[Biotechs : les innovations made in AURA 5/5] A Grenoble, Sinnovial calcule le futur des biothérapies

[Série d'été / Portrait] Créée en 2015, la jeune pousse grenobloise Sinnovial, hébergée dans les locaux du CHU de Grenoble, a développé des algorithmes basés sur des modèles statistiques en vue de prédire la réponse immunitaire à des biothérapies utilisées pour le traitement des maladies chroniques. Une voie d’avenir qui pourrait même être appliquée prochainement à la recherche pour lutter contre les pathologies inflammatoires générées par le Covid-19.

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Le Dr Athan Baillet est l'un des cofondateurs de Sinnovial, aux côtés du Pr Philippe Gaudin, tandis que l'ingénieur en biologie et électrophysiologie, Pierre-Marie Girod Roux, assume la présidence de la startup.
Le Dr Athan Baillet est l'un des cofondateurs de Sinnovial, aux côtés du Pr Philippe Gaudin, tandis que l'ingénieur en biologie et électrophysiologie, Pierre-Marie Girod Roux, assume la présidence de la startup. (Crédits : DR)

Développer un dispositif médical de test dédié aux Rhumatismes Inflammatoires Chroniques (RIC), des pathologies rhumatologiques souvent complexes et difficiles à traiter. Telle était l'ambition de la société grenobloise Sinnovial.

Créée en 2015 en partenariat avec le CHU et l'Université des sciences de Grenoble Alpes (Grepi), elle a développé une plateforme d'analyse statistique permettant un traitement intelligent de certaines données cliniques, basée sur plusieurs brevets.

Son idée ? Associer un test sanguin, permettant de doser la présence de certaines protéines témoignant de la réponse à un traitement par biothérapie, à une plateforme en ligne sécurisée utilisant des algorithmes. Avec un objectif : prédire la réponse immunitaire des patients à des traitements utilisés dans le domaine des maladies inflammatoires chroniques, et notamment de la polyarthrite rhumatoïde, afin d'être en mesure de sélectionner la molécule la plus adaptée.

"Notre mission est d'améliorer la qualité de vie des patients et de ralentir la progression de la maladie en maximisant les chances de succès d'un traitement grâce à l'utilisation d'outils d'aide à l'orientation thérapeutique", soulignait ainsi le cofondateur, Athan Baillet. Ce praticien hospitalier en rhumatologie au CHU de Grenoble Alpes, également chercheur au sein du laboratoire GREPI (Groupe de Recherche et d'Étude du Processus Inflammatoire) de l'Université Grenoble Alpes (UGA) s'était associé avec le Pr Philippe Gaudin, lui aussi praticien hospitalier et spécialiste des rhumatismes inflammatoires au CHU de Grenoble, pour monter la jeune pousse.

Mieux personnaliser les traitements

Avec une volonté commune : celle de faire baisser les coûts associés à la prise en charge, en misant sur plus grande personnalisation des traitements, issus notamment des biothérapies.

"Nous avions la conviction que l'on pouvait développer des outils pour essayer d'individualiser davantage les traitements pour proposer le bon traitement au bon patient et au bon moment", ajoute Athan Baillet.

Car sur près de 35 millions de patients souffrant de maladies rhumatoïdes à travers le monde (polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite ankylosante, etc), 30 à 40% des patients seraient non-réceptifs aux traitements dispensés.

Avec, parmi les principaux traitements utilisés, figurent notamment les biothérapies, créées par des cellules vivantes (par opposition à un procédé chimique). Utilisées depuis une vingtaine d'années dans le domaine de la rhumatologie, elles sont conçues pour cibler précisément un médiateur ou une cellule inflammatoire. D'où leur coût relativement élevé, de l'ordre de 10 000 et 15 000 € par patient et par année.

Ces biothérapies permettraient de traiter près de 800 000 patients par an, selon les estimations de la société. Or, il faudrait en moyenne 12 à 18 mois pour trouver le bon médicament afin de lutter contre ces pathologies, tandis que la fenêtre thérapeutique ne serait que de 3 à 6 mois.

Athan Baillet précise lui-même : "Avoir des éléments qui permettent de choisir un médicament parmi une quinzaine de références disponibles peut être un véritable atout dans ce genre de cas".

