Cliniques Mutualistes de Grenoble : le repreneur sera Docte Gestio, l'Agduc et le CHU recalés

Le conseil d'administration de l’UMG-GHM vient de trancher sur le choix du futur repreneur des Cliniques Mutualistes de Grenoble : ce sera finalement le groupe Docte Gestio. Un choix que redoutait le collectif d’usagers et d’habitants du quartier, qui s'était mobilisé ce lundi en organisant un rassemblement ainsi qu'un débrayage dès 13h devant la Clinique d'Alembert.

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Les représentants du Collectif des usagers et habitants des Cliniques Mutualistes ont envoyé la semaine dernière une lettre ouverte à une trentaine de mutuelles du réseau de la Mutualité Française en vue de la sélection prochaine du futur repreneur.
Les représentants du Collectif des usagers et habitants des Cliniques Mutualistes ont envoyé la semaine dernière une lettre ouverte à une trentaine de mutuelles du réseau de la Mutualité Française en vue de la sélection prochaine du futur repreneur. (Crédits : Capture écran YouTube)

Alors que les salariés et habitants du quartier Chorier Berriat s'étaient réunis ce lundi midi devant la Clinique d'Alembert, le conseil d'administration de l'UMG-GHM vient d'annoncer officiellement l'entrée en négociations exclusives avec le groupe Docte Gestio.

Une décision prise "à la majorité absolue", selon le communiqué publié par l'UMG-GHM, et qui signe donc la fin de la candidature de l'Agduc et du CHU de Grenoble, qui faisaient partie des trois derniers candidats à la reprise des Cliniques Mutualistes de Grenoble.

Pour Denis Philippe, vice-président délégué d'Adréa Mutuelle (majoritaire au sein de la gouvernance de l'UMG GHM), "l'offre présentée par Doctegestio apporte des garanties réelles par rapport aux exigences formulées dès septembre 2019 par le conseil d'administration de l'UMG GHM, tout en répondant aux principales préoccupations exprimées par les pouvoirs publics."

Selon ce dernier, cette offre permettrait "le maintien d'une offre de santé accessible à tous avec notamment, la pérennisation du statut d'Établissement de santé privé d'intérêt collectif (ESPIC)", ainsi que "la préservation des grands pôles de santé qui font la réputation du GHM (urgences, oncologie, maternité...)".

Selon l'UMG-GHM, la proposition de Docte Gestio permettrait "une gouvernance mutualiste et une continuité historique" à travers l'entrée au capital de deux mutuelles (Mutuelles de France du Var et Mutuelle Doctocare) venant se substituer aux deux membres actuels (Adréa Mutuelle et la Mutualité Française de l'Isère).

En entrant en négociations exclusives avec Docte Gestio, l'UMG GHM prévoit désormais de consulter le comité social et économique, avant d'annoncer une décision finale à l'automne 2020.

Une lettre ouverte de la dernière chance

Un calendrier qui demeure soumis à un dialogue social qui risque cependant d'être difficile. Car inquiet face aux candidatures des acteurs privés Docte Gestio et Vivalto, le collectif d'usagers et de citoyens du quartier Chorier-Berriat, qui soutenait le dossier de reprise de l'association Agduc et du CHU de Grenoble, avait une nouvelle fois appelé, ce lundi, à un grand rassemblement, associé à un débrayage de salariés, en marge du conseil d'administration de l'UMG-GHM.

Les représentants de ce collectif avaient également adressé, la semaine dernière, une lettre ouverte à une cinquantaine de mutuelles, membres de la Mutualité Française, afin de leur rappeler qu'elles pouvaient peser dans cette décision.

"Ces mutuelles sont membres du conseil d'administration du GHM et donc responsable des conditions de cette vente et du choix des candidats retenus", explique Hervé Derriennic, représentant de l'Union de quartier Berriat-Saint-Bruno-Europole et du Collectif d'usager.e.s des Cliniques Mutualistes de Grenoble.

Selon ce collectif, "seule la candidature de l'Agduc" aurait permis de confier la gouvernance à une association à but non lucratif.

