Carrosserie intelligente : ce nouveau marché que l’équipementier automobile Plastic Omnium veut conquérir

L’équipementier automobile Plastic Omnium, jusqu'ici spécialisé dans la conception de pièces et modules de carrosserie (réservoirs pour carburants, pare-chocs, ailes, hayons, etc), avait déjà entamé une première incursion dans le domaine de l’hydrogène. Cette fois, c’est un investissement de 3 millions d’euros, soutenu par Bpifrance, qui le hisse vers un autre objectif : renforcer ses positions sur le marché en forte croissance des véhicules électriques et connectés.

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En « combinant l'éclairage et l'intégration de capteurs et radars avec les pièces de carrosserie », le centre de R&D de référence de Plastic Omnium, intégré au sein de sa filiale Sigmatech (Ain), planche sur le développement de nouvelles technologies pour la production des systèmes de carrosserie intelligents.
En « combinant l'éclairage et l'intégration de capteurs et radars avec les pièces de carrosserie », le centre de R&D de référence de Plastic Omnium, intégré au sein de sa filiale Sigmatech (Ain), planche sur le développement de nouvelles technologies pour la production des systèmes de carrosserie intelligents. (Crédits : DR)

Côté en Bourse, le groupe dirigé par Laurent Favre et présidé par Laurent Burelle avait déjà présenté un robuste bilan 2021, malgré la crise du Covid, signant ainsi le retour aux bénéficies (+126 millions d'euros, contre une perte de 251 millions d'euros en 2020).

Avec des résultats annuels portés l'an dernier à 8 milliards d'euros de chiffre d'affaires (contre 9 milliards en 2020), le contexte de marché encore « perturbé » par la pénurie des composants électroniques avait laissé entrevoir cependant une nouvelle tendance porteuse, avec « une surperformance commerciale significative » soutenue par l'électrification des véhicules en Asie.

Et c'est justement dans le domaine des véhicules électrique que Plastic Omnium vient d'ajouter une nouvelle corde à son arc, après avoir déjà annoncé une stratégie visant à accompagner le développement des mobilités hydrogène (à travers le développement d'une offre complète de réservoirs de stockage d'hydrogène, de piles à combustible et de systèmes hydrogène).

C'est plus précisément sur le site de sa filiale Sigmatech, implantée en Auvergne Rhône-Alpes sur la commune de Sainte-Julie (Ain) -et qui se pose comme un centre mondial de R&D à l'échelle du groupe, avec ses 450 collaborateurs- qu'un nouvel investissement a toutefois été dirigé.

Il se destine cette fois à un segment d'avenir, qui s'inscrit lui-même dans la mouvance de la carrosserie intelligente :

« Nous avons investi dans une presse de 2.700 tonnes bi-matière qui se pose comme un modèle quasi-exclusif dans le monde. Ce modèle de presse a été développé au regard des évolutions du marché automobile, où l'on enregistre une demande de plus en plus forte concernant les matières transparentes et de pièces de grande dimension destinés en premier lieu aux véhicules électriques », explique à La Tribune Abla Steinmetz, directrice innovation chez Plastic Omnium.

3 millions d'euros pour les systèmes de carrosserie "intelligents"

Un investissement, subventionné à 50% par Bpifrance et dont le montant total s'élève à plus de 3 millions d'euros, qui s'intègre au sein d'un projet de R&D partenarial plus large.

Nommé « Matériaux et écoConception Innovants Pour une Carrosserie Intelligente » (Mcipci), ce projet vise à « développer de nouvelles technologies pour la production des systèmes de carrosserie intelligents » en « combinant l'éclairage et l'intégration de capteurs et radars avec les pièces de carrosserie ».

Le tout, en partenariat avec deux acteurs locaux : le fabricant de systèmes de fixations grenoblois Araymond, avec lequel il co-développe l'intégration d'un système de nettoyage intégrant des capteurs, ainsi qu'avec le Centre technique des industries mécaniques (Cetim), avec lequel il mène des travaux de caractérisation des pièces transparentes plastiques en vue de valider « la compatibilité électromagnétique des matières mises en œuvre à travers la nouvelle presse bi-injection, et l'intégration de dispositif radars à ces nouvelles pièces ».

