Une nouvelle ère pour la concentration bancaire en AuRA ?

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(Crédits : Reuters)
ECLARAIGE. En annonçant une réduction de son nombre d’agences de près de 30 % en espace de cinq ans, le réseau de la Société Générale associé à sa filiale Crédit du Nord signe cependant un nouveau pas en pleine pandémie. Il s’agirait en effet de l’une des plus importantes réductions de l’implantation d’un réseau d’agences en espace de cinq ans à l’échelle française, selon les dernières données du secteur.

Une fois encore, la région Auvergne Rhône-Alpes pèse lourd dans la balance, et le secteur bancaire n'y fait pas exception : selon les chiffres de la Fédération Bancaire Française (FBF) et de la Banque de France, la région AuRA héberge en effet 3.309 agences ainsi que 32.100 salariés, pour près de 236,5 milliards d'euros de crédits annuels accordés.

Avec à l'intérieur, un poids sans surprise non négligeable pour la région du Rhône (747 agences), suivie par l'Isère (487 agences). Même chose en matière d'emploi, puisqu'Auvergne Rhône-Alpes est le second employeur du secteur bancaire, juste après l'île de France.

C'est justement sur ces deux centralités que la banque Auvergne Rhône-Alpes, filiale du groupe Crédit du Nord aujourd'hui concernée par le projet de fusion avec la Société Générale, est implantée : à raison d'un siège social à Grenoble, et d'un siège central à Lyon. Un positionnement qui reflétait bien l'ancrage territorial dans une région, où les deux grandes métropoles rayonnent plus particulièrement.

Ce nouveau projet de regroupement, basé sur une double justification liée à la fois au contexte sanitaire actuel, mais également à un environnement économique défavorable (environnement de taux bas, investissements nécessaires en matière de digitalisation et de conformité réglementaire, etc), commun à l'ensemble de la filière, laisse cependant planer à nouveau des doutes concernant l'ouverture d'une nouvelle phase de consolidation du secteur bancaire. Qu'en est-il réellement à l'échelle régionale ?

Des précédents en AuRA

En Auvergne Rhône-Alpes, l'une des principales opérations dans ce domaine avait été la fusion, au 1er janvier 2017, entérinant le regroupement des Banques Populaires des Alpes, Loire et Lyonnais et du Massif Central, au sein du groupe BPAURA. Deux ans plus tard, le groupe BP AURA (3.400 collaborateurs, 300 agences au sein de 15 départements, 1 million de clients) tirait un premier bilan lors de ses résultats annuels, dont un bénéfice net en hausse de 14%, et des charges d'exploitations réduites de 1%, allant de pair avec une réduction du nombre de collaborateurs (ils étaient 3.840 avant la fusion).

Face à lui demeure cependant un autre poids lourd, encore non fusionné : le groupe Crédit Agricole, qui réunit, rien que pour son entité Centre Est, une présence de 289 agences sur six départements, et un fichier client qui dépasse le million (1,2 million selon son dernier rapport annuel). Sans oublier son homologue Crédit Agricole Sud Rhône-Alpes (CASRA), qui comprend lui-même 180 agences, 2.266 collaborateurs, et 751.000 clients, lui aussi autonome.

Bien que le CASRA ne souhaite pas commenter ce type d'information, depuis 2016 déjà, la question avait été posée plusieurs fois à l'échelle du groupe. Et à chaque fois, la réponse avait été la même : les caisses régionales du Groupe Crédit Agricole avaient rappelé, à plusieurs reprises, qu'elles excluaient toute dynamique de fusion interne, qu'il s'agisse du Crédit Agricole Centre France ou encore du Crédit Agricole Sud Rhône-Alpes jusqu'à présent.

Des agences en diminution ?

Reste que sur le terrain et contrairement à ce que l'on pourrait penser, les dynamiques d'évolution des réseaux bancaires en France, et plus particulièrement la consolidation de leur nombre d'agences, s'avère très faible sur la période 2014 à 2018. « Au niveau global, la présence des agences bancaires a réduit de - 3 % à l'échelle du territoire national, ce qui est très peu par rapport à d'autres pays, où l'on observe une baisse de - 17 % en Italie, -18 % en Espagne, ou encore -21 % en Allemagne », illustre Arnauld André, président de l'antenne iséroise de la FBF -par ailleurs directeur commercial de la clientèle de proximité pour le Crédit Agricole-.

