliser ces fouilles archéologiques. Cette partie de son activité est soumise à la concurrence, car c'est à l'aménageur de choisir un opérateur privé ou public pour mener les fouilles après un premier diagnostic.

Le troisième volet de l'activité de l'Inrap consiste à participer à l'enseignement et la recherche, en diffusant et valorisant les connaissances archéologiques.

Une activité "relativement épargnée par la crise"

Tous ces volets d'activités ont été certes ralentis par les confinements et contraintes sanitaires, mais pas totalement immobilisés.

"L'archéologie a été relativement épargnée parce que les activités à l'extérieur ont pu se poursuivre, mais également car si l'on ne fouille pas, il ne peut pas y avoir de chantiers ensuite à mener pour le BTP", prévient Philippe Julhes.

Mais la reprise a aussi été synonyme d'équipes plus petites, entraînant au total près de cinq semaine de retard dans les chantiers. Résultat ? "Nous avons pu compenser en partie par une hausse des activités en juillet et août, tandis que nous avons privilégié les actions de particuliers".

Aujourd'hui, l'Inrap travaille encore à rattraper ces délais accumulés au cours des derniers mois en raison de la crise sanitaire. Toutefois, son activité  est "presque revenue normale, mais avec des contraintes sanitaires strictes ». A l'heure actuelle, une quinzaine d'opérations sont en cours.

Les perturbations liées à la crise sanitaire ont vites été compensées par la réactivité de l'Inrap régionale : "En Auvergne Rhône-Alpes, nous avons le délai d'intervention le plus court de France, car nous avons de bonnes relations avec tous les services. Et tous les acteurs de la chaîne sont mobilisés pour contribuer au développement économique et patrimonial du territoire", souligne Philippe Julhes.

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