D'une durée de trois ans, ce projet a débuté en 2020 et passera donc par le développement de nouvelles « pièces de grande dimension, destinées aux parties extérieures d'un véhicule (tels que les projecteurs et les grilles d'entrée d'air qui occupent la face avant d'un véhicule), en intégrant à la fois les nouvelles fonctions et système d'éclairage, les animations lumineuses, les technologies de décoration, mais aussi tous les systèmes qui permettent de nettoyer les capteurs intégrés comme les radars ou les lidars », énumère Abla Steinmetz.

Un démarrage à compter de 2024

Des technologies qui permettraient, in fine, de rendre la carrosserie « intelligente » car ce sont précisément ces pièces de grande dimension qui se chargeront de constituer un système complet, bardé de capteurs, projecteurs, radars et de lidars, tout en se voulant autonettoyant.

« L'enjeu est par exemple de développer un système de dégivrage qui serve à dégivrer les capteurs présents derrière les matières transparentes en polycarbonate, afin que les lidars puissent continuer de détecter des objets et que leur vue ne soit pas obstruée », expose la directrice innovation.

Car jusqu'ici, « on pouvait trouver sur le marché notamment des grilles en polycarbonate de petite taille, mais c'est aujourd'hui sur des pièces de très grandes dimensions que l'on intègre les projecteurs ».

Côté avancées, le projet se veut désormais proche de la phase d'arrivée : « Actuellement, nous sommes en train de terminer la validation du système, afin de reproduire des systèmes complets qui intègrent projecteurs et grilles d'entrée d'air, avec des films dédiés au dégivrage », glisse Abla Steinmetz.

Une fois la phase de R&D terminée, l'équipementier automobile, qui emploie 30.000 personnes sur ses 135 sites de production et ses 31 centres de recherche en R&D à l'échelle mondiale, envisage déjà un démarrage de la production sur l'un de ses six sites français, voire en Espagne. Avec comme horizon de mise sur le marché, un démarrage qui pourrait avoir lieu « dès 2024 ».

« La carrosserie aura encore un rôle fort à jouer »

Car face à lui, la demande serait déjà forte sur le marché mondial, avec des constructeurs dont la stratégie est désormais massivement tournée vers les véhicules électriques.

« Les véhicules électriques requièrent de plus en plus de grilles en polycarbonate, qui forgent une identité de marque à part. Ce sont des véhicules où les constructeurs veulent démontrer la présence d'un contenu technologique plus marqué, ce qui passe par l'intégration de systèmes d'éclairage et de grilles d'air en face avant, avec des matériaux en polycarbonate et en matières transparentes », analyse la directrice innovation.

Et même si le logiciel pourrait devenir l'une des pièces maîtresses des véhicules de demain -comme l'évoquait déjà le géant des semiconducteurs Soitec en associant les futurs voitures à « un grand smartphone sur roues »-, la carrosserie aura encore un rôle fort à jouer, estime l'équipementier Plastic Omnium.

« Les parties extérieures vont continuer de jouer un rôle important sur l'identité de marque et le design visuel du véhicule, ainsi que pour la sécurité de ses occupants. Car c'est au travers des pièces extérieures que l'on peut venir intégrer des capteurs, des lidars, radars, caméras, ainsi que des animations lumineuses pour proposer de l'attractivité », affirme Abla Steinmetz.

L'équipementier aurait d'ailleurs déjà été sollicité par un certain nombre de constructeurs, en vue de répondre à une série de consultations à ce sujet. « La demande émane à la fois des constructeurs français, mais aussi allemands ou américains et va même jusqu'en Chine, où nous possédons une joint-venture », confirme Plastic Omnium.

« Nous avons déjà levé les verrous les plus importants, et notamment la mise en œuvre des pièces de grande dimension tout en conservant leur propre géométrie, et nous sommes désormais en train de valider d'un point de vue numérique la compatibilité du système et les performances proposées. Le dernier verrou qui va devoir être relevé numériquement est celui de la validation et de réparabilité des pièces, ainsi que de leur étanchéité », ajoute Abla Steinmetz.

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