Il souligne que la France demeure le second pays européen (après l'Espagne) à disposer du plus fort maillage d'agences. « On compte en effet 545 agences pour 1 million d'habitants à travers l'Hexagone (contre 558 en Espagne), tandis que 99 % de la population française réside à moins de 15 minutes d'une agence bancaire ou d'un distributeur », illustre Arnauld André.

Des chiffres qui révèleraient néanmoins de fortes disparités en fonction des territoires, mais également entre les réseaux bancaires, puisque le nombre de fermetures d'agences varierait en réalité entre 0 et -12 %, en fonction des enseignes concernées à l'échelle des quatre dernières années. Et selon une autre étude réalisée par la Banque centrale européenne (BCE), la tendance à la réduction se renforcerait même à l'horizon des 10 dernières années, avec une diminution du nombre d'agences évaluée à 6,5% en France (entre 2009 et 2019), contre 32,5% en Allemagne et même 59,8% aux Pays-Bas.

Le défi de lier proximité et digital

Existerait-il encore de quoi réduire la voilure à l'issue de ce second confinement, et entraîner une forme de concentration du secteur, comme certains le craignent déjà ? Peu des acteurs interrogés ce lundi sur la scène locale se risquent à donner une réponse.

D'autant plus que, selon Arnauld André, la question ne serait pas si simple : « La conversion au numérique que l'on observe depuis quelque temps conduit en effet la clientèle à moins utiliser les agences. Ce phénomène était déjà présent, puisqu'en quatre ans le nombre d'opérations réalisées en agence a baissé de 28 % en France, mais il s'est encore accéléré avec la crise sanitaire actuelle », explique-t-il.

Pour autant, le président isérois de la FBF observe que la France, second pays européen en termes de maillage bancaire, n'a pas choisi de réduire plus rapidement ni plus drastiquement la taille de son réseau, pour l'heure.

Il y voit plusieurs justifications à ce stade : « Chaque banque a en effet sa stratégie, pour mêler la relation digitale et la proximité, qui demeure une notion très importante pour les clients. On le voit encore dans la dernière enquête IFOP menée en 2020, où seulement 8 % des Français se disaient prêts à envisager une relation bancaire uniquement digitale avec leur établissement, contre 13 % il y a deux ans ». La crise sanitaire serait donc en effet passée par là, démontrant à nouveau si nécessaire « l'importance de cultiver une relation de proximité également, allant de pair avec le digital ».

Quelle valeur locale pour quel réseau ?

Face à une double réalité, avec, d'un côté, des équilibres financiers soumis à rude épreuve par le Covid, venant accentuer le poids des investissements digitaux et réglementaires à réaliser, et de l'autre, des clients pas complètement prêts à sauter le pas vers le 100 % digital, la concentration du secteur pourrait néanmoins devenir un enjeu stratégique au cours des prochains mois.

Des arbitrages qui demeureront probablement à mener à l'échelle de chaque entité, à l'aune de l'exemple que fournit, sur la scène locale et nationale, ce premier exemple avec la Société Générale et le Crédit du Nord.

« Tout sera une question de stratégie, en fonction de chaque enseigne bancaire. Certaines pourront estimer qu'il leur faut se départir de secteurs démographiquement moins dynamiques pour aller capter des bases de nouveaux clients, tandis que d'autres feront le choix inverse, en maintenant plutôt leur maillage bancaire installé et rentable dans certaines régions», traduit Arnauld André.

La Banque Rhône-Alpes (582 collaborateurs, 70 agences et un fonds de commerce de 152.000 clients) l'avait d'ailleurs elle-même bien illustré en conduisant, aux côtés du cabinet Utopies, une enquête visant à mesurer empreinte socio-économique au niveau local et national en 2019. Résultat ? Celle-ci avait démontré que l'ensemble de ses achats, taxes et salaires versés compris, avaient un impact se mesurant bien delà de sa seule région d'activité -couvrant déjà un périmètre de neuf départements et deux régions-, qu'il s'agisse des emplois soutenus ou du PIB généré.

Ainsi, son activité avait par exemple permis de soutenir, en France, près de 17.350 emplois (dont 54% d'emplois locaux), 1,2 milliard d'euros de création de richesse au sein de l'économie française (dont 713 M€ sur son territoire).

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