« La quatrième vague épidémique est déjà arrivée » (Guillaume Rozier, Vite Ma Dose)

Depuis le lancement de la plateforme Vite Ma Dose en avril dernier, le fondateur de CovidTracker, Guillaume Rozier, n’a pas chômé. Avec près de 50 millions de prises de rendez-vous de vaccinations initiés sur sa plateforme chargée d’agréger les rendez-vous, le savoyard a lui aussi enregistré un pic de connexions lundi soir. Disponibilité des vaccins, quatrième vague, enseignements par les chiffres... Le fondateur de Vite Ma Dose -dont l'initiative se veut entièrement bénévole- revient sur les dernières données de l'épidémie.

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A seulement 25 ans, le savoyard Guillaume Rozier, fondateur de Covid Tracker et Vite Ma Dose, avait reçu en mai dernier l'ordre national du Mérite à titre exceptionnel pour la création de ses services anti-Covid 19 gratuits sur Internet.
A seulement 25 ans, le savoyard Guillaume Rozier, fondateur de Covid Tracker et Vite Ma Dose, avait reçu en mai dernier l'ordre national du Mérite à titre exceptionnel pour la création de ses services anti-Covid 19 gratuits sur Internet. (Crédits : DR/Guillaume Rozier)

LA TRIBUNE - Nous vous avions laissé début avril avec le lancement de votre troisième outil, Vite Ma Dose : trois mois plus tard, où en êtes-vous concernant le nombre de prises de rendez-vous initiées par votre plateforme ?

GUILLAUME ROZIER - Nous avions enregistré jusqu'à lundi près de 200 millions de recherches de rendez-vous initiées sur notre site Vite Ma Dose, qui ont débouché sur 50 millions de prises de rendez-vous initiées.

Cela ne veut pas forcément dire que toutes ces personnes soient allées jusqu'à la validation sur l'une des sept plateformes que nous avons référencées, certaines ayant pu annuler ou ne pas honorer leur rendez-vous en cours de route, mais cela donne déjà une idée du volume demandé.

Au total, ce sont 15 millions de personnes distinctes qui ont ainsi pu prendre des rendez-vous pour elles et leurs proches, ou dans certains cas, plusieurs rendez-vous par personne, pour avoir un créneau plus rapidement.

Que savez-vous sur le profil de ces inscrits ?

Nous ne connaissons ni leur âge ni leur sexe, car Vite Ma Dose ne piste pas les informations qui sont ensuite communiquées, lors de la prise de rendez-vous, sur les plateformes de réservation que nous référençons.

Aujourd'hui, il y en a sept : Doctolib, Maiia, Keldoc, Mapharma, Avecmondoc et Mesoigner, qui représentent actuellement 4.300 points de vaccination en France, est près de 300.000 créneaux de réservations disponible sur les 50 prochains jours.

Certains chiffres sont cependant difficiles à donner aujourd'hui, car avec le pic de ce lundi nous a fait dépasser certains seuils de statistiques, établis par Google Analytics...

Lors des annonces d'Emmanuel Macron justement ce lundi, des plateformes comme Doctolib ont connu un important pic de connexions. C'était le cas de Vite ma dose également ?

Nous avons en effet atteint près de 1,1 million de prises de rendez-vous initiées sur Vite Ma Dose, rien que sur la journée de lundi. Nous n'avons cependant pas connu de problème majeur, notre architecture nous a permis d'absorber ces flux.

Mais comme nous faisons de l'agrégation des sept plateformes de prise de rendez-vous, certaines d'entre elles sont tombées en panne. La situation est revenue à la normale dès le lendemain sur Keldoc par exemple, alors que d'autres comme Doctolib rencontraient encore des pannes.

Face à cet engorgement, chaque centre de vaccination ou vaccinodrome est-il en mesure d'offrir des rendez-vous sur plusieurs plateformes différentes ?

En règle générale, chaque centre de vaccination passe par une plateforme dédiée, qui héberge non seulement ses prises de rendez-vous, mais également son interface utilisateurs, semblable à un système d'information, qui permet à ses équipes de gérer ainsi les doses commandées ainsi que des informations sur les prises de rendez-vous.

