Comment la pandémie a conforté la stratégie « One Health » de Boehringer Ingelheim

Depuis la crise sanitaire, l'écosystème lyonnais de la santé est en pleine effervescence, avec de nouveaux projets de sites de production visant à augmenter les capacités françaises. Le laboratoire allemand Boehringer Ingelheim est lui aussi à la tête de l’un des plus importants chantiers de biotechnologies en cours en France, destiné à accueillir sa future usine de vaccins vétérinaires d’ici fin 2022. Avec, en parallèle, une pandémie qui l'a amené à renforcer sa stratégie "One Health" alliant santé humaine, animale et environnementale, avec le développement d'un premier traitement, toujours en cours d'essais, pour le Covid.

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Pour Boehringer, devenu le numéro 2 mondial de la santé animale depuis l'acquisition de Merial, la région lyonnaise constitue le centre de gravité du groupe en France. C'est là où le laboratoire allemand compte y implanter une nouvelle usine de bioproduction de vaccins vétérinaires, d'ici fin 2022.
Pour Boehringer, devenu le numéro 2 mondial de la santé animale depuis l'acquisition de Merial, la région lyonnaise constitue le centre de gravité du groupe en France. C'est là où le laboratoire allemand compte y implanter une nouvelle usine de bioproduction de vaccins vétérinaires, d'ici fin 2022. (Crédits : DR/Boehringer)

« Nous avons passé une année qui a été qualifiée de "bonne" au sein du groupe, puisqu'elle a été portée par l'ensemble de trois métiers (santé animale, humaine et production de produits biopharmaceutiques sous contrat, ndlr) et une croissance positive de 3 %. Cela a permis de démontrer que nos activités étaient résilientes et qu'elles pouvaient traverser les crises », illustrait à La Tribune Jean Scheftsik de Szolnok, membre du directoire et responsable de la santé animale au niveau mondial du groupe Boehringer Ingelheim.

Le laboratoire allemand, qui possède une forte implantation à Lyon depuis le rachat de Merial en 2017, aura même noté qu'au cours de l'année qui vient s'écouler, l'apparition d'un lien encore plus ténu entre santé humaine et santé animale, qui se traduit au cœur de sa stratégie depuis plusieurs années : « Nous avons depuis longtemps la conviction que la santé animale et humaine sont liées, à travers des liens profonds et à la fois complexes, et cela s'était déjà illustré pour notre groupe par le rachat de la branche Merial en 2017 ».

Jean Scheftsik de Szolnok défend en effet depuis plusieurs années la notion d'une même "santé globale" englobant les trois sphères, à travers son concept de « One heath » rappelle qu'avant le Covid, d'autres pathologies comme le sida, le choléra, la maladie de Lyme, ou encore la grippe aviaire, avait déjà franchi la barrière interespèces :

« On sait que les deux tiers des maladies émergentes et infectieuses dans le monde proviendront d'une source animale. Il s'agit donc d'avoir des actions pragmatiques et concrètes dès aujourd'hui sur la question du lien entre santé animale, humaine, et même environnement », détaille-t-il.

De la santé animale à la recherche pour le Covid

C'est dans cette logique que, depuis l'émergence du Covid, Boehringer a renforcé ses efforts de recherche à l'échelle du groupe, en vue de développer des thérapies potentielles ciblée vers ce nouveau virus.

En 2020, le laboratoire allemand aura ainsi investi 3,7 milliards d'euros en dépenses de R&D, soit 7 % de plus que l'année précédente. « Il s'agit du plus gros investissement annuel en R&D de l'histoire de notre entreprise biopharmaceutique créée il y a 136 ans », note le groupe.

Boehringer Ingelheim participe en effet encore à ce jour à plusieurs projets visant à trouver des solutions médicales pour le Covid, sur lesquelles il a mis plusieurs de ses expertises à contribution (maladies respiratoires, virologie, etc).

Le laboratoire avait notamment annoncé, en décembre dernier, la conclusion d'un partenariat avec l'hôpital universitaire de Cologne (UKK), l'université de Marbourg (UMR) et le Centre allemand de recherche en infectiologie (DZIF). Objectif : étudier la piste d'un anticorps monoclonal neutralisant le SARS-CoV-2 qui puisse être administré par inhalation.

« Cela pourrait devenir une nouvelle option thérapeutique et prophylactique permettant de bloquer le virus au site d'infection. Cela pourrait présenter un gros avantage car une fois détecté comme porteur du Covid, il suffirait d'un spray pour neutraliser son activité inflammatoire», affiche Jean Scheftsik de Szolnok.