Ce n'était toutefois pas l'avis de l'UMG-GHM, qui a décidé que la structuration de leurs projets de reprise présentés par Agduc et Vivalto était "plus longue et complexe que celle de la substitution proposée par Doctegestio, dans un contexte financier qui nécessite une reprise rapide de la gouvernance". Le propriétaire actuel précisant par ailleurs que ces deux projets de reprise de l'activité étaient "financièrement inférieurs à la dette contractée par l'UMG GHM", sans pour autant avancer de chiffres.

Toujours d'après l'UMG-GHM, le dossier de l'association Agduc, associé au CHU de Grenoble Alpes, "entretenait également trop d'incertitudes et ne prévoyait pas une reprise intégrale du périmètre d'activité, les centres dentaires étant exclus de l'offre de reprise. Il n'était par ailleurs pas assez sécurisé d'un point de vue économique pour assurer, non seulement le fonctionnement au quotidien du GHM, mais également sa capacité d'investissement à court terme".

Trois groupes en lice

Spécialisé à l'origine dans le secteur de l'immobilier, le groupe Docte Gestio, dont le siège a été créé en 2000 à Paris, s'est ensuite diversifié dans les secteurs de la santé, du médico-social et de l'hôtellerie, avec plusieurs marques (Amapa, Doctocare et Popinns).

Il prône lui-même la reprise et la relance de structures en difficulté en développant "une mutualisation des moyens et la digitalisation poussée au maximum de la gestion".

De l'autre côté, on retrouverait le groupe Vivalto, qui se positionne comme le troisième acteur du secteur privé lucratif. Créé en 2009, il regrouperait à ce jour près de 39 cliniques privées, dont la Clinique Générale d'Annecy ainsi que la Polyclinique de Lyon Nord.

Une offre dont le montant arriverait, selon certaines informations, dans la même fourchette que la proposition faite par l'association Agduc associée au CHU Grenoble Alpes. Créée sous statut ESPIC en 1975, cette association gère déjà une vingtaine de centres de soins et notamment de dialyse en Rhône-Alpes et PACA. C'est aussi cette offre qui est à la faveur du collectif d'usagers, habitants et salariés, puisqu'elle prévoirait une participation de ceux-ci au sein de la gouvernance du futur Groupement de Coopération Sanitaire (GCS) qui serait créé entre les deux entités, à travers notamment la participation à un comité stratégique d'orientation.

Un établissement qui s'inscrit dans son territoire

Le dossier de la vente du GHM était revenu régulièrement sur la table au cours des derniers mois au regard de la spécificité de cette clinique, qui se pose comme le second établissement de référence sur le bassin grenoblois, en vertu de son statut d'établissement de santé privé d'intérêt collectif (Espic). Et qui l'a, de fait, positionné en première ligne dans la bataille contre le Covid-19, en secondant le CHU de Grenoble lors du déclenchement de son plan blanc. Mais également sur le plan politique, où les différents candidats aux municipales et représentants politiques s'étaient succédés au chevet du dossier.

Le Groupe Hospitalier Mutualiste (GHM) de Grenoble regroupe en effet plusieurs cliniques (clinique des Eaux-Claires et clinique d'Alembert), un centre de cancérologie (Daniel Hollard) ainsi qu'un laboratoire d'analyse et deux centres dentaires mutualistes. Il compte près de 1 300 salariés pour 400 lits, et près de 35 000 passages aux urgences ainsi que 1600 naissances enregistrées en 2019.

"Le GHM rayonne sur un quartier qui compte lui-même déjà près de 30 000 habitants, soit presque la taille de la ville voisine de Fontaine", rappelle l'un des soutiens du collectif.

Or, depuis plusieurs mois, les usagers, habitants et médecins s'inquiètent d'une possible vente de ces établissements à un acteur privé. À leurs yeux, seule la candidature de l'association Agduc, un acteur majeur de la dialyse au sein de la région Auvergne-Rhône-Alpes, associé sur ce dossier au CHU Grenoble Alpes, offrait les garanties nécessaires au maintien des missions de service public des soins prodigués par l'établissement.

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