Ces chiffres qui démontrent que la reprise n’est pas encore tout à fait là en AURA

ZOOM MACRO. Alors que dans son discours d'hier, le président français Emmanuel Macron misait tout sur la campagne de vaccination pour conduire la France vers la relance, pour l’heure, force est de constater que le bilan du premier trimestre 2021 en Auvergne Rhône-Alpes n'est pas (encore) placé sous ces auspices. Selon la dernière note de conjoncture de l’INSEE, la reprise a même eu particulièrement du mal à se concrétiser en ce début d’année à l'échelle régionale, plaçant Auvergne Rhône-Alpes à contre-courant de plusieurs tendances nationales.

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Si le secteur de la construction régional reprend des couleurs, avec une hausse de +1,3% au premier trimestre 2021, le portrait régional de la reprise début 2021 réalisé par l'INSEE est plus contrasté en Auvergne Rhône-Alpes, où une fois n'est pas coutume, les indicateurs ne suivent pas nécessairement la moyenne nationale.
Si le secteur de la construction régional reprend des couleurs, avec une hausse de +1,3% au premier trimestre 2021, le portrait régional de la reprise début 2021 réalisé par l'INSEE est plus contrasté en Auvergne Rhône-Alpes, où une fois n'est pas coutume, les indicateurs ne suivent pas nécessairement la moyenne nationale. (Crédits : Denis Doukhan (licence CC0 Creative Commons))

Auvergne Rhône-Alpes, « cette petite France qui ne connaît pas vraiment la crise » ? Le credo pourrait quelque peu être nuancé désormais, à l'aune des derniers chiffres compilés par l'INSEE dans sa note de conjoncture en date du 08 juillet 2021.

Au cours du premier trimestre 2021, alors que la France entamait un troisième confinement « allégé » qui devait lui permettre de poursuivre une forme d'activité économique, la crise aura finalement pesé de manière assez disparate sur l'économie régionale. Gommant du même fait sur cette période, la tendance d'Auvergne Rhône-Alpes à représenter, voire même à mieux résister, que la moyenne nationale.

Ce constat s'illustre en premier lieu sur le terrain de l'emploi salarié qui, bien que gagnant 15.800 unités au premier trimestre 2021 (soit une reprise de 0,5 %), n'a toujours pas retrouvé pour autant son niveau d'avant-crise, près de 12 mois après le démarrage de la crise sanitaire.

Près de 39.000 emplois auront ainsi été perdus en Auvergne Rhône-Alpes (face aux données compilées fin 2019) soit une baisse de -1,3%, plaçant ainsi la région Auvergne Rhône-Alpes en moins bonne position que l'échiquier national (-0,8%).

Le secteur de l'intérim, principale variable d'ajustement de l'emploi, a lui aussi subi la crise sanitaire de plein fouet : son niveau actuel n'a toujours pas rejoint sa position d'avant-crise (- 2,0 %) à l'échelle de la région, même s'il s'affiche en progression de +3,1% ce trimestre (contre +0,3% sur l'ensemble du pays).

Le segment de l'intérim est notamment boosté par la demande au sein de la Drôme, un département qui dépasse quant à lui son niveau d'avant crise (+7,9%) tout comme l'Allier (+9,3%). Ce n'est toutefois pas le cas de l'Ardèche, du Cantal, et même du Rhône et des deux Savoie, où les taux d'intérim plongent quant à eux de -3,5% à -17,1%.

Une reprise de l'emploi timide, mais...

Du côté des différents secteurs pourvoyeurs d'emplois, on note une reprise plutôt timide du côté du secteur industriel, très présent en Auvergne Rhône-Alpes. Celui-ci enregistre notamment un gain de 1.100 salariés au premier trimestre (soit une hausse de +0,2%), mais qui ne compense toujours pas les pertes enregistrées de -1,4% par rapport à 2019.

Même tendance à une légère amélioration au sein des secteurs de l'énergie et de l'agroalimentaire (+1 et +1,1%) tandis que les effectifs de la fabrication d'équipements électroniques et d'autres produits industriels, quant à eux, se stabilisent.

« Seule la branche de la fabrication de matériels de transport continue de s'affaisser », (- 0,2%), note l'INSEE, alors que le secteur de la construction régional reprend des couleurs, avec une hausse de +1,3% au premier trimestre 2021 (contre +1,4 au niveau national). Avec un niveau d'activité qui s'affiche même en constante augmentation, depuis l'arrêt connu par ce secteur lors du premier confinement.

L'emploi tertiaire non-marchand, qui concerne tout de même plus de 4 salariés sur 10 en Auvergne Rhône-Alpes, renoue également avec une légère dynamique positive au premier trimestre (+ 0,6 %). Sur ce terrain, la création de 7.600 emplois représente à ce sujet une bonne nouvelle pour le secteur, après une fin d'année difficile marquée par le deuxième confinement (- 2,7 % au quatrième trimestre).

Pour autant, là encore le niveau d'avant-crise n'aura pas été retrouvé du côté de l'emploi tertiaire non-marchand, avec une baisse estimée à -3,5 % dans la région AURA comparés aux effectifs de fin 2019, soit une chute plus forte que la moyenne française (-2%).

Ce plongeon se matérialise particulièrement au sein de l'hébergement-restauration, un secteur qui a dévissé de -21,0 % à l'échelle régionale depuis le début de la pandémie. A l'autre bout du spectre, seul le secteur de l'information-communication aura quant à lui gagné des effectifs au cours de cette année de crise, en grimpant de 3 points par rapport à son niveau de 2019.

