Comment l’Olympique Lyonnais, touché par la crise, envisage de rebondir

Alors que la crise sanitaire a mis un coup d’arrêt brutal à ses activités à la mi-mars, l’Olympique Lyonnais, dont l’activité redémarre à petits pas depuis cet été, présente l’addition. L’impact du Covid-19 se chiffrerait à près de 100 millions d’euros sur son exercice 2019-2020, un montant proche de la somme demandée auprès du Conseil d'Etat à la Ligue Professionnelle du Football, qui avait décidé de geler les classements à compter d'avril dernier. L'OL envisage cependant plusieurs pistes pour réamorcer la pompe en 2021.

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(Crédits : Pawel Kopczynski)

Alors que le monde du football, comme l'ensemble du milieu sportif et plus largement du secteur événementiel, continue de pâtir des mesures sanitaires liés à la Covid-19 qui gèle les grands rassemblements depuis plusieurs semaines, l'Olympique Lyonnais a publié ce mercredi un état de ses comptes annuels.

Une occasion, pour le club lyonnais, de saluer des performances globales "de haut niveau", rappelant qu'il demeure "le seul club européen à avoir qualifié l'ensemble de ses équipes (masculine, féminine et jeunes), pour les phases finales des compétitions UEFA".

Pour autant, l'heure n'est pas aux marques d'optimisme. L'OL -qui emploie 550 collaborateurs à l'échelle du groupe- affiche en effet un résultat opérationnel négatif de -18,4 millions d'euros sur son exercice 2019-2020 (contre +22 millions d'euros l'an dernier), ainsi qu'un résultat net, au niveau du groupe, de -36,5 millions d'euros (contre +6,2 millions la saison précédente).

Si sa trésorerie globale brute demeure dans le vert (+ 32,5 millions d'euros, contre 11,6 millions l'an dernier), son endettement net passe à 295 millions (contre 157,7 millions d'euros l'année précédente), malgré plusieurs mesures : notamment à travers la mise en œuvre d'un PGE (Prêt Garanti par l'État) de 92,6 millions d'euros. Le groupe présidé par Jean-Michel Aulas a également reçu, à l'image de l'ensemble des clubs de de Ligue 1, une aide excep­tion­nelle de la la Ligue Professionnelle de Football (12,9 millions), et a engagé lui-même une réduc­tion de ses charges (35 à 40 millions), tout en portant sa ligne de liqui­dité (RCF) à 130 millions d'euros.

Car dès la mi-mars, le Club a été impacté par la crise de la Covid-19. "La croissance des activités du groupe, qui s'établissaient à un niveau record au cours des neuf premiers mois de l'exercice et en progression de +19%, a été brutalement stoppée à partir de mi-mars par la pandémie", précise le groupe.

De même, alors que l'OL avait même commencé par enregistrer, à la mi-saison, un niveau record (+15%) de son excédent brut d'exploitation au 31 décembre 2019 (à 61,8 millions d'euros), ce dernier a finalement chuté de -40% pour l'ensemble de l'année (à 45,9 millions d'euros, contre 76,9 millions en 2019).

L'ensemble de ses activités concernées

Ainsi, le total de ses revenus (tirés de de ses activités hors trading) dévisse de -12% par rapport à l'an dernier pour s'établir à 271,6 millions d'euros au 30 juin dernier. Avec, parmi les premiers secteurs concernés, sa branche Events, dont les résultats ont chuté de 30% (6,7 millions d'euros en 2020, contre 9,7 millions l'an dernier).

"Dans le cadre des mesures gouvernementales interdisant les grands rassemblements, le groupe a dû renoncer aux activités séminaires et à une programmation événementielle estivale au Groupama Stadium, avec notamment, la première édition du festival de musique FELYN, reportée aux 18 et 19 juin 2021", note l'OL.

Sa branche Billetterie (-15%) a elle aussi été "fortement impactée" par l'arrêt définitif du Championnat de Ligue 1 depuis le 13 mars dernier. Alors que six matchs à domicile n'ont pas pu être joués, le manque à gagner pour le Club s'établit à 35,5 millions d'euros (contre 41,8 millions enregistrés en 2019). Et ce, alors qu'en Coupe d'Europe, un nouveau record de revenu Matchday (supérieur à 6 millions d'euros) avait été atteint, fin février, lors de la rencontre à domicile des huitièmes de finale de Champions League contre la Juventus.

Les Droits TV ont eux aussi enregistré une chute de 20% (à 97,6 millions d'euros) mais "bénéficient, comme la saison dernière, de la participation du club aux huitièmes de finale de Champions League. Néanmoins, l'arrêt prématuré du Championnat de Ligue 1 à la 28ème journée ainsi que le classement final anticipé de la saison (7e place de Ligue 1) impactent fortement les revenus de droits TV nationaux", ajoute le groupe.

