Et si demain… Le TGV reliait Lyon à Genève ?

Et si la frontière suisse était plus proche de Lyon que ne l’est l’aéroport Charles-de-Gaulle depuis Paris ? L’économie, l’entrepreneuriat, voire la politique bilatérale, s’en trouveraient bousculés. Une coûteuse ligne à grande vitesse sur cette liaison ne figure même pas dans les projets de l’horizon 2030 mais, néanmoins, imaginons. Acteurs de l’économie-La Tribune a imaginé, à l’occasion de la sortie de son ultime numéro, neuf scénarii pour la région Auvergne-Rhône-Alpes. Autant d’évolutions, de transformations, de métamorphoses, tour à tour anecdotiques ou révolutionnaires mais ni futuristes ni absurdes. Ils proposent un éclairage nouveau, un regard distancié, qui pourraient, un jour, interroger l’écosystème du territoire, et soulèvent des problématiques de natures sociale, environnementale, politique, culturelle et économique qui font sens et questionnent… aujourd’hui. Cinquième volet de notre série - publiée chaque jour pendant la trêve de Noel.

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(Crédits : Laurent Cerino / ADE)

Article initialement paru dans le numéro 143 d'Acteurs de l'économie - La Tribune.

Lundi matin, les frontaliers se pressent dans le hall de la gare de Lyon Part-Dieu. Ces pendulaires se rendent au travail en Suisse avec le TGV de 6 h 37. À une vitesse de pointe de 320 km/h, il leur faudra moins de 30 minutes pour rejoindre la gare de Genève-Cornavin. Pour le même trajet en voiture, il faut compter 150 km et 1 h 43 (hors trafic).

Arrivés à Cornavin, certains rejoindront leur bureau en tram, tandis que d'autres prendront un train pour se diriger vers le Grand Genève et Lausanne. Certes, ce scénario est une fiction mais si la capitale des Gaules était si proche de Genève, ce seraient deux importantes métropoles qui se rejoindraient pour relier 1,5 million d'habitants.

À la SNCF, on souffle que l'hypothèse est de l'ordre du possible même si ce n'est pas "dans les tuyaux", en se contentant de rappeler que "la ligne TGV Lyon-Genève existe déjà". En effet, quelques rares TGV Lyria directs circulent sur cette liaison mais affichent 1 h 44 de trajet. À peine 10 minutes de moins que les TER directs. La voiture reste toujours plus rapide. Pour cause : il s'agit d'une ligne dite "classique ou aménagée" qui permet aux TGV de terminer un parcours, à vitesse réduite.

Pourtant, à Lyon comme à Genève, les infrastructures existent, comme le rappelle Matthieu Baradel, responsable genevois du projet d'agglomération franco-valdo-genevoise :

"Les conditions-cadres seraient déjà bien en place, avec des réseaux de transports publics lourds, qui permettraient d'accueillir une telle situation." Cet employé de l'État de Genève verrait trois effets importants à un tel rapprochement. Au point de vue territorial, d'abord : "Ce qui me vient en premier lieu à l'esprit, c'est le sujet de la localisation des personnes. En reliant deux pôles très importants comme Lyon et Genève, on constaterait une augmentation de l'éloignement du lieu de résidence au lieu de travail, faisant progresser le nombre de pendulaires potentiels vers ces deux pôles."

Un effet qui a été constaté avec l'ouverture de l'autoroute A41 Nord entre Annecy et Genève. Ludovic Antoine, spécialiste mobilité du Pôle métropolitain du Genevois français, se souvient : "Il y a dix ans, la zone domicile-travail s'étendait sur trente ou quarante kilomètres autour de Genève. Avec l'autoroute, nous avons vu 7 000 frontaliers venir d'Annecy et même un millier de la Savoie."

Et d'ajouter : "Avec une vraie ligne ferroviaire performante comme celle-ci, ce serait un séisme territorial, s'exclame l'expert. Pas forcément négatif car cela doperait l'économie du territoire, mais il y aurait des déséquilibres, le coût du foncier s'envolerait (le territoire savoyard figure parmi les plus chers de France, NDLR) et il faudrait gérer des problématiques comme l'organisation spatiale ou la transition écologique. Il y aurait un impact sur toute l'organisation, les permis accordés, la densification..."

Des synergies intéressantes

C'est donc bien sur le quotidien et sur le phénomène des pendulaires que l'effet serait le plus visible. Avec aujourd'hui plus de 85 000 frontaliers - toujours en progression - dans le seul canton de Genève, difficile d'évaluer combien de lyonnais seraient attirés par la manne suisse. Yann, enseignant et directeur créatif d'un studio de jeux vidéo lyonnais, l'assure : "Si cela se concrétisait, j'irais volontiers travailler à la journée à Genève. Pour moi, ce n'est pas une ville attrayante en loisir, mais professionnellement, cela m'intéresserait réellement." Le marché helvétique est prometteur et de nombreux envieux pourraient vouloir le percer, là où le salaire médian est 2,3 fois plus élevé que celui des Français, et le meilleur d'Europe (6 118 francs bruts, soit 5 355 euros, contre 2 223 en France).

Deuxième effet à étudier, selon Matthieu Baradel : la synergie entre les deux territoires.

"Des réflexions ont déjà été lancées il y a quelque temps, les coopérations sont existantes mais seraient à amplifier, il s'agirait de mieux fonctionner ensemble, notamment entre les deux aéroports par exemple, pour une meilleure distribution du trafic."

L'organe transfrontalier existe en effet et intègre déjà la Région, parmi ses huit acteurs. "Nous développons d'ailleurs un schéma de cohérence qui porte sur plusieurs politiques publiques comme le transport, l'aménagement, la gestion des sols et des déchets", poursuit Matthieu Baradel. "Le périmètre se prêterait à une gouvernance déjà établie avec les organes institutionnels", confirme Ludovic Antoine.

En somme, il ne manquerait plus que la métropole de Lyon à inclure autour de la table pour resserrer la coopération.

Des pôles de compétences économiques

Le troisième effet imaginé par le chef de projet genevois est évidemment économique. "Les industries qui peuvent exister dans les deux régions pourraient s'associer et se développer ensemble, ce qui obligerait les autorités respectives à renforcer encore leur coordination par rapport au foncier, aux autorisations octroyées aux entreprises et au choix des localisations de déploiement de pôles de compétences."

Mais au-delà des seuls partenariats, la Suisse pourrait bien attirer de nouvelles domiciliations. Attractif pour sa fiscalité et ses banques, le petit pays accueille déjà des bilocalisations :

"Aujourd'hui, beaucoup d'entreprises locales établissent un siège à la fois en France et en Suisse", explique Ludovic Antoine.

Objectif : évoluer sur les deux marchés, avec parfois d'astucieux et profitables montages financiers d'optimisation fiscale.

Si un tel rapprochement se concrétisait, l'économie générée serait excellente et les possibilités indéniablement multiples. Mais réunir un tel territoire affecterait profondément l'organisation humaine.

Ainsi, le bémol serait donc purement social : "Avec un phénomène hyper-attractif, il existe des risques principalement relatifs à l'équilibre social, aux lieux de vie, au logement et à la cherté". Des risques non négligeables, surtout pour la France voisine. Avenir économique plein de promesses, fausse bonne idée, ou risque de dumping ? "Rien n'est plus proche du vrai que le faux", disait Albert Einstein...

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