"Je défendrai la réouverture des discothèques devant le Conseil d’Etat" (Thierry Fontaine, UMIH Nuit)

INTERVIEW. À l’aube de la réouverture des terrasses prévue ce mercredi, le président de l’UMIH du Rhône et de son antenne Nuit, Thierry Fontaine, fera le déplacement à Paris pour défendre la réouverture des discothèques devant le Conseil d’Etat, après le dépôt d’une demande en référé liberté. Son objectif : mettre l’État face à ses responsabilités pour une profession qui se pose comme le grande « oubliée » du plan de déconfinement en 4 étapes d’Emmanuel Macron.

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Ce mercredi, Thierry Fontaine, président national de l'UMIH Nuit, sera auditionné devant le Conseil d'Etat pour défendre un référé-liberté déposé début mai, demandant la réouverture urgente des établissements de nuit, au même titre que les mariages ou les concerts.
Ce mercredi, Thierry Fontaine, président national de l'UMIH Nuit, sera auditionné devant le Conseil d'Etat pour défendre un référé-liberté déposé début mai, demandant la réouverture urgente des établissements de nuit, au même titre que les mariages ou les concerts. (Crédits : DR)

LA TRIBUNE - Au moment où les terrasses rouvriront à travers l'Hexagone ce mercredi, vous serez devant le Conseil d'Etat pour défendre un référé déposé début mai, en tant que président national de l'UMIH Nuit, la branche qui rassemble les professionnels du monde de la nuit. Peut-on rappeler la genèse de cette démarche ?

THIERRY FONTAINE - Ce référé-liberté demande au Conseil d'Etat d'intégrer en urgence les établissements de nuit dans le plan de déconfinement au même titre que les concerts et les mariages. En effet, ces derniers vont pouvoir se tenir librement à compter du 30 juin, alors qu'ils se déroulent de la même manière, c'est-à-dire en lieux clos, dans un contexte festif, avec de la danse et des boissons alcoolisées.

Sur quel fondement peut-il légitimement être invoqué un respect des gestes barrières dans un cas, et un risque de propagation épidémique dans l'autre ? Il existe une forme d'illogisme que nous attaquons.

Le ministre de la santé Olivier Véran a lui-même botté en touche lors d'une interview télévisée, car il n'existe pas d'explication logique. Nous devrions connaître la décision du juge soit à l'issue directe de l'audience, soit dans un délai d'une semaine pour ce type de procédure.

Votre profession a également mené, au cours des derniers mois, des concertations avec Bercy. Quelle a été la teneur de vos échanges ?

Comme dans le cas de la restauration, le gouvernement nous a concerté, mais ensuite, il tranche, mais pas en notre présence.

On nous a quand même demandé jusqu'où nous étions prêts à aller pour réouvrir...

La question est tout de même un peu déplacée, car il s'agit de rétablir notre droit constitutionnel qui est d'entreprendre, et de travailler pour exploiter notre commerce.

En attendant, nous étions capables de proposer des efforts en faveur de l'instauration d'un "pass sanitaire" au sein de nos professions, alors que le reste du secteur de l'hôtellerie-restauration (CHR) ne le prévoie pas dans son protocole de déconfinement.

Quand on voit que ce plan rend au contraire possible la réouverture des clubs échangistes avec, comme seul protocole, celui de mettre un préservatif... Il s'agit d'un illogisme difficile à entendre, le gouvernement se cache derrière des mesures sanitaires. (Un club échangiste pourrait en effet, selon sa catégorie, prétendre à une ouverture le 9 juin s'il est considéré comme un "établissement sportif couvert" au même titre qu'un hamman, tandis qu'un bar de rencontres pourrait ouvrir dès le 19 mai, ndlr).

Et ce, alors que notre profession n'a été responsable d'aucune des trois vagues que nous avons connues jusqu'ici, il n'y a même pas eu de "micro-cluster".

Quels seront vos arguments lors de l'audience à laquelle vous représenterez votre profession demain ?

Je défendrais devant le Conseil d'État une réouverture au 30 juin, en tant que représentant de l'UMIH Nuit, qui a également été rejointe par une quinzaine d'autres antennes de l'UMIH.

Pour nous, il existe une forme de discrimination à ne pas être intégrés au sein du plan national de déconfinement, alors que toutes les autres professions y sont. Et si l'on pousse la réflexion plus loin, nous allons demander pourquoi le gouvernement nous fait attendre, sans nous dévoiler les éléments concrets (comme le taux de personnes en réanimation, etc) qui pourraient conditionner cette réouverture.

C'est comme de nous faire jouer un match sans en connaître les règles ! On dit qu'on va analyser les chiffres, mais l'on ne nous fixe pas de seuil. Or, cela pourrait permettre aussi de redonner enfin un but et un horizon à la profession.

