New deal mobile : quel est l'avancement de la couverture 4G en Auvergne Rhône-Alpes ?

TELECOMS. Alors que les sujets télécoms ne manquent pas avec la panne connue par les services d'urgence ou encore le déploiement titanesque de la 5G, le New Deal Mobile se fixait quant à lui l’objectif ambitieux d'uniformiser la couverture de l’internet mobile à l'échelle de l'Hexagone, en misant sur la 4G. Près de trois ans après son coup d’envoi, un nouvel arrêté a identifié fin avril une série de 339 nouveaux sites prioritaires à équiper, dont 64 en AuRA.

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Début avril, 339 nouvelles zones prioritaires ont été identifiées par l’Etat au sein du programme New deal Mobile visant à résorber la fracture de l’internet mobile au sein des territoires, dont 64 en Auvergne Rhône-Alpes. Les opérateurs auront 24 mois pour équiper ces nouveaux sites. Objectif : couvrir 5.000 sites à l'échelle nationale d'ici 2025.
Début avril, 339 nouvelles zones prioritaires ont été identifiées par l’Etat au sein du programme New deal Mobile visant à résorber la fracture de l’internet mobile au sein des territoires, dont 64 en Auvergne Rhône-Alpes. Les opérateurs auront 24 mois pour équiper ces nouveaux sites. Objectif : couvrir 5.000 sites à l'échelle nationale d'ici 2025. (Crédits : Reuters)

Créée il y a seulement un an au 1er janvier 2020, l'Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) veut se poser comme un nouveau partenaire pour les collectivités locales, dans un combat qui ne cesse de gagner en importance : celui de l'accès au numérique, de manière uniforme sur l'ensemble du territoire. Pour l'instant, il s'agit cependant d'un vœux pieu.

Or, la pandémie actuelle a replacé le curseur précisément là où le bas blesse, c'est-à-dire sur les zones dites "blanches" qui manquent encore de connectivité à internet, et "grises", où la 4G a concrètement encore du mal à prendre ses marques.

En Auvergne Rhône-Alpes, plusieurs territoires souffrent encore cruellement de leur manque de connexion à un réseau numérique rapide et de qualité, c'est-à-dire à l'internet mobile, mais aussi à la fibre, comme le rappelle différentes études, ainsi que le dernier baromètre du comparateur Zone ADSL.

Depuis 2017, cette question fait pourtant l'objet de toute l'attention des services de l'Etat, qui ont imaginé, sous le contrôle de l'Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes (Arcep) un programme gouvernemental, le New Deal Mobile, dont le seul et unique objectif est d'améliorer la couverture mobile (voix, Internet 4G) des zones en souffrance. Et plus elles sont dans des zones peu denses (rurales) ou à fortes contraintes géographique (montagne, etc), et plus elles sont susceptibles d'être mal couvertes car jugés peu rentables.

Une formule inédite qui mise sur les opérateurs

Dès 2018, ce dispositif avait ainsi opté pour une formule inédite : au lieu de faire reposer ces investissements colossaux directement sur le compte de l'Etat français, celui-ci avait choisi de transférer l'essentiel de la charge de l'investissement pour la conception de ces nouveaux réseaux aux quatre principaux opérateurs mobiles (Bouygues Telecom, Free, Orange et SFR), en échange de l'attribution de nouvelles fréquences 4G qu'ils pourraient ensuite exploiter.

« C'était toute l'originalité de cette politique publique, qui a fait que l'on a voulu changer de braquet. Mais ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de financement ou de subventions, que l'État n'est pas au pilotage », résume Zacharia Alahyane, directeur du Programme France Mobile et France Très Haut Débit.

Même si le chiffre précis n'est pas connu, cette opération aura permis aux opérateurs d'économiser près de 3 milliards d'euros : une somme qui devrait être, selon la logique, être réinvestie dans la création de nouveaux réseaux télécoms, dans les territoires qui en ont le plus besoin.