Des essais de phase I/IIa ont été lancés il y a plusieurs semaines dans le cadre d'une étude clinique, « et les résultats de l'étude sont attendus prochainement. S'ils sont positifs, l'objectif est de pouvoir le mettre à disposition des patients le plus rapidement possible », confirme Boehringer.

A ce stade, Lyon n'est toutefois pas impliqué dans cet essai en particulier, qui est piloté par les équipes de R&D du groupe au niveau mondial.

Lyon, nouvel eldorado de la bioproduction pour Boehringer aussi

Cependant, c'est à Lyon que le laboratoire nourrit également une autre ambition qui concerne l'ensemble des marchés du groupe.

Car pour Boehringer, devenu le numéro 2 mondial de la santé animale depuis l'acquisition de Merial, la région lyonnaise constituait déjà le centre de gravité du laboratoire en France. Regroupant à la fois le siège de ses activités de santé animale dédiées au marché français ainsi que les fonctions supports à Gerland, le site de production de vaccins vétérinaires de Lyon Porte des Alpes (incluant un nouveau centre de R&D) à Saint-Priest, ainsi qu'un centre de répartition et conditionnement à Lentilly et un centre de recherche clinique vétérinaire de Saint-Vulbas.

Et déjà avant la crise Covid, le laboratoire avait exprimé son souhait d'y établir aussi une grande usine de bioproduction de vaccins vétérinaires à Lyon-Jonage. Ce projet, prévu désormais pour sortir de terre d'ici fin 2022, représente un investissement de 230 millions d'euros, réalisé en propre par le groupe et devrait occuper 15.000 m2 sur cinq niveaux. Soit l'un des projets les plus majeurs actuellement étudiés, aux côtés d'autres dossiers annoncés par Sanofi, Seqens, ou encore l'Institut Mérieux récemment.

Avec à la clé l'ambition d'augmenter significativement ses capacités de production de vaccins contre les maladies animales contagieuses (fièvre aphteuse, fièvre catarrhale ovine) mais aussi de renforcer ses capacités de stockage de banques d'antigènes.

Sa production devrait démarrer début 2023, pour atteindre « plusieurs centaines de millions de doses de vaccins par an », et générer une centaine d'emplois.

« Le premier lot industriel de vaccins contre la fièvre aphteuse devrait ainsi pouvoir être fabriqué début 2023, à l'issue de la phase de tests et de qualification », précise le laboratoire.

La crise sanitaire, une occasion de réorienter le curseur

Pour autant, ce nouvel équipement ne sera pas destiné à produire des vaccins humains, ni Covid.

« Bien que nous soyons un producteur de vaccins vétérinaires important, nous ne produisons pas de vaccins humains. Nous n'avons ni l'expérience, ni les installations nécessaires pour produire ces vaccins qui n'obéissent pas à la même réglementation », affiche le groupe.

Et même si la piste avait un temps été étudiée en vue de réaliser certaines adaptations, elle n'a pas trouvé de débouché dans les délais impartis.

Qu'à cela ne tienne : la production du laboratoire allemand se fixe déjà d'autres horizons : « En bout de ligne, nous nous attendons à ce que la croissance de notre chiffre d'affaires en 2021 soit portée à la fois par la vague d'élan vers les animaux de compagnie, mais également vers une hausse de la demande en protéines de la population mondiale portée par la démographie ».

Car dans le monde de l'élevage, les produits anti-parasitaires, immunitaires, mais également de lutte contre la douleur ainsi que de prévention contre les maladies émergentes à travers des vaccins, sont des pistes particulièrement étudiées par le laboratoire.

« Nous avons une carte à jouer dans le domaine des zoonoses et de la santé vétérinaire, car on a bien compris que la santé animale est aujourd'hui de la santé humaine. C'est pourquoi nous avons investi dans notre bâtiment de Lyon-Jonage afin de se donner la capacité de produire des vaccins notamment pour la fièvre afteuse », explique Jean Scheftsik de Szolnok.

Car cela fait partie de notre stratégie d'entreprise qui est d'innover en faveur des maladies émergentes et transfrontalière, car il ne s'agit pas pour nous d'une activité opportuniste ».

D'ailleurs, l'an dernier, ses investissements en R&D au sein de l'activité pharmaceutique humaine au sens large (hors covid) se sont élevées à 3,28 milliards d'euros, soit 22,8 % du chiffre d'affaires net.

« Toutes phases de recherche confondues, nous avons actuellement près de 100 projets en cours. Notre objectif est que 75 % de ces projets deviennent la première molécule dans leur classe de principe actif ou dans un nouveau domaine thérapeutique. Plus de 50 % de ces projets peuvent avoir un fort potentiel innovant », exposait par ailleurs Boehringer Ingelheim.

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