Capitale verte européenne 2022 : ce « coup de pouce » de 4 millions que Barbara Pompili est venue donner à Grenoble

Après la labellisation, place à l’action, et notamment aux financements. A trois mois de l’inauguration officielle de Grenoble Capitale Verte 2022, la ministre de la Transition écologique a pris ce lundi le téléphérique de la Bastille. Objectif : annoncer désormais une nouvelle enveloppe de 4 millions d’euros, visant à accompagner la ville de Grenoble à jouer son rôle de Capitale verte européenne en 2022. Un symbole d’autant plus fort qu’il s’agira également de l’année où la France présidera la présidence tournante de l’Union européenne.

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« La distinction de Grenoble est un symbole important qui contribue à renforcer notre capacité à faire aboutir le Pacte vert pour doter l'Europe de la législation environnementale et climatique la plus ambitieuse au monde », a estimé ce lundi la ministre de la Transition Ecologique, Barbara Pompili.
« La distinction de Grenoble est un symbole important qui contribue à renforcer notre capacité à faire aboutir le Pacte vert pour doter l'Europe de la législation environnementale et climatique la plus ambitieuse au monde », a estimé ce lundi la ministre de la Transition Ecologique, Barbara Pompili. (Crédits : DR/Sylvain Frappat)

Bruxelles avait déjà fait savoir qu'elle octroierait 350.000 euros pour accompagner la tenante du titre de Capitale Verte Européenne 2022 à organiser, tout au long de son année de « règne », des rendez-vous en faveur des transitions.

Depuis, on attendait encore la réponse de l'Etat français, qui devait s'engager lui aussi aux côtés de sa future lauréate, la ville de Grenoble, qui a décroché le titre au printemps dernier pour prendre la succession de Tallin (lauréate 2021).

Ce lundi 18 octobre, la ministre de la Transition écologique a finalement fait le déplacement, en choisissant pour cela un lieu emblématique : le fort militaire de la Bastille surplombant la ville, afin d'annoncer les contours de l'enveloppe qu'a choisi d'affecter l'Etat français à ce projet.

Barbara Pompili a ainsi officialisé une enveloppe de 4 millions d'euros, qui contribuera, tout au long de l'année à venir, « à faire rayonner Grenoble, à travers divers événements de premiers plans, et à travers elle rayonner la France ».

Pour l'heure, le fléchage de cette somme demeure cependant encore à préciser. Contacté, le ministère de la Transition écologique précise que « ces 4 millions proviennent d'un financement interministériel qui sera précisé selon la programmation événementielle, qui reste à affiner à ce stade ». Et d'ajouter que le financement prendra la forme de « dotations locales pour les investissements, et de subventions (y compris du ministère de la Transition écologique) pour les événements ».

Une occasion également pour la ministre de souligner le rôle des collectivités locales, « absolument central dans la mise en œuvre de la transition écologique », puisqu'elles « réalisent près des trois quarts des investissements publics et détiennent à travers leurs compétences, une grande partie des leviers essentiels ».

Un regard vers la présidence tournante de l'UE

Citant notamment en exemple « un urbanisme plus respectueux de l'environnement, des transports propres, la préservation de la biodiversité, la rénovation des bâtiments publics, ou encore une alimentation plus saine à travers la restauration scolaire », Barbara Pompili a reconnu la mobilisation déjà engagée, « depuis longtemps », à Grenoble et à travers les différentes collectivités réunies au sein de la métropole.

Mais cette fois, il est même question de voir au delà, puisque ce titre de Capitale verte coïncidera avec une autre échéance, plus nationale cette fois : car 2022 sera (entre autres) l'année où la France exercera la présidence de l'Union Européenne.

« La distinction de Grenoble est un symbole important qui contribue à renforcer notre capacité à faire aboutir le Pacte vert pour doter l'Europe de la législation environnementale et climatique la plus ambitieuse au monde », a estimé ainsi la ministre de la Transition écologique.

Afin de piloter cette candidature ainsi que ses financements, un nouveau Groupement d'Intérêt Public (GIP) verra le jour sur le plan local. C'est -à-dire une structure hybride permettant d'associer différents partenaires publics ainsi que des organismes privés afin de porter l'organisation des événements et défis Capitale Verte, mais aussi d'en assurer la promotion et la communication.

On en sait  cependant encore peu sur le contenu ainsi que les partenaires de ce futur GIP, qui demeurent à préciser. Même chose sur le périmètre de la commande publique, qui pourrait ainsi être engagée en vue de tenir les 200 événements attendus tout au long de l'année.

Une série de premières symboliques soulignées...

Pour rappel, ce titre de « Capitale Verte Européenne » est décerné chaque année par la Commission européenne, depuis 2010, aux agglomérations de plus de 100.000 habitants « qui font preuve d'engagements forts en matière de transitions sociales et environnementales ».

Objectif affiché : « reconnaître le volontarisme et les actions concrètes menées depuis des années dans le bassin de vie grenoblois en faveur de l'environnement et de la qualité de vie des habitantes et habitants. Il doit aussi permettre d'amplifier les transitions, et un appel à participation a été lancé pour mobiliser les acteurs du territoire ».

