Innovation : Comment Athletics 3D a reconverti son atelier pour "sauver des vies"

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Développés par Athletic 3D et la Fabrique du ski, soixante premiers masques barrière ont été mis en ligne en vue de continuer à financer une opération de dons de masques. Ils ont été vendus en seulement quelques heures.
Développés par Athletic 3D et la Fabrique du ski, soixante premiers "masques barrière" ont été mis en ligne en vue de continuer à financer une opération de dons de masques. Ils ont été vendus en seulement quelques heures. (Crédits : DR)
Athletics 3D a transformé son activité de production de matériel de biathlon en vue de fabriquer, à l’aide de ses imprimantes 3D, des masques "made in Vercors". Des masques désormais disponibles en ligne pour financer des dons, en rupture de stock en seulement quelques heures.

Il est l'homme à l'origine du site internet 3Dchampions.org, recensant plusieurs centaines de moyens de fabrication additive à l'échelle française pour produire du matériel afin de combattre le Covid, mais aussi de la distribution gratuite de près de 1300 masques, produits en partenariat la Fabrique du ski, et distribués gratuitement auprès des professionnels du plateau du Vercors. Clément Jacquelin, gérant de la société Athletics 3D, basée à Corrençon-en-Vercors, se voulait avant tout solidaire.

Car très tôt à l'arrivée de cette épidémie, cet ingénieur de 30 ans, diplômé de Grenoble INP, a voulu faire sa part et mettre son savoir et ses équipements à disposition de la lutte contre le Covid-19. A la tête de l'entreprise fondée en décembre 2017 afin de produire, à l'origine, des pièces pour des armes de précision, en particulier à destination des athlètes de biathlon (dont son frère, Emilien a été sacré champion du monde l'hiver dernier)Clément Jacquelin a rapidement songé à mettre à disposition les dix imprimantes 3D de son atelier pour un autre combat.

"Le 16 mars dernier, la Commission européenne a lancé un appel aux entreprises en mesure de fabriquer des masques et des ventilateurs, relayé par un magazine de fabrication 3D. J'ai répondu sur Twitter que je disposais de dix imprimantes 3D pour cela", affirme l'entrepreneur.

Alors qu'il a baissé le rideau de son activité en raison du confinement le 16 mars, Clément Jacquelin s'est mis en ordre de marche quelques jours plus tard pour télécharger de premiers fichiers open source, en provenance des quatre coins du monde.

"Nous nous sommes lancés sans attendre de 'go' sur le plan des financements, afin de pouvoir anticiper les phases de production, qui nécessitaient de pouvoir réadapter les machines".

Une campagne de crowdfunding est également lancée pour lui permettre d'acheter en volume le matériau principal, à base de nanoparticules de cuivre.

"En une nuit, nous avons reçu 1000 euros que nous avons pu investir directement en commandes", affirme Clément Jacquelin.

La mise en place d'un réseau autour de l'impression 3D

Associé à son voisin, le fabricant de skis haut de gamme La Fabrique du Ski, en vue de mettre en commun leurs outils de production, Clément Jacquelin a très vite rejoint une communauté de "makers", répartis dans toute la France, souhaitant produire, comme lui, des dispositifs barrières (masques, visières, poignées) en 3D en vue de freiner la propagation du virus.

"Il s'agissait de fabriquer en premier lieu des masques d'hygiène car on savait que cela marchait bien avec les techniques 3D, ainsi que des visières, qui pouvaient être un bon complément", rappelle Clément Jacquelin.

Ses premiers masques ont utilisée une matière souple (PLActive) ressemblant à du plastique mais avec des propriétés antivirales et antibactériennes, avec un filtre amovible de type coton tissé.

"Cela nous a permis de fabriquer une coque qui prenne la forme du visage, et qui comprenne des filtres à particules pouvant être changés régulièrement", explique l'entrepreneur.

Sa seconde génération a ensuite été réalisée à base de polyamide, toujours avec un filtre amovible, pouvant intégrer un matériau auto-nettoyant à base de cuivre.

