Granulés de bois : en Auvergne Rhône-Alpes aussi, la filière est victime de son succès et alerte contre le surstockage

Les granulés de bois semblent victimes de leur performance économique et environnementale. Dans un contexte de crise énergétique et d’envolée des prix du gaz et de l’électricité, les producteurs de granulés ne parviennent pas à suivre une demande anormalement haute. Y compris en Auvergne-Rhône-Alpes, qui se place pourtant comme la première région productrice de France.
Alors qu'Auvergne Rhône-Alpes se place comme la première régionale productrice de granulés de bois avec 600.000 tonnes de granulés par an, 16 usines assurent leur production. Un nombre en progression constante, comme ailleurs en France, afin de suivre les tendances d'un marché orienté durablement à la hausse.
Alors qu'Auvergne Rhône-Alpes se place comme la première régionale productrice de granulés de bois avec 600.000 tonnes de granulés par an, 16 usines assurent leur production. Un nombre en progression constante, comme ailleurs en France, afin de suivre les tendances d'un marché orienté durablement à la hausse. (Crédits : Adobe Stock)

Nombre de distributeurs de granulés de bois ne décrochent même plus leur téléphone. Harcelés d'appels de particuliers en recherche de granulés de bois pour chauffer leur logement l'hiver prochain, beaucoup d'entre eux ont enregistré sur leur messagerie téléphonique (ou ont affiché sur leur site internet) qu'ils ne servaient plus que leurs clients habituels, et encore... au compte-goutte. Idem du côté des producteurs alimentant justement ces distributeurs. Les prix, eux, ont doublé et sont passés en moyenne à 600 euros la tonne à cette rentrée, contre 300 il y a encore quelques mois.

La grogne monte, en même temps que l'inquiétude des consommateurs. A tel point que Yannick Neuder, député de la 7e circonscription de l'Isère et conseiller régional, s'est fendu la semaine dernière d'un courrier à Christophe Bechu, ministre de la Transition écologique et de la cohésion des territoires. De nombreux Isérois ont effet alerté l'élu de leurs difficultés d'approvisionnement et du poids des hausses de prix sur leur pouvoir d'achat.

Le député LR demande donc au ministre de mettre en place, dès cet automne, un dispositif de bouclier tarifaire pour les citoyens concernés par ce mode de chauffage.

Le chiffre n'est pas connu pour la région, mais en France, 1,7 million de foyers se chauffent actuellement aux granulés de bois et ne sont pas concernés par les dispositifs de protection mis en place par l'Etat contrairement aux ménages se chauffant à l'électricité ou au gaz.

Des surstockages irraisonnés

Si Yannick Neuder évoque une pénurie de granulés de bois dans son courrier, le terme fait bondir Eric Vial, le délégué général de Propellet, la fédération nationale des professionnels du chauffage aux granulés de bois basée à Chambéry et regroupant plus de 250 entreprises françaises (producteurs et distributeurs de granulés, fabricants et installateurs de poêles et chaudières à granulés etc).

« Le marché connait de très fortes tensions, c'est exact, mais il faut cesser de parler de pénurie ! Ce terme, martelé depuis plusieurs mois par la presse, alimente légitimement l'inquiétude des consommateurs. Inquiétude qui est déjà à un haut niveau au vu du contexte international. Or, c'est justement cette panique qui crée, dans un cercle vicieux, cette situation de tensions». Un peu comme la moutarde ou le papier toilettes....

Le délégué général explique ainsi qu'habituellement les demandes s'échelonnent progressivement entre mars et novembre, avec un approvisionnement multiple des consommateurs pendant toute la saison mais que cette année, le niveau de demande habituel s'est concentré entre mars et mai... « Les producteurs de granulés produisent toute l'année, à rythme constant. Ils ne peuvent pas fournir en trois mois ce qu'ils produisent habituellement en un an ».

Un constat partagé par Michel Cochet, président de Fibois Auvergne Rhône-Alpes (interprofession régionale de la filière bois), et dirigeant de la société iséroise AEB (18 salariés, CA 2021/2022 : 17 millions d'euros). « Nos distributeurs constatent des commandes pour des stocks parfois de plusieurs années ! C'est complètement anormal et cela alimente inutilement cette situation ». Eric Vial martèle : « Il faut arrêter immédiatement cette hystérie, ce n'est plus tenable pour la filière ! ».

