Réfugiés afghans : à Clermont-Ferrand, comment le dispositif Pietra fait le lien avec des employeurs

Cinquante réfugiés ont échappé à Kaboul pour atterrir fin août à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Sur place, Département et Préfecture s'organisent pour accueillir ces réfugiés, avec, au coeur du dispositif d'accueil, un programme innovant, Pietra. Monté par l'association puydômoise CeCler, ce dispositif vise à mettre en lien ces nouvelles compétences avec des entreprises locales, en s'appuyant sur plusieurs leviers.

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Créé en juin 2019, le dispositif Pietra, soutenu par une subvention du PIC (plan d'investissement dans les compétences), permet de faire se rencontrer le besoin des entreprises locales, avec les compétences des réfugiés. Cette innovation, qui concerne pour l'heure uniquement le Puy-de-Dôme, va permettre d'orienter une cinquantaine de réfugiés afghans, arrivés en août à Clermont-Ferrand.
Créé en juin 2019, le dispositif Pietra, soutenu par une subvention du PIC (plan d'investissement dans les compétences), permet de faire se rencontrer le besoin des entreprises locales, avec les compétences des réfugiés. Cette innovation, qui concerne pour l'heure uniquement le Puy-de-Dôme, va permettre d'orienter une cinquantaine de réfugiés afghans, arrivés en août à Clermont-Ferrand. (Crédits : DR)

"Nous accueillons des gens sur notre territoire et nous mettons trop longtemps à ce qu'ils puissent travailler ! C'est ce qui me fait un peu râler", remarque Lionel Chauvin, président LR du Conseil départemental du Puy-de-Dôme.

"Sachant que la langue n'est pas une barrière au travail. Encore hier, un chef d'entreprise m'a bien spécifié que pour les réfugiés afghans prêts à travailler, il mettrait un chef d'équipe et que la langue ne serait pas un problème. Les entreprises sont elles aussi un moteur de l'accueil."

Si des entreprises se portent volontaires, le Préfet du Puy-de-Dôme ainsi que la ville de Clermont-Ferrand ainsi que le Conseil départemental dépassent elles aussi le clivage droite gauche pour accueillir et orienter 50 personnes évacuées d'Afghanistan et arrivées le 26 août en Auvergne.

« Nous avons notamment onze familles dont 26 enfants, et il s'agit de personnes qui ont elles aussi un métier, un savoir-faire. Il y a parmi elles un médecin, des journalistes, des juristes, des chefs d'entreprises, des ouvriers qualifiés... Ce sont des gens tout à fait aptes à rendre à la France ce que la France leur donne, c'est-à-dire l'asile. Ils sont intégrables et on va s'efforcer de faciliter leur intégration », précise Philippe Chopin, préfet du Puy-de-Dôme.

CeCler, une association puydômoise au coeur du dispositif

Compte-tenu du contexte sanitaire, tous ces réfugiés ont respecté une quarantaine de 10 jours, au sein d'un centre d'hébergement temporaire. CeCler, une association locale financée par l'État et les associations agréées de sécurité civile du département, s'est chargée de leur accueil en urgence.

En parallèle, ils pourront bénéficier d'un dispositif spécifique, Pietra, créé en juin 2019, grâce à une subvention du PIC (plan d'investissement dans les compétences), et plus particulièrement du volet IPR (intégration professionnelle des réfugiés). Une innovation qui concerne uniquement le Puy-de-Dôme pour l'instant.

"Notre accompagnement concerne à la fois les personnes qui recherchent un emploi, mais aussi et surtout les entreprises. Car à travers une même offre de service, nous accompagnons les réfugiés mais aussi les entreprises dans leur recrutement", explique Anne Ozouf, chef de service Pietra.

Lorsqu'une entreprise souhaite recruter, un chargé de mission Pietra se rend en effet sur place pour définir ses besoins : "Nous avons un outil spécifique qui permet de questionner l'employeur et d'identifier quel est son besoin réel de recrutement. Cela nous permet d'identifier quelle personne pourra ensuite répondre à son besoin."

La rencontre employeur et chercheur d'emploi se déroule elle-même en conditions, c'est-à-dire sur le poste de travail. Pour un public qui maîtrise mal le français ou les codes en usage, ce dispositif permet aux deux parties de voir immédiatement si elles vont se comprendre.

Anne Ozouf se souvient "d'avoir accompagné une personne dans un camping, pour un poste de chargé d'entretien. Finalement, ce qui a retenu l'attention de son futur employeur, ce n'était pas tant les compétences de la personne sur l'entretien de la piscine ou du jardin, mais le fait que celle-ci ait remarqué qu'il disposait d'une tondeuse autoportée et a montré qu'elle savait bricoler. Cela a achevé de convaincre le recruteur."

