E-commerce : un an après, quel bilan pour les Amazon locaux en Auvergne Rhône-Alpes ?

DOSSIER ECOMMERCE. Créées avant ou pendant la pandémie, les plateformes de ventes en ligne locales, surnommées un temps "Amazon locaux", ont connu un certain essor. En valorisant l'emploi et le tissu économique local ou l'artisanat français, elles parlent à de plus en plus de consommateurs désireux de conscientiser leurs achats. Un an plus tard, ces expériences ont-elles pour autant su "transformer l'essai" en Auvergne Rhône-Alpes ?
Que ce soit du côté des plateformes En bas de ma rue ou Achetez au Puy, qui avaient été lancées avant la pandémie, la crise a contribué à engager la digitalisation des commerçants vers la vente en ligne. Un an plus tard, la situation apparaît cependant contrastée, et aura fait naître plusieurs tendances.
Que ce soit du côté des plateformes En bas de ma rue ou Achetez au Puy, qui avaient été lancées avant la pandémie, la crise a contribué à engager la digitalisation des commerçants vers la vente en ligne. Un an plus tard, la situation apparaît cependant contrastée, et aura fait naître plusieurs tendances. (Crédits : CC Pixabay by Preis King)

"Aujourd'hui, on ne vend plus comme hier. On communique avec le client en ligne, on n'attend plus qu'il arrive uniquement en boutique", affirme Christophe Carron, président de la CCI Nord-Isère. Sa collectivité a lancé, en 2018, le site En Bas de ma Rue, une plateforme de vente en ligne destinée aux commerçants locaux.

Avec l'arrivée du Covid-19 comme accélérateur, le e-commerce a pris une place non-négligeable dans la consommation, jusqu'au sein du commerce local, et fait partie des pistes pour contrecarrer les pertes liées aux confinements.

Lire aussi 3 mn"Amazons locaux" : les commerces de la région AuRA s'organisent

Et la région Auvergne Rhône-Alpes n'avait pas été en reste à ce sujet, puisque plusieurs initiatives avaient émergé, au coeur de la crise sanitaire l'an dernier, publiques et privées, afin de valoriser le commerce local et l'artisanat.

Changer de stratégie pour dynamiser le commerce local

Trois ans après sa création, le site En Bas de ma Rue a poursuivi d'ailleurs l'aventure et a récemment fait peau neuve, en vue de devenir plus ergonomique : "Les gens veulent acheter en proximité, mais ne sont pas disponibles, il faut donc leur donner la possibilité de consommer local depuis leur canapé." Les produits ne sont pas forcément locaux, mais les commerçants et les emplois eux, le sont.

La traditionnelle animation de rue ayant un "impact modéré" sur la fréquentation des commerces physiques, la CCI a décidé de flécher une partie du budget vers cette plateforme. "Il existe aussi désormais un besoin de regarder les catalogues", constate Christophe Carron. "Nous avons aussi un autre enjeu, qui est d'apprendre aux commerçants qu'Internet ce n'est pas le diable."

Pionnière en la matière, la marketplace Achetez au Puy (Puy-en-Velay), créée en 2012, nourrissait la même ambition : "A l'époque, on disait aux petits commerces d'aller sur Internet. Il y a ensuite eu l'arrivée du drive au sein des grandes surfaces, qui a démontré qu'il était possible d'avoir une présence sur un site de vente local", annonce Christian Perbet, en charge de la communication à l'office de commerce du Puy-en-Velay.

"Notre credo, c'est achat local = emploi local", poursuit Christian Perbet. Achetez au Puy regroupe désormais près de 250 commerçants, issus de 72 communes sur son site. "De plus en plus de jeunes commerçants nous rejoignent car ils connaissent aussi l'importance du référencement."

Du côté de la CCI Nord-Isère, le modèle est aujourd'hui exporté dans huit zones de la région, jusqu'au Cantal, avec près de 150 commerçants membres rien qu'en Nord-Isère. "Nous ne sommes pas dans le modèle d'un privé qui commercialise une solution, mais d'une solution qui colle au territoire et aux commerçants", déclare Christophe Carron.

La pandémie comme accélérateur

Côté ventes, Christophe Carron reconnaît que "la période de Covid a été très bonne, nous avons rendu le service gratuit afin de fidéliser certains commerçants. [...] Pour beaucoup, c'était le seul moyen de vendre, ça a vraiment enlevé une épine du pieds aux commerçants", explique-t-il.

