Remontées mécaniques : face au poids de l’inflation, des négociations salariales plus offensives que prévu

A l'aube du coup d'envoi de la saison d'hiver, les saisonniers mobilisés ce lundi devant le siège de Domaines Skiables de France (DSF) ont finalement obtenu une revalorisation des bas salaires de 7,1% au sein de leur branche. Car contrairement à l'an dernier, les négociations salariales n'étaient pas à la hauteur des attentes de l'un des deux syndicats représentatifs des remontées mécaniques, la CGT, qui demandait une revalorisation à la hauteur de l'inflation attendue en 2023. Ils s'opposaient également au raccourcissement de la saison d'hiver d'une semaine, toujours sur la table pour faire face à la flambée des prix de l'énergie.
A l'aube de la saison d'hiver, deux sujets ont été au coeur des négociations salariales de la branche des remontées mécaniques : une revalorisation des salaires, demandée au niveau de l'inflation, ainsi que la proposition de réduire d'une semaine la saison d'hiver, afin de réaliser des économies d'énergie.
A l'aube de la saison d'hiver, deux sujets ont été au coeur des négociations salariales de la branche des remontées mécaniques : une revalorisation des salaires, demandée au niveau de l'inflation, ainsi que la proposition de réduire d'une semaine la saison d'hiver, afin de réaliser des économies d'énergie. (Crédits : Licence CC0)

(Publié le 21/11/2022 à 13:00, actualisé à 18:40)

Ce lundi, le ton promettait de monter au coeur des négociations annuelles de la branche des remontées mécaniques, qui se tenaient au siège de DSF, à Francin (Savoie). Les représentants syndicaux des saisonniers employés par le secteur des remontées mécaniques, regroupés sous la houlette de la CGT, promettaient même "d'autres actions si rien ne bouge".

Avec, au coeur de leurs revendications, une revalorisation des salaires pour le secteur des remontées mécaniques, qui emploie près de 18.000 saisonniers chaque année (qu'ils soient salariés d'une régie ou d'un équipement opéré par une collectivité). Des salaires qui se devaient, selon eux, de coller au coût de la vie : c'est-à-dire à une inflation cumulée sur trois ans estimée à 11% en 2023, précise le délégué CGT Antoine Fatiga, soit encore bien loin des 4,7% accordés, sur cette période, aux minimas de branche.

"Cette augmentation est loin de compenser la hausse du coût de la vie, qui est d'ailleurs plus élevé en montagne", rappelle Antoine Fatiga.

Une augmentation des salaires de 6 à 7%

Finalement, c'est un accord avec une revalorisation des bas salaries "à 7,1%" qui a été négocié ce lundi après-midi (et de 6% pour la moyenne de l'ensemble de la branche) par les partenaires sociaux et la branche des remontées mécaniques. Un résultat jugé finalement satisfaisant par la CGT et même "historique", qui avait mobilisé une trentaine de membres devant les locaux de DSF pour faire "monter la pression" sur le pouvoir d'achat de ses saisonniers.

"C'est la première fois que les salaires augmentent autant, mais en face, que les coûts de l'inflation sont aussi importants également", jugeait Antoine Fatiga, pour la branche transports de la CGT dont dépendent les remontées mécaniques.

En fin de journée, le président de la branche interprofessionnelle des remontées mécaniques, Alexandre Maulin, s'était exprimé directement sur les réseaux sociaux, évoquant "une réunion fructueuse de la commission paritaire de négociation de la branche, présidée par l'État, ce lundi 21 novembre".

Et d'ajouter :

"Après de longues discussions dans un contexte de crise énergétique et d'inflation, pour trouver un accord dans l'intérêt des salariés et de l'emploi dans les territoires de montagne, les deux syndicats, FO représenté par Eric Becker et la CGT, représentée par Pierre Scholl, ont signé à l'unanimité un accord avec DSF, représenté par Anne Marty, pour une évolution des rémunérations minimales de plus de 6% en moyenne pour les employés".

La présidente de la commission social-formation de DSF, Anne Marty, a quant à elle salué un "effort significatif de la part des employeurs de la branche, compte-tenu des contraintes énergétiques actuelles".

"Depuis la création de la grille en 2008, nous n'avions jamais connu un tel niveau d'inflation. Nous avons donc travaillé pour arriver à quelque chose qui permettre à nos collaborateurs de vivre", a-t-elle expliqué ce lundi soir à La Tribune. Tout en regrettant, entre les lignes, le ton offensif employé par la CGT en marge des négociations, alors que les discussions se seraient déroulées, en interne, "de manière constructive."

Fermer une semaine plus tôt face aux coûts énergétiques ?

L'autre sujet de crispations étant la proposition, mise sur la table par les exploitants de remontées mécaniques, de répondre aux exigences de sobriété demandées par le gouvernement en réduisant la durée de la saison d'hiver d'une semaine.

