Ukraine : « La hausse des prix est assez inévitable » (Morane Rey Huet, Conseillers au commerce extérieur AURA)

L'INVITE ECO. Morane Rey Huet est lui aussi sur le pont depuis le démarrage de la guerre en Ukraine. Tout juste élu à la tête des conseillers du commerce extérieur en Auvergne Rhône-Alpes, cet organe dédié à l’accompagnement des entreprises à l’export, il revient sur les premiers enjeux de ce conflit majeur, auquel la région Auvergne Rhône-Alpes pourrait être plus exposée qu'elle n'y paraît. Exemple dans la production du blé, provenant de Russie, Ukraine et Biélorussie, où les ruptures d'approvisionnement pourraient rapidement venir affecter différents secteurs : boulangers, agriculteurs mais aussi industrie pharmaceutique...

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(Crédits : DR)

S'il le reconnaît lui-même, l'exposition de la France, et notamment de la région Auvergne Rhône Alpes « peut sembler assez faible » dans les premiers chiffres qui circulent des derniers bilans issus des douanes, Morane Rey Huet, le nouveau président des conseillers du commerce extérieur en Auvergne Rhône-Alpes, se montre prudent : la Russie est le 21e pays client, mais ce chiffre est assez biaisé car aussi bien en import qu'en export, beaucoup d'acteurs exportent depuis le Havre, ou à travers d'autres entreprises...

« En réalité, sur l'ensemble des 200 CCE en Auvergne Rhône-Alpes, on estime qu'une vingtaine d'entreprises font déjà 2 à 3 fois le chiffre complet de l'export évalué jusqu'ici par les douanes », explique Morane Rey Huet, au micro de Lyon Business (BFM Lyon / La Tribune Auvergne Rhône-Alpes).

Comme il le rappelle, la guerre en Ukraine a replacé au cœur des enjeux économiques les questions sanitaires bien sûr, mais aussi des enjeux plus stratégiques. Car on importe de ces deux régions non seulement du blé ou du maïs, mais aussi plus largement des matières premières comme l'acier, des composants pour l'industrie pharmaceutique ou des semiconducteurs ou pour l'aéronautique...

« L'Ukraine est un peu le grenier à blé de l'Europe, et lorsque l'on prend l'Ukraine, la Russie et la Biélorussie, on atteint l'équivalent de la production de 30% des exportations de blé à travers le monde. Cela va donc venir affecter le boulanger, mais aussi l'industrie pharmaceutique, les agriculteurs... »

A ce sujet, Morane Rey Huet ne se fait pas d'idées : « la hausse des prix est assez inévitable, et les augmentations des prix vont être importantes dans les mois à venir ».

« Tout l'enjeu sera de voir combien de temps va durer cette crise »

Même si la question du gaz demeure prégnante sur la scène internationale, et notamment de nos voisins allemands, « cette crise a démontré pour la France, l'importance d'avoir mis en place le nucléaire. Des alternatives vont être mises en place pour le gaz avec l'Algérie notamment, mais elles ne pourront pas tenir dans le temps », estime le président des conseillers au commerce extérieur en Auvergne Rhône-Alpes. « Tout l'enjeu sera de voir combien de temps va durer cette crise ».

Côté enjeux justement, une vingtaine de CCE d'Auvergne Rhône-Alpes ont déjà fait remonter à leur réseau des enjeux de nature bancaire, avec la peur que l'argent provenant de leurs ventes en Russie ne soit bientôt bloqué. « Le gouvernement a va aider les entreprises au cas par cas, secteur par secteur, mais il est certain que cela ne pourra pas être fait pour tous ceux qui ont potentiellement un enjeu militaire ».

Cette nouvelle guerre, qui intervient tout juste après deux années ininterrompues de crise Covid-19 qui aura elle aussi bouleversé la scène mondiale, pourrait cependant accentuer le vent de relocalisation d'un cran encore, croît Morane Rey Huet. « Même si l'on ne va pas remettre une usine d'acier au cœur de Lyon, on ne pourra bien entendu pas tout relocaliser, mais on va assister à un renforcement du besoin de produire localement et au plus près des besoins clients, en ligne avec les exigences environnementales ».

L'export pour devenir licorne : un pari risqué mais incontournable ?

Malgré les fortes tensions sur la scène internationale, les startups, que Morane Rey Huet incarne également (en tant que fondateur de la jeune pousse dédiée à l'intelligence environnementale Meersens) pourront-elles encore espérer se faire une place à l'international, avec le rêve de devenir un jour une licorne ?

En ce sens, Morane Rey Huet estime que « rares sont les startups ou scaleup qui démarrent juste à l'échelle régionale. La plupart d'entre elles sont souvent nativement internationale ».

Dans un tel contexte, cela peut-il constituer un frein ? « Je crois qu'en bout de ligne, ce qui est important, c'est le triptyque : un client, un besoin, un problème. Il ne faut pas oublier non plus que nos premières collaborations sont constituées de nos quatre moteurs européens, que sont l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et la France, avant même d'entamer le cercle du grand export ».

Un décideur chaque semaine

Pour rappel, le groupe La Tribune et BFM Lyon s'unissent depuis cette rentrée pour vous proposer, à travers l'émission Lyon Business (tous les mardis à 17h45), l'interview d'un décideur de l'économie lyonnaise au coeur de l'actualité.

Une occasion de décrypter ensemble les enjeux des dossiers et tendances de l'économie locale, animée par Elodie Poyade pour BFM Lyon et Marie Lyan pour le bureau Auvergne Rhône-Alpes du journal La Tribune.

Une émission à retrouver en direct et en replay sur la chaîne BFM Lyon, disponible sur le canal 30 de la TNT et sur les chaines 479 (box SFR), 360 (Orange), 315 (Bouygues) et 915 (Free), ainsi que sur le bureau Auvergne Rhône-Alpes de La Tribune.

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