 Avec une double logique : proposer, dans un premier temps, une couverture 4G « partout où il est possible d'avoir une connexion 2 ou 3G », mais également, depuis 2020, sur l'ensemble du territoire, zones blanches comprises.

509 zones jugées "prioritaires" en AuRA

Pour cela, le gouvernement français demeure néanmoins à la manœuvre, en fixant, à l'attention des opérateurs, ses propres objectifs à la fois nationaux, mais aussi locaux.

Avec, d'un côté, avec l'obligation pour chaque opérateur d'installer 5.000 nouveaux sites d'ici 2025 -dont certains peuvent cependant être mutualisés-, mais aussi, en publiant chaque année au moins deux arrêtés ciblant précisément les zones à équiper, afin de ne rien laisser au hasard.

Selon ce New Deal Mobile, chacun des quatre opérateurs devra ainsi équiper 600 à 800 nouveaux sites à l'échelle nationale, le tout sous un délai de 24 mois dès lors de la publication des arrêtés qui précisent leur localisation souhaitée.

C'est pourquoi, selon Zacharia Alahyane, la réponse de l'Etat commence en réalité tout juste à porter ses effets et s'illustrer concrètement au sein des territoires :

« Il fallait le temps de lancer les premiers travaux, compte-tenu du décalage de deux ans entre la publication des arrêtés et la réalisation effective des sites, on estime que les tous derniers pylônes de ce programme seront mis en services fin 2026 », estime-t-il.

Résultat ? En Auvergne Rhône-Alpes, 509 zones prioritaires ont été identifiées depuis le démarrage du dispositif, par un travail conjoint entre les services de l'Etat et les collectivités territoriales. Dont 88 ont été effectivement réalisés à ce jour, à l'occasion des deux ans du New Deal Mobile, les autres chantiers étant encore majoritairement en cours.

Une région qui concentre un sixième des dotations

Le dernier arrêté en date, publié le 9 avril dernier, référençait quant à lui 64 nouvelles zones à couvrir en Auvergne Rhône-Alpes, sur un total de 339 à l'échelle nationale pour ce premier arrêté de l'année.

« Compte-tenu de sa géographie, on peut estimer que la région AuRA disposera d'une dotation un peu plus élevée que la moyenne des autres territoires métropolitains. Car nous devons aussi composer avec les contraintes de ses équipements, qui font que les ondes se propagent moins bien dans des régions montagneuses ou vallonnées par exemple, et nécessitent, de fait, davantage de pylônes », explique Zacharia Alahyane.

Comment cela se traduit concrètement depuis le début du programme ?

« Au total, la région Auvergne Rhône-Alpes concentre un sixième des sites retenus à ce jour, ce qui en fait l'une des deux premières régions, avec l'Occitanie (546 sites) à avoir obtenu le plus de dotations », précise la chargée de projet régionale de France Mobile, Anouk Arzur.

Avec, par exemple, l'Ardèche qui a obtenu le plus de sites définis comme « à équiper » (57) depuis 2018, suivie du Puy-de-Dôme (52 sites), du Cantal (50), de la Drôme (49) puis de l'Allier (45).

Mais il ne faut pas s'y méprendre : plus de dotations aujourd'hui signifie aussi une volonté de combler, à l'origine, un retard accumulé au cours des dernières années en matière d'investissements dans ce domaine.

Car pour une cible de 5.000 sites à équiper à horizon 2025 à l'échelle nationale, l'Etat a dû se fixer des objectifs concrets, et localisés. Et pour une fois, c'est du côté des territoires que la puissance publique est allée chercher les priorités à fixer, en se reposant sur des comités départementaux chapeautés par les préfectures, et associant les maires, les EPCI, les syndicats d'électrification, porteurs de projets fibre, etc,.

La délicate question de l'équilibre territorial

 « L'ANCT aurait pu imaginer des sites à partir de base de données ou de cartes de couvertures, mais elle a préféré confier le déploiement de ses projets aux acteurs qui connaissent le mieux leur territoire », rappelle le directeur du Programme France Mobile.