Une mesure qui ferait déjà l'objet de discussions au sein des CSE de plusieurs stations, et à laquelle la CGT se montre farouchement opposée :

"Nous disons que ce n'est pas une solution acceptable pour les salariés, alors que les employeurs ont reçu beaucoup d'argent de la part de l'Etat lors du Covid", défend Antoine Fatiga, estimant que cela pourrait se traduire par une amputation de la rémunération des saisonniers de 7 à 10% suivant les stations.

A ce sujet, aucun accord n'a cependant été trouvé : "la branche nous renvoie à une négociation entreprise par entreprise", résume le délégué CGT.

Pour Anne Marty, la raison est simple : "Ce n'est pas à la branche des remontées mécaniques de statuer sur ce sujet, mais bien à chaque entreprise de proposer des solutions en fonction de sa situation et de son propre domaine skiable".

Lire aussi Skier moins tard, se déplacer moins vite, développer les ENR : "toutes les pistes sont étudiées" par les stations (2/3)

Les aides Covid dans le viseur

Ainsi, si l'an dernier les discussions s'étaient déroulées sans heurts et avaient abouti à une revalorisation des salaires de 3,2% sur les bas salaires, cette année le climat s'est révélé plus tendu : "On nous proposait 5,5%, ce qui est bien en dessous du coût de l'inflation", résumait quelques heures plus tôt le représentant CGT, qui affirmait que cette lutte était également suivie par le second syndicat représentatif de la branche, FO.

La question était même devenue d'autant plus électrique à l'aune des aides de l'Etat, perçues durant la période Covid par les stations de ski, et pour lesquelles plusieurs d'entre elles ont vu leur mécanisme final épinglé par la Chambre régionale des comptes, arguant dans certains cas d'un trop-perçu.

Lire aussi Quoi qu'il en coûte : une mission flash de la CRC pointe un dispositif très (trop ?) favorable aux stations de ski

La CGT allant même jusqu'à comparer la situation actuelle des stations à celles des raffineries : "Comme pour les raffineries, les plus gros groupes ne sont pas les plus partageux : La Compagnie des Alpes, qui attend un bénéfice de 85 millions d'euros pour 2023, propose une baisse de 5% de pouvoir d'achat à ses salariés en remerciement de leurs bons et loyaux services", avait jugé ce midi le syndicat.

Des revendications tournées aussi vers le gouvernement

Une occasion également, pour les représentants des saisonniers, de mener un autre combat, puisqu'ils dénonçaient en même temps ce lundi "les mesures gouvernementales remettant en cause l'indemnisation du chômage et toutes les autres mesures qui expliquent le manque de saisonniers et qui nous font quitter le pays", et appellent notamment Domaines Skiables de France à "faire pression" sur le gouvernement.

Avec en cause, le nouveau mode de calcul qui ne serait pas adapté à la réalité des stations de ski, pouvant enregistrer une activité seulement durant 4 à 5 mois l'hiver, et 2 à 3 mois l'été, et se traduirait par un manque à gagner important pour les saisonniers "mettant à mal le modèle du saisonnier qui vit et travaille au pays".

Si ce volet de la réforme de l'assurance-chômage n'est pas directement compris dans les mesures encore en discussions ce lundi, la CGT estimait que le syndicat interprofessionnel des remontées mécaniques peut encore peser dans les discussions à ce sujet.

Lire aussi Energie, saisonnalité, 1% logement : ce que les domaines skiables attendent de la ministre des PME et du Tourisme

La présidente de la commission social-formation de DSF, Anne Marty, a d'ailleurs confirmé à La Tribune, aujourd'hui encore, que cette question faisait toujours l'objet de discussions avec le gouvernement, malgré un vote déjà entériné. Un sujet où DSF s'est d'ailleurs allié à la Confédération nationale des acteurs du tourisme, qui regroupe quatorze branches professionnelles et dont le président de DSF, Alexandre Maulin, est également devenu l'un des vice-présidents.

"Aujourd'hui, nous sommes reçus et écoutés par l'Etat sur un certain nombre de sujets, et ce dossier reviendra forcément, tout comme le 1% logement, auquel nous contribuons mais pour lequel nous ne recevons aucun logements sociaux sur nos territoires. Mais la question de l'assurance-chômage, elle-même, sera probablement portée à une échelle plus large, avec l'ensemble des saisonniers des territoires de montagne car elle ne touche pas uniquement DSF", affirme Anne Marty. Une manière de consolider entre les lignes le début de saison, qui doit débuter désormais d'ici moins d'un mois.

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 0

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

Il n'y a actuellement aucun commentaire concernant cet article.
Soyez le premier à donner votre avis !

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.