Son projet a également reçu le soutien de particuliers et de collectivités telles que la Communauté de Communes du Vercors, ainsi que d'acteurs privés du bassin grenoblois. L'industriel Schneider Electric a par exemple mis à disposition son expertise technique, tandis que le groupe EDF a prêté deux machines de production. L'antenne de Cap Gemini, basée à Montbonnot, a quant à elle créé une cartographie du secteur pour recenser et localiser les besoins.

"C'est grâce à eux que nous avons pu construire ensuite le site internet 3Dchampion.org, qui recense plus de 2 000 imprimeurs 3D à l'échelle de l'Hexagone", indique Clément Jacquelin.

Fin mars, la Commission européenne a reprécisé les contours réglementaires face à la dynamique du réseau d'impression 3D, face à une multiplication des projets sur l'échiquier national.

"A savoir qu'il n'était pas possible de parler de système de protection, car ceux-ci doivent être soumis à des normes et homologations, mais plutôt de dispositifs barrières, permettant de diminuer la propagation du virus", traduit l'entrepreneur.

Une lourdeur administrative pour l'homologation

Résultat : le projet isérois s'est réorienté rapidement vers la fourniture de masques d'hygiène, et non de masques chirurgicaux ni de FFP2 ou 3, en se destinant en premier lieu aux commerçants, entreprises et salariés qui recherchaient un moyen de se protéger afin de poursuivre leur activité.

Pour autant, Clément Jacquelin s'était basé sur des modèles de masques open-source et avait ensuite envoyé à la mi-mars des prototypes à la DGA, afin que leurs performances puissent être testées. Avec l'espoir qu'ils puissent être homologués en vue de proposer un outil supplémentaire afin de renforcer l'arsenal mis à disposition des soignants.

"Notre premier business model était de sauver des vies. On fera tout ce que l'on peut faire pour venir en aide sur cette épidémie", confirme Clément Jaquelin.

L'entrepreneur évoque cependant une forme d'incompréhension face à des démarches d'homologation, lancées il y a plusieurs semaines, qui n'ont toujours pas abouti.

"On se demande pourquoi ces démarches semblent très rapides pour les uns, et aussi longues pour d'autres. Nous avons suivi la procédure mais nous n'avons toujours aucun retour de la DGA ou des autorités à ce jour. Et ce, alors que notre prototype avait reçu un très bon accueil de la communauté soignante".

Face à un climat d'urgence où l'Etat français s'était lui-même lancé dans un appel à projets de solutions innovantes à destination des industriels, Clément Jacquelin regrette que des projets nés de la bonne volonté comme le sien puissent disparaître au cours des prochaines semaines, faute d'homologation et de certifications, notamment pour le milieu soignant, toujours en manque criant de matériel. D'autant plus qu'un "certain nombre d'aides annoncées pour développer ces projets, de la part des collectivités comme la région Auvergne-Rhône-Alpes, sont soumises à l'obtention d'une certification", ajoute-t-il.

Des financements à trouver pour pérenniser l'action

Après avoir récolté plus de 22 000 euros à travers sa campagne initiale sur la plateforme Leetchi, ainsi qu'une aide de milliers d'euros supplémentaires auprès de la Communauté de communes du Vercors et des entreprises du bassin, les fonds disponibles pour cette action arriveront bientôt à leur terme.

"Nous avons aujourd'hui plus de 100 messages en attente, et nous produisons uniquement selon les besoins, pour l'ensemble des publics, à l'exception des soignants", indique-t-il.

Seule solution pour continuer l'aventure : proposer des masques d'hygiène "grand public" à la vente en ligne, à un tarif de 35 euros, afin de continuer à produire en parallèle des masques gratuits pour les publics les plus exposés. Bien qu'ils disposent d'une capacité pouvant aller jusqu'à 200 unités par jour, les deux partenaires ne proposeront que de petits lots pour commencer, afin de répondre à la demande.

Soixante premiers exemplaires de leur "masque barrière" ont ainsi été mis en ligne le 27 mars dernier et sont tombés en rupture de stocks en l'espace de quelques heures.

"Nous travaillons actuellement à une solution complémentaire, en collaboration avec le réseau 3DChampions, sur un nouveau modèle de masque d'un matériau innovant. Le filtre se situerait à l'intérieur, et pourrait supporter des lavages à très haute température tout en conservant son étanchéité", glisse Clément Jacquelin.

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