"Zone de non-droit" à Vaulx-en-Velin : Renault maintient la fermeture du site, malgré la polémique

C'est une annonce qui avait choqué les salariés, la CGT et la classe politique lyonnaise. Mi-avril, Renault Retail Group (RRG), la filiale de distribution du groupe Renault, annonçait la fermeture de son site de Vaulx-en-Velin. Une déclaration qui passait d'autant plus mal à cause des motifs évoqués par Renault, accusant le quartier d'être "une zone de trafic et de non-droit" ou que "le faible revenu des habitants" ne colle plus avec la clientèle. Depuis, la Préfecture du Rhône, la mairie de Vaulx-en-Velin et la Métropole de Lyon s'en sont mêlés, mais Renault maintient la fermeture, au nom de motifs économiques.

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Outre les motifs qui ont créé la polémique, cette fermeture annoncée par Renault dans la banlieue lyonnaise à Vaulx-en-Velin s'inscrit également dans un contexte où début 2020, la filiale annonçait la cession d'une dizaine d'établissements -Lyon ne figurant pas encore à cette époque dans la liste-.
Outre les motifs qui ont créé la polémique, cette fermeture annoncée par Renault dans la banlieue lyonnaise à Vaulx-en-Velin s'inscrit également dans un contexte où début 2020, la filiale annonçait la cession d'une dizaine d'établissements -Lyon ne figurant pas encore à cette époque dans la liste-. (Crédits : SARAH MEYSSONNIER)

Lors du CSE du 15 avril, Renault a annoncé la fermeture de son site Renault Retail Group (RRG, filiale de distribution du groupe) de Vaulx-en-Velin. Un coup dur pour les 105 salariés du site, auquel s'ajoutait l'affront des motifs avancés pour justifier cette fermeture.

Renault a évoqué en effet des "des zones de trafic et de non-droit" dans un quartier de la métropole lyonnaise où le centre commercial serait selon lui "périclitant" et "le faible niveau de vie des habitants" ne collant pas avec la clientèle recherchée.

Des déclarations qui ont touché les salariés et la classe politique locale. Le 10 mai, la direction de Renault s'est déplacée pour rencontrer la maire de Vaulx-en-Velin Hélène Geoffroy, le préfet délégué pour la Défense et la Sécurité Ivan Bouchier et la préfète déléguée pour l'égalité des chances, Vanina Nicoli.

Depuis, Renault a rétropédalé, "ils ont dit que c'était maladroit, mais ils ne se sont pas excusés. Ce n'est pas le préfet qui a été mis en case, ce sont les habitants de Vaulx-en-Velin, les clients et les salariés", affirme Amara Fenniche, délégué syndical CGT à RRG Vaulx-en-Velin.

Malgré tout, la fermeture du site est toujours prévue pour le 31 décembre 2022.

"Une décision regrettable"

Avant la rencontre, le président de la métropole écologiste Bruno Bernard exprimait, dans un communiqué, son désappointement quant à cette décision, d'autant plus qu'elle touche un quartier, le Carré de Soie, encore en plein développement urbanistique et où le foncier, rare à l'échelle de métropole, est encore disponible :

"Cette décision non concertée avec l'État et les acteurs locaux est regrettable. Avec plus de 2.800 nouveaux salariés supplémentaires accueillis ces cinq dernières années, le quartier du Carré de Soie fait  preuve d'un développement économique fort. Il connaît une belle dynamique et accueille de nombreuses entreprises dont Opteven et ses 600 salariés ou encore le Sytral qui implantera prochainement le siège de son délégataire".

Et d'ajouter : "D'autres grands comptes présents depuis huit à dix ans tels Adecco, Alstom, Veolia, Woopa ou Technip qui emploient au total près de 3.500 salariés tiennent à rester dans ce quartier dynamique."

Car cette ZAC qui accueille déjà près de 20.000 habitants et 18.000 emplois représente encore l'un des quartiers où il est encore possible de développer une activité économique et tertiaire à l'échelle du bassin lyonnais, et sur lequel la nouvelle majorité souhaitait justement capitaliser afin de poursuivre sa volonté de "rééquilibrage" économique à l'échelle du territoire.

La maire PS de Vaulx-en-Velin, Hélène Geoffroy, avait répété dans les colonnes du Progrès, fin mai, son "indignation" face à ces propos "insultant" et assure que le site, qui appartient à Renault, restera à "vocation économique", même si elle espère encore que l'entreprise maintienne sa concession.

Quant aux salariés, ils seront tous reclassés dans trois autre sites de la Métropole, à Rillieux, Vaise et Vénissieux. La répartition est à ce jour encore floue, selon la CGT. "Ils allaient nous laisser dans le doute jusqu'en septembre, ce n'est pas possible. Les salariés ont des familles, il faut qu'ils puissent s'organiser", avance Amara Fenniche.

En bout de ligne, une réduction du maillage d'agences locales

Après la rencontre, le groupe Renault a maintenu que la fermeture se basait sur des raison économiques, accusant "le déficit de performance et les pertes financières cumulées de l'établissement" mais aussi dans une optique de céder "des surfaces afin d'abaisser ses coûts de structure".

Ce site, qui a été ouvert au début des années 70, nécessiterait aussi une rénovation, mais cela impliquerait "la perspective d'investissements lourds incontournables en cas de poursuite d'activité sur le site."

Depuis cet épisode, la communication du groupe automobile a changé de braquet et affirme désormais, par voie de communiqué, que "la notion de sécurité ne constitue en aucun cas un motif de la décision, aucun incident notable n'étant à déplorer sur le site de Lyon Est (ni sur les autres sites de l'agglomération Lyonnaise)."

Concernant les raisons économiques invoquées, la CGT va demander une expertise, externe estimant que celles-ci "ne tiennent pas la route" et accuse les objectifs donnés d'être trop élevés, tout en pressentant un démantèlement national du réseau.

Une fermeture qui intervient aussi dans un contexte où le groupe Renault a tendance à alléger son maillage de concessions plutôt qu'à en implanter de nouvelles. Début 2020, la filiale annonçait la cession d'une dizaine d'établissements - Lyon ne figurant pas dans la liste. En ce début d'année, RRG prévoyait aussi la fermeture de deux sites parisiens (Grenelle et Courcelles).

A noter qu'en 2021, malgré une baisse de ses ventes de -4,5% en raison de la crise des semi-conducteurs, le constructeur français a augmenté son chiffre d'affaires de +6,3%, à 46,2 milliards d'euros grâce à une hausse de ses prix de vente, et dégagé un résultat net de 967 millions d'euros. Renault avait par ailleurs emprunté quatre milliards d'euros de PGE, qu'il doit rembourser d'ici 2023.

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