Encadrement des loyers : « C’est la rareté qui fait le prix et pas l’inverse » (FNAIM du Rhône)

L’INVITE ECO. Alors que les derniers indicateurs annuels enregistraient encore une nouvelle hausse des prix de l'immobilier en 2021, le président de la FNAIM du Rhône est revenu sur les tendances de la scène lyonnaise. Face à la hausse des taux de l’immobilier, il ne nourrit pas d’inquiétudes réelles sur l’accès à la propriété à ce stade, mais s’élève toujours contre l’encadrement des loyers, une mesure voulue et appliquée par la majorité écologiste du Grand Lyon depuis l’automne dernier, appelant plutôt à « la libération des permis de construire », et à « ne pas faire fuir les investisseurs » pour nourrir, au contraire, la production de logements.

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(Crédits : DR)

« La crise Covid n'aura pas eu tant d'effet que cela sur les prix en région lyonnaise », admet Nicolas Bouscasse. En effet, alors que le Rhône enregistrait encore récemment un nouvel exercice consécutif de hausse, et ce depuis 2016, c'est dans la Ville de Lyon en premier lieu que les prix continuaient à s'accélérer. Avec, selon les dernières données de l'Observatoire annuel des notaires du Rhône, une augmentation des prix de 5,1% à Lyon, et même de +7,3% dans le neuf. Toujours en cause : la rareté des fonciers et logements disponibles d'une part, et la hausse de la demande, maintenue, de l'autre. Car Lyon fait partie des métropoles qui continuent d'attirer en province.

Et rien ne porte à croire que la tendance pourrait s'inverser cette année, note le président de la FNAIM du Rhône. Si ce n'est que durant cette crise sanitaire, les professionnels de l'immobilier ont constaté un regain d'intérêt pour les extérieurs sous quelque forme que ce soit, c'est-à-dire à la fois pour les espaces extérieurs (jardins, balcons, parkings, voire piscines) présents au sein de la métropole, mais aussi pour les biens situés dans un rayon de 30 kilomètres du centre-ville.

Une tendance qui aurait cependant pris un coup depuis la flambée des coûts des carburants, qui a depuis freiné les vélléités d'achat des acquéreurs "pour les biens situés au-delà de ce périmètre", constate Nicolas Bouscasse.

Même si en contrepartie, « les effets de l'émergence des véhicules électriques sur la réduction des coûts de transports notamment ne sont pas encore bien mesurés », admet le président de la FNAIM du Rhône.

Première conséquence : un achat pas menacé mais plus tardif

Face à la remontée des taux immobiliers, ainsi qu'au resserrement des conditions de délivrance des prêts bancaires qui se profilent, celui-ci ne se dit pas spécialement inquiet pour l'accès à la propriété, à date :

« Je ne crois pas forcément à une France de tous les propriétaires, une partie des gens vont vraissemblablement devoir attendre un peu plus avant d'acheter. Mais cela correspond aussi à la vie des jeunes aujourd'hui, qui ont tendance à faire des études plus longtemps et à entrer dans le monde du travail un peu plus tard. Il n'y a pas de honte à cela », affirme Nicolas Bouscasse, qui évoque ainsi des freins à l'entrée qui pourraient avoir tendance à repousser l'âge d'acquisition de 20 à 25 ans, voire 30 ans.

Côté prix, il estime cependant qu'il ne faut pas nécessairement s'attendre à ce que 2022 soit l'année d'une nouvelle envolée : « Nous sommes actuellement sur un plateau haut, qui mériterait peut-être que les vendeurs se rapprochent un peu plus des acquéreurs. Aujourd'hui, il faut être un peu plus raisonnable, et ne pas penser que les prix continueront de connaître encore une augmentation de 6 à 7% ».

Le logement, une question toujours politique

Côté location, Nicolas Bouscasse a dressé un constat plus politique : il s'était déjà élevé contre l'encadrement des loyers, permis par la loi Alur, et entrée en vigueur à l'automne dernier à Lyon. Et il n'a pas changé d'avis sur ce point : « Si sur le marché de la transaction, nous recommençons à stocker un peu, mais ce n'est pas le cas du marché locatif, où nous nous trouvons depuis des années dans une situation très précaire, encadrement des loyers ou non ».

Selon lui, la première chose est « de ne pas faire fuir les acquéreurs », ainsi que les acteurs de la promotion privée, « qui correspondent à des besoins que le logement social ne peut pas apporter », en évoquant les 15.000 nouveaux habitants en moyenne, qui se tournent chaque année vers la Métropole de Lyon.

« Il faut donc avant tout libérer les permis de construire et que l'immobilier lui-même devienne une version positive, et non pas négative de la Métropole », estime Nicolas Bouscasse.

A l'heure où le président écologiste Bruno Bernard a fait du logement social l'une de ses priorités, tout en estimant que l'encadrement des loyers était loin d'avoir fait fuir les investisseurs de la scène lyonnaise, Nicolas Bouscasse évoque le marché de l'ancien, où pèseraient selon lui de trop fortes contraintes, dont celle des dispositifs d'éco-rénovation.

Sans compter les exigences de la Loi Climat à l'échelle nationale, qui prévoit une interdiction de la location des passoires thermiques à compter de 2025 : « sur le marché de l'ancien, on a toujours vu une politique d'éco-rénovation importante, alors que les acquéreurs ont acheté des logements il y a 3 à 4 ans, dans des conditions techniques et financières définies ».

Et d'ajouter : « Il est évident que la politique d'éco-rénovation de la Métropole va heurter les investisseurs. Tant que l'on n'a pas compris que c'est la rareté qui fait le prix, et non pas le prix qui fait la rareté, on ne s'en sortira pas », estime le président de la FNAIM.

Retrouvez l'intégralité de l'interview ici en replay.

Un décideur chaque semaine

Pour rappel, le groupe La Tribune et BFM Lyon s'unissent depuis cette rentrée pour vous proposer, à travers l'émission Lyon Business (tous les mardis à 17h45), l'interview d'un décideur de l'économie lyonnaise au coeur de l'actualité.

Une occasion de décrypter ensemble les enjeux des dossiers et tendances de l'économie locale, animée par Elodie Poyade pour BFM Lyon et Marie Lyan pour le bureau Auvergne Rhône-Alpes du journal La Tribune.

Une émission à retrouver en direct et en replay sur la chaîne BFM Lyon, disponible sur le canal 30 de la TNT et sur les chaines 479 (box SFR), 360 (Orange), 315 (Bouygues) et 915 (Free), ainsi que sur le bureau Auvergne Rhône-Alpes de La Tribune.

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