C'est pourquoi il leur serait difficile d'en utiliser plusieurs à la fois. On voit d'ailleurs qu'au sein d'un même territoire, des choix de plateformes différentes ont pu être faits.

Ainsi, les centres bretons utilisent beaucoup Maiia tandis qu'en Isère, Keldoc est très représenté. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles nous avons choisi de créer Vite ma dose : certaines personnes se plaignaient de ne pas trouver de rendez-vous car elles ne connaissaient que Doctolib et ne pensaient pas à en chercher sur Keldoc, qui hébergeait presque tous les rendez-vous de leur secteur.

Depuis les annonces de ce début de semaine, le délai pour trouver un rendez-vous s'est-il fortement allongé ?

Jusqu'ici, le délai moyen entre la prise de rendez-vous et le jour de l'injection était de 7,9 jours en moyenne, et ce jusqu'au 11 juillet dernier. Et depuis le 12 juillet, il est passé à 11,2 jours.

Cependant, cela ne veut pas dire que l'on ne pourra pas trouver de créneau demain, mais simplement que nous sommes dans une situation de rush, où il existe moins de rendez-vous disponibles.

Existe-t-il des régions où il devient particulièrement difficile de dégoter un créneau ?

Ce mardi, il n'y avait que deux départements où nous ne référencions plus aucun rendez-vous à l'échelle des 50 prochains jours, sur les sept plateformes que nous supportons. Il s'agit des Ardennes (08) et de la Haute-Marne (52).

Mais cela ne nous dit pas tout, car nous ne pouvons référencer que les centres sur rendez-vous. Or, il existe également des vaccinodromes qui proposent des places sans rendez-vous, dont nous n'avons pas connaissance.

Parfois, la frontière est d'ailleurs mince car certains centres sont exclusivement sans rendez-vous, tandis que d'autres prenaient jusqu'ici des personnes de manière informelle pour utiliser les doses disponibles. Sinon, on voit qu'il existe plus largement plus de 2.000 places disponibles sur certaines zones comme le Nord ou l'Île-de-France, ainsi que dans la plupart des départements en Auvergne Rhône-Alpes.

Justement, faut-il craindre une pénurie de doses disponibles face au calendrier estival annoncé ?

Ce qui est certain, c'est que nous avons plus de 4.000 centres à l'heure actuelle qui proposent des places de rendez-vous, avec près de 300.000 créneaux disponibles sur les 50 prochains jours. Et cela ne représente qu'une portion des 9 à 10 millions de doses de vaccins qui n'étaient pas utilisées ce lundi. Il reste donc des doses pour les personnes qui souhaitent se faire vacciner.

Maintenant, on pourrait se confronter davantage à un problème logistique, avec certains centres de vaccination qui pourraient manquer de professionnels de santé pour faire face à la demande. On voit déjà que certains d'entre eux remettent d'ailleurs régulièrement des rendez-vous en ligne, à mesure qu'ils tentent de recruter des professionnels de santé pour d'ouvrir de nouvelles lignes de vaccination.

Anticipez-vous de nouveaux pics de prise de rendez-vous au cours des prochaines semaines de la part des Français, en vue de se conformer au calendrier établi par le gouvernement et de ne pas mettre en péril leurs vacances d'été ?

Je pense que nous avons passé le plus gros pic ce lundi, car ce que nous redoutons le plus en matière informatique, c'est avant tout un afflux localisé de connexions au même moment, à l'image d'une prise de parole télévisée.

Ensuite, la demande pourrait demeurer importante au cours des prochains jours, mais se lisser sur une échelle de temps plus large, ce qui est moins préoccupant d'un point de vue technique.

Combien de personnes vous épaulent encore sur la plateforme Vite Ma Dose (qui nous le rappelons, est gérée de manière bénévole) ? Vous évoquiez vous-même votre souhait de fermer Vite Ma Dose et Covid Tracker dès que possible : cet horizon est-il désormais en train de s'éloigner à nouveau ?

Jusqu'à 150 personnes ont contribué un jour à Vite ma dose, avec un périmètre de 10 à 30 contributeurs plus réguliers.