Contexte international et très fort essor des ventes de chaudières et poêles aux granulés de bois

Au-delà de la frénésie d'achats des consommateurs, d'autres raisons, moins faciles à juguler, participent à la problématique. Le conflit en Ukraine notamment. Car la Russie et la Biélorussie, aujourd'hui exclus du marché commercial, alimentaient à hauteur de 10% le marché européen du granulé de bois.

Et puis, surtout, probablement la première de toutes les causes de cette tension, la hausse importante de l'équipement des Français en poêles et chaudières à granulés, boostée par un encouragement de l'État, une prise de conscience du bon bilan carbone des granulés et par leur compétitivité prix.

Les ventes de poêles à granulés ont ainsi augmenté de 41% en France entre 2020 et 2021 et les chaudières à granulés de 120% (soit respectivement 180.000 et 32.000 pièces) selon Propellet.

Des capacités de production en hausse dans la région

En 2021, la production de granulés a atteint 1,7 million de tonnes en France. Dont 600.000 issus des producteurs de la Région AuRA, première région productrice en France. Parmi ces usines, celles de Moulin Bois Energie, d'Alpes Energie Bois ou encore de Cogra 43 par exemple. « Auvergne Rhône-Alpes bénéficie d'une implantation forestière importante. Or, les unités de fabrication de granulés sont la plupart du temps adossées à des scieries, qui exploitent les forêts locales et valorisent leurs copeaux via les granulés. 90% de cette production alimentent le marché local, le granulé se vend généralement en circuit court », précise le président de Fibois.

Dans la région, 16 usines produisent des granulés. Un nombre en progression constante, comme ailleurs en France, afin de suivre les tendances d'un marché orienté durablement à la hausse.

Cet été, par exemple, a ainsi ouvert une importante unité de production, à Lempdes-sur-Allagnon (Haute-Loire) par l'entreprise Biosyl. Avec une capacité à terme de 120.000 tonnes de granulés par an. En Haute-Loire également, avait été construite une unité de COGRA il y a deux ans. D'autres industriels ont augmenté leurs capacités de production, comme Alpes Energie Bois qui est passé de 50.000 tonnes l'année dernière à 65.000 tonnes cette année. Ou comme SG Arlanc dans le Puy-de-Dôme qui a avancé un investissement prévu pour l'année prochaine afin de rehausser rapidement de 10.000 tonnes sa production.

« Le marché connait un essor net depuis trois ans environ. Les industriels en sont conscients et investissent. Mais il faut deux ou trois ans pour que de tels investissements se concrétisent. Les capacités de production augmentent nettement cette année en AuRA comme ailleurs en France et vont continuer d'augmenter. A l'échelle nationale, nous attendons 300.000 tonnes supplémentaires par an pour chacune des trois prochaines années » précise Eric Vial.

Celui-ci se veut rassurant sur la capacité du marché français à approvisionner son marché national et insistant sur la nécessité, en attendant une stabilisation, de raisonner les achats frénétiques mais aussi de tempérer cet hiver le thermomètre de son logement. « Nous savons qu'en passant aux granulés, les foyers augmentent en moyenne de deux degrés la température de leur thermostat car les granulés coutent beaucoup moins chers que le gaz ou l'électricité. Dans une optique de sobriété énergétique, il va falloir changer cette habitude ».

Le doublement du prix des granulés, tirés par le déséquilibre actuel entre l'offre et la demande mais aussi et surtout par l'augmentation des coûts de production, pourrait amener certains ménages à remettre une petite laine cet hiver.

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Commentaire 1
à écrit le 23/09/2022 à 9:45
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Sans être complotiste, je ne comprends pas cette pénurie. elle me parait plus ou moins organisée pour obtenir des subventions ou préférer que les étrangers (chinois ?) viennent couper du bois chez nous et nous revendre à prix d'or ces granulés .Que f...

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