Pollution aux perfluorés : le groupe Arkema réagit au second recours, et affirme "ne plus en produire"

Arkema est ciblé par l’enquête de France 2 (Vert de rage) qui évoquait la présence de taux anormalement élevés de perfluorés dans les environs de la Vallée de la chimie lyonnaise. Enquête qui a abouti au dépôt d’une plainte contre X par le maire de la commune. Le groupe est désormais nommément cité par un référé déposé par l’ONG Notre Affaire à Tous, sur la base de plusieurs dizaines de "non-conformités" environnementales enregistrées au cours des cinq dernières années. Pourtant, le directeur du site Arkema de Pierre-Bénite, Pierre Clousier, avance cependant que la réglementation a été respectée par le groupe.

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(Crédits : CC)

Le site Arkema de Pierre-Bénite est l'un des emblèmes de la vallée de la Chimie lyonnaise et un poids lourd en matière d'emplois (1.000 salariés), à travers un site de production, un centre de recherche un centre technique, informatique et administratif. Et c'est justement son site de production qui a été visé, une première fois par les conclusions alarmantes du reportage de France 2 Vert de rage, et une seconde fois ce mercredi, suite à l'annonce d'un recours en justice en référé environnemental par l'ONG Notre Affaire à Tous.

Alors que l'association environnementale a épluché, avec l'aide d'étudiants de Sciences Po Paris dans le cadre d'une recherche-action, plusieurs centaines de pages de rapports issus de la plateforme Géorisques concernant les activités des installations classées Seveso, il est apparu que le site Arkema de Pierre-Bénite cumulait à lui seul et en l'espace de cinq ans près de 66 non-conformités, 6 incidents majeurs, et huit arrêtés préfectoraux de mise en demeure.

Pierre Clousier, le directeur du site concerné, a accepté de revenir en fin de semaine avec La Tribune sur ce nouveau recours, et évoquait tout d'abord des informations parcellaires à ce stade : « Nous n'avons pas eu accès au contenu de la requête et je n'ai pas été contacté directement, en tant que directeur du site ».

Mais en se basant sur « ce qu'il a lu dans la presse », le directeur du site ajoute :

« Nous avons compris que les données étaient issues de la publication de rapports sur les installations classées, relevés par la DREAL lors des visites réalisées sur nos sites. Or, il s'agit uniquement de constats, qui sont classés en observations ou en non-conformités, et dans lesquels on ne retrouve pas les réponses apportées par les industriels, ni même les actions correctives engagées ».

"Les sujets de non-conformités ont été traités"

Le directeur de site rappelle que le site Arkema de Pierre-Bénite est régulièrement inspecté, « de l'ordre de 10 à 12 inspections par année », « et si l'on prend ce cas précis, l'ensemble des sujets de non-conformité qui ont été signalées sur Géorisques ont toutes été traitées, ou sont en cours de traitement, pour les plus récents ».

Interrogé sur le nombre jugé élevé de non-conformités associées à ce site, Pierre Clousier, répond qu'« il est tout à fait possible de recevoir des avis de non-conformité, mais encore une fois, nous les traitons, et cela passe par exemple principalement par une mise à niveau de nos installations à de nouvelles réglementations, comme c'est le cas sur la question des groupes froids par exemple ».

Sur la question des perfluorés, où des dépassements de seuils importants ont été mesurés directement par les équipes de France 2 dans les environs de la Vallée de la Chimie et du site d'Arkema, dans l'air, dans l'eau ainsi que dans le lait maternel, Pierre Clousier avait d'abord tenu à présenter ses excuses, au sein du journal local du Tout Lyon, il y a quelques semaines.

En se disant « profondément désolé par ce qui se passe » et il assurait que « le nécessaire serait fait auprès des riverains ». Quelques semaines plus tard, il regrette toutefois « que l'on parle de dépassements de seuils, alors qu'il n'existe en réalité pas de normes réelles en France sur la question des perfluorés, qu'il faudrait fixer et établir ».

Plus aucun perfluoré produit, "mais un additif qui n'est pas bioaccumulable" encore utilisé

Le groupe affirme qu'il ne produit désormais plus aucun perfluorés au sein de sa production, et ce, depuis 1987 pour le PFOA (un acide perfluorooctanoïque) et depuis janvier 2016 pour le PFNA (l'acide perfluorononanoïque).

« Nous utilisons uniquement un additif fluoré de manière très limitée dans notre process, mais celui-ci n'est pas considéré comme bioaccumulable », affirme le directeur du site, tout en admettant que « certains perfluorés dont il est question pourraient concerner d'autres activités anciennes de la plateforme, qui sont différentes de la production actuelle du site ».

En interne, celui-ci assure que des actions ont été lancées « afin d'essayer de déterminer d'où peuvent provenir les produits mentionnés au sein de cette étude ». « Nous sommes en train de mettre en place des travaux en interne, et l'administration fait de même. Nous travaillons en toute transparence à ce sujet avec les pouvoirs publics, afin de déterminer d'où peuvent provenir ces perfluorés », assure le directeur du site.

Concernant l'utilisation de l'actuel additif fluoré, sa production respecterait néanmoins selon lui « toutes les réglementations en vigueur » en matière de déchets industriels et ferait déjà l'objet de contrôles très réguliers.

« Il faut rappeler que nous contrôlons nous-mêmes nos rejets 24 heures sur 24 et 365 jours par an, et que nous transmettons ces résultats tous les mois à l'administration. En plus de cela, l'administration déclenche des contrôles et des prélèvements réguliers auxquels s'ajoute, depuis le nouvel arrêté préfectoral, une mesure des perfluorés qui est réalisée quotidiennement, au sein d'une liste comprenant au total une vingtaine de produits à analyser ».

Le remplacement d'un additif prévu pour 2024

Le groupe s'est par ailleurs engagé dans un programme de R&D visant à lui permettre de fabriquer des fluoropolymères sans utilisation d'additifs fluorés : une production qui devrait lui permettre de stopper l'utilisation de ce dernier additif dès 2024 sur le site de Pierre Bénite, selon ses projections.

Pour rappel, le site Arkema de Pierre-Bénite produit des gaz fluorés qui se destinent essentiellement à une production de polymères fluorés, que l'on retrouve ensuite dans les domaines de l'électronique, des panneaux solaires, des équipements d'ingénierie, ou encore dans le domaine des batteries.

En novembre dernier, le chimiste avait ainsi annoncé une augmentation de ses capacités de production de polymères fluorés de 50% à Pierre-Bénite, en vue de répondre à la forte croissance de la demande en matériaux pour les batteries lithium-ion. Avec l'objectif que cette production puisse représenter près d'un milliard d'euros d'ici 2030.

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