Sur En Bas de ma Rue, le panier moyen est à 100 euros, mais "vendre n'est pas tant le but, c'est surtout de faire le tour de la vitrine." Et donc de faire connaître les produits, en participer à des stratégiques multicanales de plus en plus évoquées par les commerces. L'enseigne iséroise Spartoo, qui avait elle aussi lancé sa plateforme dédiée aux commerçants locaux l'hiver dernier, en était l'un des fers de lance avec son concept "physical" mêlant vente en ligne et boutiques.

Lire aussi 5 mn L'isérois Spartoo au secours des petits commerçants... et du phygital ?

L'arrivée du Covid a aussi conforté le modèle d'Achetez au Puy : rien qu'en l'espace de trois semaines, durant le second confinement, 400.000 euros de chiffres d'affaires ont été réalisés via la marketplace. Puis en 2021, les commerçants de la plateforme ont enregistré un chiffre d'affaires de deux millions d'euros, soit à peu près la même chose que pour l'ensemble de l'année précédente.

"Il existe un vrai enjeu d'animation économique locale", souligne Christian Perbet. Noël reste également une période clé pour ces Amazon locaux, avec près de 500.000 euros de ventes enregistrées par exemple en décembre, rien que pour la plateforme du Puy.

De son côté, la Région Auvergne-Rhône Alpes avait annoncé le lancement d'un site jachetedansaregion.fr, dôté d'un budget de 80.000 eurosen décembre 2020, alors que les initiatives du même type fleurissaient.

Une sorte d'annuaire des plateformes de vente en ligne régionales, qui "constituait l'une des mesures d'urgence du plan e-commerce mis en place par la Région dans l'objectif, aux côtés de l'ensemble des autres mesures, d'apporter aux établissements un soutien et une réponse d'urgence pendant leur période de fermeture", rappelait la collectivité.

Un an plus tard, ce site est cependant devenu inactif et renvoie désormais ses visiteurs à d'autres dispositifs d'aides à la numérisation des commerces.

Ici Présent, centré sur l'artisanat

Dans le paysage de la vente en ligne locale, plusieurs sociétés privées ont également saisi le créneau, en se positionnant comme une alternative au géant Amazon, dont le monopole en temps de confinement avait suscité la controversé à l'hiver dernier.

Parmi elles, la société Ici Présent (ex-Masterbox), basée à Grenoble, qui a choisi quant à elle de se focaliser sur l'artisanat. Sa plateforme, qui existe depuis 2018 et proposait à l'origine des coffrets cadeaux, se définit désormais comme un "spécialiste du cadeau artisanal". Après avoir pris le virage d'une offre plus locale, la place de marché est ainsi passée d'un vingtaine d'artisans à 532 qui sont référencés sur le site, répartis en une vingtaine de catégorie de produits.

"Pour faire ses cadeaux, pas besoin d'acheter un produit qui a fait trois fois le tour du monde et qui a été conçu dans des conditions déplorables", défend Vincent Naigeon, fondateur. Les produits vendus sont donc entièrement fabriqués en France, pas uniquement en région.

"Il y a deux façons d'acquérir des artisans : soit ils viennent à nous et on filtre ensuite leurs sollicitations, soit on va les chercher nous-mêmes dans les catégories les plus demandées. Par exemple, l'an dernier nous référencions deux vignerons, et face à l'essor de la demande en vin, nous en comptons aujourd'hui une soixantaine". Et d'ajouter : "depuis deux ans, on sent que ce type de démarche se développe : on a désormais dépassé les 200.000 commandes", poursuit Vincent Naigeon.

En 2020, Ici Présent a réalisé un chiffre d'affaires de trois millions d'euros, contre 600.000 euros en 2019. Il espère désormais atteindre jusqu'à quatre millions l'an prochain, Noël étant la période où il réalise jusqu'à 30% de ses ventes, notamment grâce à son marché de Noël en ligne qui se veut lui aussi "made in France", lancé seulement depuis l'an dernier.

Fin 2019, la plateforme a réalisé une première levée de fonds qui lui a permis d'investir et d'embaucher, et a d'ailleurs bouclé fin 2021 une seconde levée de fonds de 1,2 millions d'euros. "Nous sommes en croissance globale, et il certain que la crise a probablement contribué à l'effort du e-commerce en France. Nous sommes aujourd'hui en plein dedans, mais je ne saurais dire encore si c'est décisif."

(publié le 23/12/2021 ; actualisé le 31/02/2022)

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 0

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

Il n'y a actuellement aucun commentaire concernant cet article.
Soyez le premier à donner votre avis !

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.