Attractivité : ce que ce baromètre dit des métropoles de Lyon et Grenoble

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Lyon était jusqu'ici indétrônable depuis la création de ce baromètre il y a quatre ans au sein de sa propre catégorie, car c'est l'archétype même d'un territoire attractif qui a réussi à attirer 125.000 emplois supplémentaires en 10 ans.
Lyon était jusqu'ici "indétrônable" depuis la création de ce baromètre il y a quatre ans au sein de sa propre catégorie, car "c'est l'archétype même" d'un territoire attractif qui a réussi à attirer 125.000 emplois supplémentaires en 10 ans. (Crédits : S.Borg)
DECRYPTAGE. Les résultats du dernier Baromètre d’attractivité des métropoles françaises pour l’année 2020 du cabinet Arthur Loyd sont tombés en fin d’année. Un classement dans lequel les métropoles de Lyon et de Grenoble se sont particulièrement distinguées, mais pas sur les mêmes sujets : alors que la première rafle, pour la 4e année consécutive, la première marche du podium en matière d'attractivité, son homologue iséroise coiffe au poteau l'ensemble des villes françaises (hors Paris) sur le terrain des levées de fonds.

Publié annuellement depuis quatre ans par le cabinet Arthur Loyd, ce baromètre pourrait revêtir cette année une saveur particulière. Car du côté des métropoles auralpines, le contexte local aura été doublement marquant : en plus des effets de la crise sanitaire, qui a balayé son économie pourtant très diversifiée, l'arrivée de nouveaux exécutifs écologistes au sein des principales villes de l'arc alpin (Lyon, Grenoble, Annecy, Chambéry...) a rebattu les cartes. Comment les principales métropoles de la région ont-elles résisté ?

Pour le savoir, le cabinet Arthur Loyd a mené son étude, en se questionnant sur l'évolution de l'attractivité, mesurée par une série d'indicateurs au sein des 45 principales aires urbaines françaises, parmi lesquelles on retrouve Lyon et Grenoble.

« Ce baromètre se positionne comme un outil de mesure de l'attractivité des territoires et de leur dynamisme, dans une notion d'attractivité qui peut être très large », reconnaît Cevan Torossian, directeur études et recherches d'Arthur Loyd.

Ainsi, son cabinet, accompagné par l'agence d'urbanisme de Lille sur le volet de sa méthodologie, a passé au crible depuis quatre ans une série de 75 indicateurs « maison», déclinés entre quatre thématiques (performance économique, marché immobilier tertiaire et accueil des entreprises, connectivité et capital humain, ou encore qualité de vie) et quatre catégories de villes étudiées, en fonction de leur taille.

« Nous utilisons pour cela différentes sources de notoriété publique, qui sont les chiffres de l'INSEE, de la banque de France, de l'OCDE, d'Eurostat, etc, couplées à des bases de données internes, avec à la fois des données sur 2019 et 2020 en fonction des indicateurs ».

Lyon, l'indétrônable jusqu'ici

Résultat ? Sur l'échiquier de la région Auvergne Rhône-Alpes, ils consacrent notamment l'aire urbaine de Lyon, dont le périmètre d'étude se rapproche de celui de l'actuelle métropole, et qui culmine pour la 4e fois consécutive le classement des grandes métropoles de sa catégorie des très grandes métropoles (1 million d'habitants).

La 2nde métropole française après Paris semble en effet continuer de tirer son épingle du jeu, à la fois en tant que première ville jugée attractive de sa catégorie des très grandes métropoles, mais également en seconde position sur le tableau de la croissance de l'emploi salarié, ou encore dans le top 5 des levées de fonds au niveau national.

« Lyon est indétrônable depuis la création de ce baromètre il y a quatre ans au sein de sa propre catégorie, car c'est l'archétype même d'un territoire attractif qui a réussi à attirer 125.000 emplois supplémentaires sur son territoire au cours des 10 dernières années, ce qui est colossal », traduit Cevan Torossian.

Et la tendance semble se poursuivre puisqu'en l'espace de 20 ans, son aire urbaine a gagné 380.000 habitants. « C'est le reflet d'un vrai dynamisme, avec des atouts indéniables sur le terrain de la connectivité, de l'innovation, ou encore du dynamisme du marché de l'immobilier de bureau et de sa capacité à accueillir des entreprises dans des conditions optimales ».

À ce titre, l'aménagement de nouveaux quartiers d'affaires comme la Part-Dieu, Confluence, le Carré de Soie ou encore Gerland auraient contribué à ce dynamisme, « même si cela ne s'est pas fait en un jour et a demandé des politiques de renouvellement fortes », estime le directeur études et recherches d'Arthur Loyd.

Le revers de la médaille

Une ville qui aurait selon lui beaucoup d'atouts à faire valoir, mais qui connait également la médaille, avec des prix de l'immobilier qui figurent parmi le top 3 au niveau national, pouvant devenir même un frein. « Sa qualité de l'air n'est pas non plus optimale, tandis que son cadre environnemental, composé à la fois des critières d'ensoleillement, de l'éloignement du bord de mer, ou encore de la présence d'espaces boisés ne sont pas au mieux de sa catégorie ».