Il est très compliqué pour nous de nous projeter désormais, et même parfois de savoir s'il est utile de faire évoluer la plateforme, son design ou ses fonctionnalités, car à chaque fois, c'est un dilemme et l'on regrette de ne pas l'avoir fait.

Il y a deux mois, j'imaginais que Covid Tracker allait mourir doucement et c'était tant mieux. Mais au fur et à mesure, on a vu l'épidémie à reprendre et nous avons recommencé à améliorer la page d'accueil, les graphiques, etc. Je n'aurais jamais imaginé avoir affaire à un regain de l'épidémie en plein mois de juillet.

Réfléchissez-vous déjà à la possibilité d'intégrer la prise de rendez-vous pour une troisième dose, tel qu'esquissée désormais par Emmanuel Macron ?

Nous espérons toujours pouvoir fermer la plateforme d'ici la fin d'année, mais nous réfléchissons en effet à la possibilité de pouvoir proposer une prise de rendez-vous pour la troisième dose.

Mais nous attendons des clarifications sur le volet politique, à commencer par quelles sont les personnes précises qui pourraient être concernées. À ce stade, on ne sait pas si cela impliquerait tout le monde, ou uniquement les personnes âgées ou immunodéprimées. Mais nous pourrions en effet songer dès septembre  à faciliter la recherche d'une troisième dose.

Avec votre outil Covid Tracker qui a contribué à une meilleure compréhension de l'épidémie, observez-vous déjà la quatrième vague que beaucoup redoutent -et que le président français a commencé à évoquer- ?

Beaucoup de gens se posent actuellement la question, mais il est très clair que la quatrième vague épidémique est déjà arrivée. Et il faut bien entendu la distinguer de la vague sanitaire car si elle ne se traduit pas pour l'instant sur le plan hospitalier, on assiste depuis 15 jours à une très forte augmentation du nombre de cas, de l'ordre de + 60 % par semaine, ce qui est énorme.

Il faut se souvenir quand l'espace d'un an et demi, on ne se confrontait à un taux d'augmentation similaire de + 64 % qu'à la mi-mars 2020, quand nous n'avions encore aucun masque. Et désormais, nous sommes déjà à plus +62 %.

C'est un chiffre considérable malgré le port du masque et la vaccination, qui est principalement lié à l'essor du variant Delta, qui est aujourd'hui devenu majoritaire (61% des nouveaux cas) et qui double désormais tous les cinq jours.

C'est une vague que l'on a déjà vue se produire au Royaume-Uni et même si elle démarre chez nous un niveau encore bas de 3.500 cas par jour, il s'agit d'une courbe exponentielle que l'humain a bien souvent du mal à se représenter, car elle présente un taux de croissance constant de +60 % chaque semaine.

Pour autant, cela ne se traduit pas encore par une pression des services d'urgences ?

Pour l'instant, on n'observe pas encore d'augmentation des admissions à l'hôpital, ni au sein des services de réanimation. Cela n'est pas anormal, car l'on sait désormais qu'il existe un décalage d'au moins une semaine entre la découverte de nouveaux cas et les admissions hospitalières. Cela s'explique aussi par le fait car pour l'instant, cette augmentation du nombre de cas concerne très majoritairement les jeunes.

Que nous disent finalement les derniers chiffres sur l'état de la campagne de vaccination, qu'Emmanuel Macron a souhaité fortement accélérer ?

Aujourd'hui, 53 % des François ont reçu au moins une dose, tandis que 40 % de la population ont complété un cycle complet (soit deux doses ou d'une dose après avoir contracté la maladie).

Mais ce chiffre nous place parmi les scores européens les plus bas : alors que l'on reçoit le même nombre de vaccins que les autres pays et que nous n'avons pas de problème de stock, nous sommes 18e parmi les 30 pays d'Europe en matière de taux de couverture vaccinale.

Et ce, alors que le taux de vaccinés avec la première dose atteint 84 % pour de petits pays comme Malte, ou encore 68 % en Allemagne et 59 % en Italie.