Des départements inégaux sur le terrain de la reprise

A l'échelle des territoires, cette situation se traduit là aussi par un portrait contrasté : au premier trimestre, l'ensemble des départements d'Auvergne Rhône-Alpes auront eu tendance à gagner ainsi des salariés sur les trois premiers mois de l'année, comme le note l'INSEE, à l'exception de la Haute-Loire.

Savoie et Drôme se redressent d'ailleurs tout particulièrement avec +1% et +1,4% sur ce trimestre, « grâce à la reprise du secteur tertiaire pour la première et à l'intérim pour la seconde ».

Mais à l'échelle de l'année de crise, le constat est cependant moins reluisant.

La Drôme se pose en effet comme le seul département à retrouver le niveau de fin 2019, tandis que les pertes s'avèrent particulièrement élevées dans les deux Savoie (- 7,9 % pour la Savoie et - 4,5 % pour la Haute-Savoie), dont l'activité reste fortement dépendante du tourisme hivernal, qui a connu une saison blanche en raison de la fermeture des remontées mécaniques.

Un taux de chômage qui grimpe légèrement

Résultat de ce tableau ? A l'issue de ce premier trimestre -qui allait encore être marqué par un troisième confinement à venir-, le taux de chômage à l'échelle de la Région AURA s'établit ainsi à 7,3% de la population active relève l'INSEE, soit -0,8% par rapport au reste de l'Hexagone.

Mais ce taux aura tout de même progressé, à l'échelle régionale, de +0,3% (contre +0,1% en France), ce qui place en bout de ligne la région Auvergne Rhône-Alpes comme la région où le taux de chômage a le plus cru. Tout comme l'Ile-de-France, elle fait également partie des deux seules régions à ne pas avoir retrouvé leur niveau d'avant-crise (soit 7,1% de taux de chômage fin 2019).

Cet indicateur s'avère toutefois extrêmement disparate en fonction des bassins d'emplois, entre le Cantal (4,6% de la population active) et l'Ardèche (8,7%), mais aussi l'Allier et la Drôme, qui présentent encore un niveau supérieur au taux de chômage national.

La Savoie et le Haute-Savoie demeurent en dessous de ce seuil, même si leurs valeurs auront augmenté de +1,7% et +1,2% au premier trimestre 2021 tandis que de leur côté, l'Isère et le Rhône demeurent stables sur cette même période.

Les profils des demandeurs d'emplois

Lorsqu'on étudie en détail l'évolution du profil des demandeurs d'emplois en Auvergne Rhône-Alpes, on peut voir que le nombre de demandeurs d'emploi de catégorie A (sans emploi) s'élève désormais à 412.000 personnes à la fin mars 2021.

Cela représente une légère progression (+1,1%) par rapport au trimestre précédent (alors que dans le reste de l'Hexagone, le taux de demandeurs d'emplois de catégorie A a eu tendance à se tasser à -0,4%). Mais surtout, cela signifie qu'AURA enregistre encore 41.000 demandeurs d'emplois supplémentaires de catégorie A par rapport aux niveaux d'avant-crise, enregistrés fin 2019.

Une situation qui se traduit à la fois par une augmentation de la demande d'emploi des jeunes de moins de 25 ans (+ 3,2 %) comme le note l'INSEE, mais aussi en partie par celle des plus de 50 ans (+ 0,9 %) également en recherche d'emploi. Cette hausse du nombre de chômeurs se constate tout particulièrement en Savoie (+ 10,8 % tous âges confondus) et en Haute-Savoie (+ 4,5%), deux régions fortement touchées par la chute du tourisme hivernal.

Cependant, les demandeurs d'emploi des catégories B et C (en activité partielle) connaissent une progression moins rapide et moins marquée que sur le plan national (+0,7% en AURA contre +0,9% en France).

Entrepreneuriat et tourisme en demi-teinte

Depuis quelques mois, on rappelle souvent que cette crise aura été l'occasion de voir apparaître un bond du nombre de créations d'emplois : c'est encore vrai début 2021, où l'on dénombre près de 28.700 entreprises auront été créées à l'échelle régionale.

Mais ce rythme est toutefois moins élevé que le trimestre précédent (-7%) à l'échelle régionale alors qu'en même temps, les créations ont continué de progresser de +1,8% en France. En Auvergne Rhône-Alpes, ce ralentissement de l'entrepreneuriat se matérialise notamment par un recul net du nombre de créations de microentreprises créées ce trimestre (-11,4%), même si ce statut représente encore les deux tiers des créations régionales.

On peut toutefois souligner qu'au niveau global, le goût pour l'entrepreneuriat reste plus fort que son niveau d'avant-crise et qu'il concerne avant tout en Auvergne Rhône-Alpes le secteur des services, qui représentent la moitié des créations d'entreprises, tandis que le secteur du commerce occupe un tiers du total, le reste se partageant entre la construction et l'industrie.

Enfin, fait régional particulièrement marquant pour Auvergne Rhône-Alpes, la fermeture administrative des stations de ski (et notamment celle de leurs remontées mécaniques) aura pesé, on s'en doutait déjà, lourdement dans la balance.

« Au premier trimestre 2021, les hôtels ont par exemple enregistré trois fois moins de nuitées que sur une même période hors crise, alors que seuls quatre hôtels sur dix sont fermés », note l'INSEE.

Conséquence ? Ce repli de la fréquentation aura eu des impacts directs sur le chiffre d'affaires de l'hôtellerie-restauration, ainsi que sur la vente à emporter, qui chute de -75% par rapport à la même période en 2019. Même chose avec le nombre d'heures travaillées, qui demeurait, en ce premier trimestre 2021, divisé par trois.

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