Alors que la nouvelle majorité écologiste conduite par Grégory Doucet à la ville, et Bruno Bernard à la métropole, a été élue sur un programme visant à assurer aux lyonnais une meilleure qualité de vie, ce baromètre semble donc leur donner raison sur le constat.

Reste à savoir comment agir concrètement sur cette notion, et sur quels indicateurs.

« Au total, on évalue de près de 27 paramètres peuvent entrer en jeu et concernent à la fois le cadre environnemental, l'organisation des mobilités locales, la présence d'équipements culturels et d'enseignement ou de loisirs, ou encore l'offre de soins ou la gestion de la sécurité », assure Cevan Torossian. Avec une mise en garde : « attention cependant à ne pas casser le moule, car ces résultats sont souvent le fruit d'une stratégie sur le long terme ».

Si elle n'est pas première en montant levé (67,1 millions d'euros), Lyon campe le haut du classement en nombre de levées de fonds effectuées au sein de sa catégorie en 2019 (soit 44 au cours de l'année écoulée). « L'écosystème French Tech et plus largement tourné vers l'innovation, au sein de différents domaines comme la santé, le numérique, l'énergie ne date pas d'hier à Lyon et s'est fortement développé, avec une dynamique d'investisseurs locaux qui s'intéressent aux startups », confirme Cevan Torossian.

A Grenoble, coup de frein observé

De son côté, l'aire urbaine de Grenoble, où l'écologiste Eric Piolle a été réélu à la suite d'un premier mandat obtenu en 2014, semble quant à elle rétrograder cette année, toujours selon les résultats de ce baromètre. Habituée jusqu'ici à la troisième place du classement des grandes métropoles au cours des deux dernières années, elle est descendue en 2020 à la 5e position, et chute même à la 14e place en matière d'évolution de l'emploi salarié.

Elle demeure toutefois en tête, et de loin sur la scène nationale, concernant le dynamisme des levées de fonds effectuées sur son territoire, avec un montant record de 99 millions d'euros levé en 2019 (dernier chiffre disponible), qui la place comme leader incontesté sur la scène nationale (hors Paris).

« Cela s'explique par une typologie de startups ainsi que de filières industrielles qui sont présentes sur le territoire grenoblois, liées notamment aux biotechs, deeptechs et à l'industrie de haute précision, et où le montant des levées de fonds sont aussi plus capitalistiques ».

Comment expliquer toutefois ce coup d'arrêt de la capitale des Alpes et surtout, peut-il traduire une mécanique durable ?

« On observe les volumes d'immobiliers d'entreprise ont été moins dynamiques que l'an dernier, ce qui se traduit aussi par une dynamique de construction des bureaux neufs un peu moins présente. Sur le terrain de la création d'emplois, Grenoble se fait déclasser par Nantes, et par Strasbourg concernant le volet de l'accès aux transports en commun », explique Cevan Torossian.

Car bien que la capitale iséroise possède plusieurs lignes de tram, « ses concurrents ont fait mieux au cours des derniers mois et ont investi davantage en développant de nouveaux projets et en fléchant des budgets », reconnaît-t-il.

Sur ce terrain, c'est la métropole grenobloise, dirigée par le président PS Christophe Ferrari, qui possède la compétence en matière de mobilités. Et elle n'a en effet pas choisi de continuer à développer son réseau de tramway, même si un projet de liaison par câble (métrocable) reliant le nord-ouest de la ville a été mis à l'agenda pour 2023, et confié à l'isérois Poma.

Grenoble se positionne ainsi désormais derrière des métropoles comme Rennes, Nantes, Montpellier ou Strasbourg en matière d'attractivité selon ce baromètre, mais toujours devant son voisin Saint-Etienne ou encore Toulon.

La question de l'attractivité : la poule ou l'oeuf ?

En bout de ligne, il peut être tentant de lier ce baromètre aux politiques déployées par les équipes et majorités en place. Pour autant, plusieurs points demeurent à nuancer, tout d'abord en raison de la nature des critères étudiés : « Plusieurs paramètres comme le développement des transports en commun découlent de politiques d'aménagement du territoire sur du long terme, qui peuvent prendre plusieurs années avant de produire des résultats », rappelle Cevan Torossian.

Demeure également une autre question, et non des moindres : à savoir qui, de la puissance publique ou des critères d'attractivité, provoque l'autre.

« Lorsqu'on dit que Lyon a généré 125.000 emplois supplémentaires, est-ce que l'on considère que les entreprises ont décidé elles-mêmes de donner un coup d'accélérateur ou est-ce que l'on considère que les politiques locales ont favorisé ces décisions ? Souvent, l'un ne va pas sans l'autre », conclut Cevan Torossian.

Il cite en exemple d'autres villes comme Valence, qui ont fait le choix d'investir dans l'embellissement de leur centre-ville à travers des programmes dédiés, « et qui ont ainsi envoyé un signal aux gens qu'il pouvait faire bon vivre et qu'il se passe quelque chose au sein de la ville ». Et d'ajouter : « Il ne faut pas oublier que les entreprises recherchent avant tout un bassin d'emploi et de capital humain pour faire grandir leurs projets ».

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