La situation classique de recrutement que peut dénouer Pietra, "c'est un responsable de commerce en libre-service, qui recherche quelqu'un de manière très urgente, avec des compétences en informatique", explique la responsable du programme Pietra.

"Nous sommes capables de trouver quelqu'un qui a cette compétence particulière en informatique, sans aller chercher un Master 2, et de mettre en face une personne réfugiée, qui est tout à fait capable de tenir le poste."

Un accompagnement sur le long terme, post-recrutement

L'innovation de Pietra réside aussi dans le fait qu'un chargé de mission accompagnera le chercheur d'emploi une fois qu'il aura signé son contrat. "Nos chargés de mission Pietra font le point une fois par semaine, et ce pendant plusieurs mois, afin de gérer les malentendus ou les difficultés qui pourraient survenir."

Anne Ozouf déjoue les craintes des employeurs en assurant qu'il n'existe aujourd'hui aucun frein pour une entreprise qui souhaiterait embaucher un réfugié.

"Souvent, on nous dit : avec un travailleur étranger, je vais payer des taxes. En fait, l'entreprise a une taxe à payer si elle fait venir un travailleur de l'étranger pour travailler sur un poste en France. Mais là ce sont des personnes qui habitent en France, qui bénéficient de plus d'une protection internationale".

Au niveau administratif, c'est la même chose : "S'ils sont réfugiés, ils ont forcément des papiers en règle qui les autorisent à travailler."

En s'appuyant sur ce accompagnement, la préfecture et l'association CeCler seront ainsi en mesure de proposer une réponse adaptée à chaque famille arrivée le 26 août. "La plupart des Afghans seront intégrés dans le dispositif national d'asile, à leur demande, en lien avec l'OFII. Ce processus comprend à la fois des aspects matériels mais aussi des formations pour faciliter l'intégration, notamment via des cours de français. Ce parcours d'intégration revêt la forme d'un contrat d'intégration républicaine, dans lequel les principes et valeurs de la société française sont évoqués", souligne Philippe Chopin, préfet du Puy-de-Dôme.

Pour leur intégration, Clermont-Ferrand a ainsi pris les devants, "d'abord parce que nous avons signé un contrat d'accueil et d'intégration des réfugiés avec la DIAIR depuis 2019, et ensuite parce que nous sommes la ville la plus impactée par l'arrivée des réfugiés sur le département", analyse Olivier Bianchi, maire de Clermont-Ferrand, dont les services travaillent de concert avec les acteurs locaux.

Des profils variés

Les entreprises qui s'engagent avec Pietra sont souvent des PME ou des TPE oeuvrant le plus souvent dans des secteurs et métiers en tension : bâtiment et artisans (carreleurs, électriciens, second œuvre etc), logistique, distribution, hôtellerie-restauration, entretien et nettoyage, industrie...

"Nous sommes lauréats pour l'appel à projet Budget opérationnel de programme 104, pour accompagner les primo-arrivants et cela élargit le champ des chercheurs d'emploi", apprécie Anne Ozouf.

L'association a déjà accompagné 300 réfugiés issus de 28 nationalités différentes et rencontré 600 entreprises au sein du dispositif depuis 2019. Parmi les nationalités les plus représentées, un quart des réfugiés étaient jusqu'ici Afghans, d'autres sont Somaliens et Erythréens. "La moyenne d'âge est de 33 ans avec une majorité d'hommes", constate Anne Ozouf, "Ils ont une vraie appétence pour travailler et s'intégrer", complète Dominique Charmeil.

Parmi les Afghans accueillis, quelques-uns repartiront en région parisienne, là où un emploi les attend, où des attaches familiales sont présentes. Yarmal K. repart par exemple à Auxerre en fin de semaine. Il y occupe un poste dans une entreprise de tri et de recyclage. Réfugié en France depuis 2017, il est allé extraire sa femme et ses deux enfants d'Afghanistan.

"L'association est très aidante, soutenante", raconte quant à elle Taiba, maman de quatre enfants, qui s'exprime dans un anglais impeccable. Ehsan, son époux décrit lui aussi dans un anglais parfait la vie qu'il vient d'abandonner. "J'avais monté mon entreprise et je travaillais avec l'armée française et les militaires américains. Nous avons abandonné la maison, les véhicules, l'entreprise, la famille... Je ne peux pas retourner à Kaboul. Je serai abattu, ma femme et mes enfants aussi."

Il est pressé d'ailleurs d'apprendre le français. Son projet ? "Etudier quels sont les besoins et les exigences en France afin de monter une affaire."

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