Nous sommes par ailleurs l'un des pays qui a vacciné le plus grand nombre de jeunes en Europe, car les créneaux ont été ouverts assez rapidement dès la fin mai.

Pour autant, nous sommes en retard sur la catégorie des personnes âgées, puisque 20 % des 80 ans et plus ne sont pas encore vaccinés, alors que 100% des Espagnols de la même catégorie d'âge le sont.

Quel pourrait-être le plus gros enjeu à venir de cette nouvelle phase, qui s'ouvre dès cet été ?

Il sera intéressant de voir quel pourrait être l'impact des mesures annoncées ce lundi sur la couverture vaccinale des Français. Car jusqu'ici, on avait l'impression d'un ralentissement de la campagne menée sur l'ensemble des tranches d'âges.

L'un des enjeux sera notamment de mesurer cet impact sur les personnes âgées, notamment le segment des plus de 80 ans à domicile, qui pourraient se sentir à première vue moins concernées par les restrictions d'accès aux restaurants, théâtres, etc. Seront-elles tout de même incitées à aller se faire vacciner ?

L'enjeu peut s'avérer majeur si l'on considère qu'il existe aujourd'hui près d'un million de personnes âgées non vaccinées : on pourrait ainsi s'attendre à une vague de 300.000 hospitalisations et de 100.000 décès chez les plus de 75 ans. Même s'il ne s'agit que d'une projection qui implique que toutes ces personnes puissent tomber malades en même temps, on voit bien qu'un tel chiffre démontre qu'il existe encore un réservoir de personnes fragiles non protégées.

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Commentaires 10
à écrit le 16/07/2021 à 17:57
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La Part-Dieu (centre de Lyon) tire la sonnette d'alarme, face aux conséquences redoutées du pass sanitaire, qui pourrait se traduire par "des km de queue". Le plus grand centre commercial d'Europe en centre-ville, propriété du groupe Unibail-Rodamco-...

à écrit le 16/07/2021 à 11:29
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Toujours rien compris: t'es vacciné = t'es protégé. T'es pas vacciné = t'es pas protégé. T'es vacciné = tu peux quand même transmettre. Donc vaccine-toi si tu as peur d'attraper le virus et ne te vaccine pas si ça ne te fait pas peur. Le gouvernement...

à écrit le 15/07/2021 à 23:53
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Y a intérêt qu'avec 90% de la population vacciné ensuite, ça tourne rond, sans masque et sans pass sanitaire. Sinon, gare au retour de bâton et à la crédibilité de la vaccination.

à écrit le 15/07/2021 à 17:48
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Notre bien-aimé président omnipotent et omniscient nous a dit que la vaccination rendrait une 4e vague impossible. L'un des deux ne dit pas la vérité, alors ?

à écrit le 15/07/2021 à 16:28
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Il jubile devant le fric qu'il va se faire. Pourquoi ce n'est pas l'état qui organise cela??? Macron et ses starts up lollll le fric le fric sur la santé des gens Nous sommes en pleine déliquescence. Avec l'application stopcovid et les amis du mini...

à écrit le 15/07/2021 à 14:47
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« La quatrième vague épidémique est déjà arrivée » Et j’espère que d'autres vont suivre pour mon petit business.

à écrit le 15/07/2021 à 13:21
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Visiblement , il est toujours plus rémunérateur d'intervenir sur les conséquences du problème que sur la cause, cela permet d'innover sans le moindre progrès!

à écrit le 15/07/2021 à 12:08
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Ce qui se deroule en France vu de l'autre cote du monde est tout simplement hallucinant. Votre president est un vrai malade.

à écrit le 15/07/2021 à 11:44
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il faut raison garder. Un % ne veut rien dire. Une augmentation de 60 % signifie passer de 10 a 16 cas (negligeable) ou de 16 a 16 millions (problematique). Il n y a quasiment plus d hospitalisation ni de mort. ce qui est d ailleurs assez logique: l...

à écrit le 15/07/2021 à 11:06
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Autrefois les profiteurs de guerre étaient systématiquement les vendeurs d'armes et le lobby pétrolier, de nos jours ils sont dans la santé.

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