En Auvergne Rhône-Alpes, la chaussette de mode devient un levier de relocalisation industrielle

Auvergne-Rhône-Alpes n'est pas la capitale de la chaussette. Et pourtant, dans la région, les projets de production de chaussettes "made in France" se multiplient. Ils sont souvent portés par de jeunes entrepreneurs désireux de faire du business, en réduisant leur empreinte carbone et en favorisant l'emploi local. C'est le cas par exemple du Coton Vert à Lyon, de Marchillsocks à Roanne, ou encore de BV Sport à Saint-Etienne.

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La chaussette de mode se prête particulièrement bien aux ambitions des nouveaux entrepreneurs souhaitant produire en France. Car si le made in France coûte plus cher qu'un article fabriqué dans un pays low-cost, la différence de prix pour les consommateurs semble plus acceptable pour un produit peu onéreux.
La chaussette de mode se prête particulièrement bien aux ambitions des nouveaux entrepreneurs souhaitant produire en France. Car si le made in France coûte plus cher qu'un article fabriqué dans un pays low-cost, la différence de prix pour les consommateurs semble plus acceptable pour un produit peu onéreux. (Crédits : DR)

"Dans le textile, le Made in France est une tendance forte qu'on constate depuis plusieurs années, après avoir connu un mouvement inverse il y a quelques décennies. Cette tendance s'est accélérée avec le Covid-19, c'est certain. Les grandes marques relocalisent et de nouveaux acteurs, startups et créateurs, émergent sur ce créneau", note avec satisfaction Pierric Chalvin, délégué général d'Unitex.

Et dans cette tendance globale de relocalisation de la mode, il y a un article qui semble susciter tout particulièrement les vocations : la chaussette !

Y compris en Auvergne Rhône-Alpes, région textilienne évidemment (notamment le Rhône et la Loire) mais dont la chaussette n'est pas la spécialité (exceptée la chaussette de contention médicale, dont l'épicentre français est à Saint-Etienne avec Thuasne, Gibaud et Sigvaris).

"La chaussette de mode se prête particulièrement bien aux ambitions des nouveaux entrepreneurs souhaitant produire en France. Pourquoi ?  Le made in France coûte plus cher qu'un article fabriqué dans un pays low-cost, mais la différence de prix pour le consommateur est plus acceptable pour un produit peu onéreux, comme la chaussette que pour des plus grosses pièces".

Coton Vert entame son processus de relocalisation

C'est exactement sur ce pari que vient de s'engager le Lyonnais Benjamin Lenoir avec sa petite entreprise "Le Coton Vert" créée en 2018 à Rennes puis déménagée à Lyon.

Positionnée sur les vêtements "bio et solidaires", elle disposait d'une première gamme de T-Shirts, sweats et joggings. Des vêtements en coton bio et solidaires donc, mais pas fabriqués en France.

"Nous travaillons avec l'Inde notamment dans des usines certifiées GOTS (certification bio et conditions de travail décentes) ou avec le Bengladesh, j'ai fait ce choix pour pouvoir vendre mes vêtements à un prix accessible. Puis petit à petit, j'ai relocalisé en Europe certains produits. Aujourd'hui, toute la finition (étiquettes et broderies) est réalisée à Saint-Etienne par la TPE Pique et Pick".

Depuis quelques semaines, l'entreprise lyonnaise (CA 2020 : 95.000 euros ; CA 2021 : 125.000 euros), a franchi un nouveau cap dans la relocalisation en lançant ses chaussettes fabriquées en France, toujours en coton bio (matière première cultivée en Turquie).

Leur confection est assurée par Ventura Socks dans l'Aube et les finitions à Saint-Etienne. Pour sécuriser ce projet, Benjamin Lenoir avait mené fin décembre, avec succès, une campagne de financement participatif sur Ulule.

"Nous avions fixé comme objectif un minimum de 200 paires, nous avons terminé la campagne à plus de 1.000", se réjouit le jeune entrepreneur. "Mon ambition est de relocaliser progressivement la production de mes autres vêtements. Nous commençons avec les chaussettes car le surcoût de la fabrication française pour le client est raisonnable. C'est un premier pas".

Comme tous ses autres vêtements, les chaussettes du Coton Vert sont associées à un engagement solidaire. Il s'agit cette fois de reverser un euro par paire de chaussettes vendue à une structure lyonnaise historique, le Foyer Notre-Dame des Sans-Abris.

La start-up Marchillsocks

A Mably dans la Loire, Leo Billet-Simon, ex-ostéopathe, s'est lui tout de suite lancé dans la chaussette française. Son concept : des chaussettes vintage rappelant les codes des années 70, avec des références au sport et à la musique. Réfléchie juste avant le confinement, l'entreprise a commencé à démarcher ses premiers magasins fin juin 2020.

Elle propose aujourd'hui 22 modèles adultes et 8 modèles enfants via son site internet, les salons et une trentaine de boutiques en France. Toutes ses chaussettes sont fabriquées en France par l'entreprise Broussaud (87). "Pour moi, le Made in France était obligatoire. Il n'était pas possible de faire autrement".

Depuis un an, Léo Billet-Simon a franchi une étape supplémentaire en localisant encore plus certains produits, dans un périmètre roannais immédiat. Il ne s'agit pas des chaussettes mais d'une nouvelle gamme de 12 bonnets en laine recyclée, tricotés à Roanne et affichant eux aussi des références musicales. Marchillsocks a également lancé il y a peu une édition limitée de sweats fabriqués à partir de matières premières issues de bouteilles en plastique recyclées, avec des partenaires locaux.

Pour l'ensemble des ventes, 5% des bénéfices sont reversés à l'association FlexyFamily qui vise, entre autres, à sensibiliser les enfants sur le respect de l'environnement. S'il ne veut pas dévoiler son chiffre d'affaires, Léo Billet-Simon assure "que l'entreprise se développe bien". Il devrait d'ailleurs recruter prochainement ses premiers salariés.

L'étape industrielle avec BV Sport

A Saint-Etienne, BV Sport (6 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2021; 30 salariés) a elle aussi fait le choix de relocaliser la production d'une partie de ses chaussettes.

Spécialisée historiquement dans la compression et la contention sportive, elle a décidé en juin 2020 de relocaliser progressivement la majeure partie de la fabrication de ses socquettes techniques (running, trail, sports collectifs...) jusqu'ici produites en Italie et en Turquie.

A cette occasion, Nicolas et Thomas Salvatore, les nouveaux dirigeants de la PME qui avait été menée pendant plus de 15 ans par leur père Salvatore, ont décidé de donner un coup de jeune à leurs socquettes. Une nouvelle collection a été mise au point avec l'illustrateur lyonnais Matthieu Forichon (connu notamment pour sa BD des Bosses et des Bulles). "Le résultat sur les ventes a été extraordinaire. Nous avons été submergés par la demande. Le design de la collection a séduit c'est certain, mais l'aspect Made in France a joué un rôle primordial également".

Le succès a été tel que l'entreprise a dû revoir en urgence l'année dernière l'organisation de sa production. Elle a recruté quatre personnes et a investi 700.000 euros dans son outil de production. "Nous avons désormais 14 machines qui tournent en 2X8, et même en 3X8 depuis l'été dernier", souligne Nicolas Corona. "Produire en France, c'est possible en étant intelligent en automatisation, en conception".  250.000 paires de chaussettes ont été fabriquées à Saint-Etienne en 2021, ce sera probablement 350.000 cette année. Objectif : 600.000 à terme.

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