Enfin, les revenus issus des partenariats/publicité et des produits de la marque, subissent également un fort ralentissement, pour s'établir respectivement à 27,2 millions (-13%) et 13,6 millions ( -15%).

La prochaine saison assombrie ?

A noter qu'au cours de cet exercice, le groupe en a profité pour conforter sa stratégie, basée sur son centre de formation ainsi que le recrutement de jeunes talents à haut potentiel, en enregistrant "un niveau élevé" (90,9 millions d'euros) de produits de cessions de contrats joueurs, avec Tanguy Ndombelé à Tottenham, Nabil Fékir au Betis Séville, ou encore Lucas Tousart au Hertha Berlin.

"Cette bonne performance confirme la pertinence de la stratégie d'OL Groupe (...) et sa capacité à valoriser ces potentiels sur les plans sportif et économique", estime l'OL.

La mise à l'arrêt des grandes ligues européennes (hors Ligue 1), qui ont décidé de terminer leurs championnats dans le courant de l'été 2020, aura cependant freiné les opérations de fin de saison. L'OL évoque ainsi un manque à gagner, sur ce terrain, de 50 millions d'euros à fin juin 2020.

Qu'en est-il de la nouvelle saison à venir ? L'Olympique Lyonnais annonce que depuis fin juillet,"les activités sportives professionnelles ont progressivement repris", avec la clôture des compétitions encore engagées pour les équipes professionnelles masculines et féminines.

Le club note cependant que l'arrêt prématuré de la Ligue 1 à la fin avril "pénalise encore fortement le groupe, en le privant dès 2019/2020 de ressources élevées, mais aussi, sur l'exercice à venir, d'un accès aux coupes d'Europe et compétitions disputées depuis 23 ans consécutifs".

C'est pourquoi l'OL rappelle qu'il a déjà engagé une procédure judiciaire -toujours en cours- auprès du Conseil d'Etat, estime que "la responsabilité de la Ligue de Football Professionnel et de l'État est engagée sur ce dossier", et évalue le préjudice global subi à 117 millions d'euros. Avec, en ligne de mire, la décision de la Ligue de foot­ball profes­sion­nel de stopper la saison (et donc son classement) dès le mois d'avril, sans reprise en juin, comme cela a été le cas pour d'autres pays européens (Alle­magne, Angle­terre, Italie et Espagne).

Une stratégie pour relever la tête

Le groupe, qui vise déjà "un retour en Champions League dès la saison 2021/2022" a déjà engagé une stratégie visant à limiter ses pertes de revenus comprenant une augmentation de la ligne de produits de Droits TV de Ligue 1 de 18 millions d'euros à travers ses contrats signés avec Mediapro, BeIN et Free pour la période 2020/2024. Mais également la fixation d'un montant de 25 millions d'euros pour ses droits TV UEFA acquis sur la Champions League, en vue des matchs qui seront joués sur le prochain exercice.

L'OL mise également sur une augmentation significative à 36 millions d'euros de ses revenus issus des partenariats (+15%), en s'appuyant sur de nouveaux contrats signés avec Emirates (sur cinq ans) ainsi qu'à compter de cette saison, avec Adidas, Groupama -qui vient de confirmer le naming de son stade pour deux années supplémentaires en cette rentrée-, ou Mastercard.

Sans oublier le trading de joueurs et l'intégration de jeunes talents issus de l'Academy OL, qui devraient lui permettre d'optimiser ses effectifs et de continuer à réaliser des transferts. Bien que ralentis, plusieurs transferts préparés depuis le début d'année et affectés sur le prochain exercice s'élèvent, à date, à plus de 50 millions d'euros. Jean-Michel Aulas se montre relativement confiant, rappelant que la valorisation de ses joueurs est estimée à 480 millions d'euros.

Enfin, l'Olympique Lyonnais table sur la reprogrammation de grands événements au Groupama Stadium, tels que le festival FELYN, décalé aux 18 & 19 juin prochains ainsi qu'un concert du groupe Indochine prévu le 26 juin 2021, sous réserve que les conditions sanitaires le permettent. A noter également que les activités Séminaires & Visites ont repris depuis juillet, avec un nombre restreint de participants.

Des raisons d'espérer que, sous le ciel de Lyon, la balle revienne au centre ? Le groupe reste toutefois prudent : citant son absence pour la Coupe d'Europe à venir, des restrictions sanitaires qui demeurent importantes, ainsi que le niveau de trading envisagé à ce stade, "le résultat net de l'exercice 2020/2021 devrait être déficitaire", prévient-il.

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