Un gage, selon lui, que la décision ne sera pas trop déconnectée des besoins du terrain. D'autant plus qu'au sein des régions, la question est désormais stratégique pour certains élus, face à des usages numériques ont explosé avec la pandémie.

Zacharia Alahyane ne cache d'ailleurs pas que l'ANCT aurait déjà reçu un certain nombre de courriers d'élus mécontents, se plaignant notamment d'une moindre dotation en nouveaux pylônes.

Même s'il n'ignore pas que l'arrivée de certains équipements comme l'internet mobile ou la fibre à vocation à changer concrètement le quotidien des habitants de ces localités : « Bien entendu, les territoires qui étaient fortement déficitaires à l'origine sont ceux qui sont ciblés en priorité au cours des premières années de notre programme. Mais il ne faut pas oublier qu'au fur et à mesure de la livraison des équipements, un rééquilibrage s'opère et permet de faire apparaître d'autres zones prioritaires », souhaite-t-il nuancer.

« Il faut rappeler qu'il n'y a pas de petite ou de grande commune aux yeux de l'État : parfois, on retient un pylône pour 50 habitants car on sait que si la puissance publique n'intervient pas à cet endroit, il est impossible que les privés le fassent, car ils n'y trouveraient aucune rentabilité », indique Zacharia Alahyane.

C'est pourquoi des départements comme l'Allier, ou encore le Cantal, disposent actuellement d'une dotation supérieure à d'autres départements. Depuis le démarrage du programme en 2018, certains territoires de notre région comme l'Ardèche, le Puy-de-Dôme, ou encore la Haute-Loire, font partie des départements où les dotations sont particulièrement élevées.

Des retards enregistrés au cours des derniers mois

Mais outre les élus qui souhaiteraient accélérer le déploiement de ce plan au sein de leur territoire, un autre enjeu est venu se greffer au déploiement du New Deal Mobile au cours des derniers mois.

Début octobre 2020, un rapport déposé au Sénat sur le déploiement du New Deal Mobile indiquait en effet que sur un total de 445 sites établis à cette date, 42 d'entre eux (soit moins de 10 % du total), n'avaient pas été livrés dans les temps prévus.

« Les opérateurs estiment que ces retards s'expliquent pour l'essentiel pour des raisons indépendantes de leur volonté, pointant notamment certaines oppositions locales à l'installation de pylônes ou des problèmes de disponibilité du foncier, de raccordements électriques, ou d'autorisations d'urbanisme », notait ainsi le rapporteur.

De son côté, Zacharia Alahyane estime que tout le nécessaire a été fait et que des contacts réguliers sont pris avec les opérateurs concernés, qui ont pour la plupart, obtenu un délai. Et en même temps, d'informer les populations sur les types de déploiements réalisés, qui ne doivent pas se confondre avec les antennes 5G.

L'impact de la pandémie peut-il redéfinir le visage du New Deal Mobile ?

La pandémie a aussi mis son grain de sel durant cette période, « faisant émerger une forme d'exigence d'accélération, en vue de répondre aux besoins des habitants qui étaient confinés chez eux », note le directeur du programme France Mobile.

Quant à savoir si les confinements successifs auront ou non un impact sur les fléchages des sites qui seront intégrés au sein des prochains arrêtés produits par les services de l'Etat, il est encore un peu tôt pour le dire selon l'ANCT.

A l'heure où l'on évoque un exode massif des citoyens des grandes villes pour les milieux ruraux, Zacharia Alahyane nuance cependant : « Ce n'est pas parce que des citoyens s'installent quelque part que l'équipe projet va retenir une commune. Bien souvent, les choses se font à l'inverse : c'est parce qu'une commune aura été équipée qu'elle va pouvoir ensuite mécaniquement attirer des habitants ».

Tout en glissant : « Une chose est sûre : cette période aura éclairé d'un nouveau regard les enjeux du numérique ».

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