L'expérimentation menée lors d'un concert test à Barcelone, réunissant 5.000 personnes fin mars dernier (et où aucun cas de contamination n'avait été rapporté après la mise en place d'un protocole comprenant masques FFP2 et tests, ndlr) fera-t-elle partie de vos arguments ?

Bien entendu, nous allons nous appuyer sur cette expérimentation pour défendre la réouverture à notre public. Ce à quoi le gouvernement nous oppose d'autres tests menés ailleurs, mais qui ne sont pas comparables. C'est notamment le cas avec un exemple de la Corée du Sud, où l'on nous dit que le gouvernement a réouvert les discothèques pour les refermer rapidement.

Mais dans ce cas c'est faux, puisqu'il s'agissait en réalité de clubs échangistes dans un pays où être homosexuel demeure encore un élément tabou. Des personnes avaient été infectées par un super spreader, mais l'ont caché en raison d'un sentiment de honte. Cela n'est selon nous pas comparable avec la situation des discothèques en France.

Quel est justement le protocole imaginé par le monde de la nuit et qui pourrait selon vous être applicable dès la fin juin ?

Nous souhaitons proposer ni plus ni moins que ce que les autres vont proposer, à commencer par les mariages et les concerts.

Bien que l'on dise aujourd'hui que les secteurs du CHR ou des mariages n'auront pas besoin de pass sanitaire, alors qu'un concert de 1.000 personnes en aura besoin, nous sommes d'accord pour que des discothèques, qui accueillent 300 personnes, puissent elles aussi appliquer un "pass sanitaire".

Nous proposons même de mettre en place du gel hydroalcoolique, voire le port du masque dans certains lieux de passage comme les toilettes, avec qu'un cahier de rappel, etc.

Il y a des choses à discuter ou à trouver, mais l'on ne peut pas tuer nos métiers en imposant à la fois le "pass sanitaire", le fait d'être assis, de porter un masque et de ne pas danser par exemple...

Selon vous, la réouverture des discothèques devra-t-elle nécessairement passer par un "pass sanitaire", basé entre autres, ou bien exclusivement sur la vaccination ?

Bien entendu, le "pass sanitaire" doit proposer l'ensemble des outils actuels, à savoir soit un test PCR, antigénique, ou encore la vaccination... Car si nous nous trouvions à un stade où l'on était proches d'atteindre les 60 millions de personnes vaccinées, ce serait autre chose. Aujourd'hui, les jeunes peuvent tout juste commencer à avoir leur première dose d'ici début juin, ce qui porte au mieux le rappel à la mi-juillet, six semaines après.

Mais il ne faut pas non plus forcer tout le monde à se faire vacciner, car on n'a pas le droit de le faire. La question peut se poser notamment pour les jeunes par exemple. C'est à eux de décider et il faut pouvoir leur laisser le choix.

Dans l'état actuel de la situation, quel est votre diagnostic en matière économique pour une profession, qui, après une fermeture de près de 15 mois, voit déjà de premières faillites commencer à être enregistrées ?

Nous estimions qu'il existait avant cette crise entre 1.600 et 1.650 discothèques au niveau national (soit 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires et près de 30.000 salariés, ndlr) et nous sommes déjà tombés à 1.400 environ, puisque 150 à 200 dépôts de bilans ont été enregistrés.

(Son homologue, le Syndicat National des Discothèques et Lieux de Loisirs, évoquait même quant à lui début janvier le seuil des 430 dépôts de bilans, déjà comptabilisés à l'échelle nationale, ndlr).

Depuis le début, la question du "mur de la dette" a été évoquée avec les ministres, et les entreprises sont aujourd'hui encore sous perfusion. On nous propose des PGE, mais il s'agit de contracter une dette pour rembourser une autre dette...

Lorsqu'il faudra commencer à la rembourser, c'est-à-dire à compter d'avril-mai 2022, les établissements vont se retrouver dans une situation très compliquée et l'on anticipe une nouvelle vague de faillites à venir. D'un autre côté, nous pensons que le public reviendra, sauf si l'on en vient à dégoûter les gens avec des mesures barrières trop hautes.

Il ne faut pas oublier que dans les soirées privées, il n'y a pas de pass sanitaire, pas de QR code ni de cahier de rappel, pas de masque ni de gel et l'on paie parfois 30 euros pour de l'alcool à volonté... On a ainsi créé un monstre para-commercial, et c'est désormais à l'État de se charger de ce sujet également.

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Commentaire 1
à écrit le 18/05/2021 à 15:24
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Les églses par contre ont été ré-autorisées très tôt elles.

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