Un marché potentiel de 500 millions d'euros

En proposant un tarif de 600 euros par test réalisé, Sinnovial estime que son marché potentiel avoisinerait les 500 millions d'euros à l'échelle mondiale. Avec l'objectif d'atteindre les 50 millions d'euros (soit environ 12% de cette cible) d'ici 2026, en se positionnant en France, mais aussi en Allemagne ou encore aux Pays-Bas.

Après cinq années de R&D, sa plateforme Sinnotest est proche du but, puisqu'elle serait sur le point d'entrer en phase clinique. Son protocole clinique a d'ailleurs déjà été validé en Espagne tandis que 180 patients répartis au sein de huit hôpitaux de Madrid seront bientôt recrutés, d'ici fin 2020, afin d'évaluer son premier test prédictif de réponse aux biothérapies de la polyarthrite rhumatoïde.

"Nous sommes déjà en associés à plusieurs partenaires académiques ainsi que des industriels pharmaceutiques pour développer des collaborations, à l'image de notre partenariat avec l'institut Cochin, en vue de développer une technique d'analyse génomique", cite en exemple Athan Baillet.

Une première levée de fonds de 600 000 euros

L'année 2020 devrait donc signer une nouvelle étape pour le développement de la société, puisque la mise en place d'une étude clinique devrait permettre à Sinnovial de démontrer la pertinence de sa plateforme de tests, avant d'obtenir le remboursement par la Sécurité Sociale et de pouvoir ainsi initier une commercialisation à grande échelle.

A cette occasion, la jeune pousse vient d'ailleurs d'ouvrir son capital à des investisseurs particuliers sur la plateforme Sowefund, dédiée aux investisseurs particuliers, et prévoit de clôturer une première levée de 600 000 euros d'ici la rentrée.

Une opération à laquelle devraient ensuite s'ajouter 1,5 millions d'euros de prêts bancaires et aides visant à l'accompagner dans son développement, à travers la mise en place de nouvelles cohortes de patients et la finalisation des procédures cliniques et réglementaires lui permettant d'obtenir une autorisation de mise sur le marché de son test en France et en Europe.

D'autant plus que Sinnovial, qui emploie actuellement 7 collaborateurs, songe même à élargir le périmètre de ses activités à d'autres disciplines du domaine de la santé.

"Les biothérapies sont déjà prescrites dans différentes maladies chroniques, que ce soit en gastro-entérologie, dermatologie, neurologie et l'on souhaiterait pouvoir encore l'étendre à d'autres champs comme la pédiatrie", confirme Athan Baillet.

Un projet en lien avec le Covid-19

Celui-ci se prépare même à participer à un nouveau programme de recherche en lien avec le Covid-19, de manière à pouvoir prédire la survenue de pathologies inflammatoires.

"Nous avons actuellement un projet avec nos collègues de Madrid afin de développer un outil de prédiction de la réponse inflammatoire chez les patients ayant été hospitalisés en réanimation dans des unités Covid. Il s'agirait d'un projet d'étude sur près de 150 patients, reposant sur l'efficacité de nos tests", indique-t-il.

Afin de recueillir des financements pour démarrer ces travaux au plus vite, Sinnovial attend la publication d'un appel d'offres de la part de la Région, qui devrait être publié dès la rentrée prochaine.

En attendant, ses deux principaux concurrents, l'entreprise de diagnostic moléculaire américaine Myriad Genetics et la biotech suisse Firalis, proposeraient eux aussi des outils d'évaluation de la gravité de l'état pathologique, mais sans toutefois y associer de dimension prédictive. "Il est assez rare d'avoir une entreprise qui travaille sur des informations prédictives à l'échelle d'un individu qui n'a pas encore été traité", résume Athan Baillet.

Basée sur un modèle calqué pour l'instant sur des statistiques, la jeune pousse n'exclut pas non plus, à terme, de recourir à l'IA, même si cela lui demanderait de pouvoir s'appuyer sur des jeux de données encore plus importants. "Cela nous permettrait notamment d'y inclure des indicateurs démographiques ou fonctionnels, en nous appuyant sur des données fournies par exemples par les smartphones", glisse son cofondateur.

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