En 2022, l'ambition affichée par Grenoble est de mobiliser plus de 200 partenaires publics et privés et près de 200 événements à l'agenda.

Lors de son déplacement, Barbara Pompili en a par ailleurs profité pour saluer les "politiques publiques écologiques et innovantes" mises en place à Grenoble et dans sa métropole.

Une occasion, pour les élus locaux, d'étayer également ce choix avec une série de « premières » made in Grenoble, comme celle du « premier éco-quartier primé en France en 2009 » avec la reconversion de la Caserne de Bonne, du «  premier Plan d'action climat au niveau local en France en 2005 », ou encore de la création, en 2019, « de la plus grande Zone à Faibles Emissions de France ».

« Ces initiatives cumulées ont permis de réduire de 30 % les émissions de gaz à effet de serre entre 2005 et 2018, selon l'Observatoire Atmo Auvergne Rhône Alpes », souligne la ville.

Mais également des enjeux environnementaux et politiques

Pour autant, l'enjeu environnemental demeure fort encore sur le bassin grenoblois, puisque son "Y", entouré de trois massifs, est également régulièrement cité pour ses indicateurs de pollution.

La dernière étude de Santé Publique France sur l'impact sur la santé de la pollution de l'air, dévoilée jeudi 14 octobre, témoignait par exemple du fait qu'en Auvergne-Rhône-Alpes, « près de 4 .300 décès seraient attribuables chaque année à une exposition de la population aux particules fines (PM2,5) et 2 .000 décès à une exposition de la population au dioxyde d'azote  ». Avec, parmi les agglomérations les plus touchées par cette pollution, les villes de Grenoble, Annecy, Chambéry et Lyon.

Et déjà en juillet 2020, le gouvernement avait été sommé une première fois d'agir, sous peine d'une astreinte financière, en prenant l'exemple de Grenoble, où le dioxyde d'azote (NO2), produit à 59 % par la circulation et à 28 % par l'industrie, engendrait encore la surexposition (et notamment la mort prématurée) de 700 personnes à Grenoble par année, le long des axes routiers ou autoroutiers, dont l'A480.

« L'enjeu est immense, comme l'est notre volonté d'agir : avec les initiatives que nous lançons ensemble aujourd'hui, nous pouvons devenir un territoire neutre en carbone d'ici 10 ans », a reconnu ce lundi le maire EELV Eric Piolle.

Sur la scène locale, quelques voix se sont également élevées au sein de l'opposition et notamment du collectif Grenoble le changement (conduit par des proches de l'ancien maire Alain Carignon), afin de dénoncer la nomination de Grenoble comme Capitale verte. Avec l'intention annoncée, en septembre dernier, de s'adresser à la Commission européenne afin d'interpeller l'Europe à peser sur la politique municipale, jugée "incompatible" avec le titre de Capitale verte, arguant d'une "bétonisation" et d'une absence de cohérence au sein de ses projets d'urbanisme.

Un lieu symbolique, et une « union » locale à recomposer

Ni le lieu, ni les participants de ce « coup d'envoi » officiel de Grenoble 2022 n'avaient cependant été laissés au hasard : le lieu faisait tout d'abord, puisque la ministre a ainsi emprunté l'un des premiers téléphériques urbains de France qui relie, depuis 1934, la ville de Grenoble au sommet de la Bastille, un fort militaire du XIXe siècle, surnommant l'Y grenoblois.

En 1976, il avait fait l'objet d'une transformation en un téléphérique « pulsé » par la société iséroise Poma, devenu entre-temps un acteur majeur de la mobilité urbaine avec un nouveau projet de transport par câble porté à Grenoble, tandis que sa filiale Sigma avait dessiné les cabines en forme d'œuf devenues désormais l'un des marqueurs de la ville.

C'est donc dans un bureau installé « à ciel ouvert », avec une vue plongeante sur la vallée, que la ministre a signé un accord de financement impliquant à la fois l'Etat, la Ville, la Métropole ainsi que le Département de l'Isère, avec Grenoble et les montagnes en arrière-plan.

Avec à la clé, une année qui se découpera en 12 thématiques et près de 54 "défis" pour lesquels Grenoble souhaite mobiliser également l'Université Grenoble Alpes, les Parcs naturels régionaux, des entreprises, des associations ainsi que des collectifs d'habitants...

Ce lundi, on pouvait déjà noter la présence de la cheffe de la représentation en France de la Commission européenne, Valérie Drezet-Humez, mais également le maire écologiste de Grenoble Eric Piolle, tenant de la candidature de la ville, ainsi que le président (PS) de la métropole Christophe Ferrari.

Une occasion de jouer l'union devant les caméras... quitte à permettre aux deux élus locaux de tourner, en même temps, la page des profonds désaccords qui avaient été mis à jour l'an dernier, à l'occasion du renouvellement de la présidence de la métropole en juillet 2020 ?

« Grenoble Capitale Verte Européenne est de fait un projet qui rassemble », répond désormais en écho le projet porté par les deux collectivités.

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