Crise à Soitec : la CGT soutient le changement de directeur général

Les syndicats de Soitec entrent dans la danse. Alors que l'entreprise iséroise est confrontée à une crise de gouvernance d'envergure concernant la nomination de son futur directeur général en lieu et place de Paul Boudre, la CGT, syndicat majoritaire chez Soitec, rappelle que "la décision (qui vient d'être) prise doit être acceptée par tous", bien que reconnaissant des ratés dans le processus de succession. En plaidant pour "passer à autre chose" rapidement, les représentants du personnel soutiennent cependant, de fait, le changement de direction générale impulsé par le conseil d'administration.

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Pour les syndicats, cette crise ne doit aboutir en aucun cas à un départ massif des membres du Comex, sans lesquels Soitec perdrait des compétences clés.
Pour les syndicats, cette crise ne doit aboutir en aucun cas à un départ massif des membres du Comex, sans lesquels Soitec perdrait des compétences clés. (Crédits : DR)

Après l'annonce "surprise" du Conseil d'administration de la non-reconduction du directeur général Paul Boudre à l'issue de son mandat qui s'achèvera en juillet, puis la réaction immédiate du Comité exécutif, hostile au choix du conseil de nommer Pierre Barnabé, actuel dirigeant de la branche "big data et cybersécurité" d'Atos, les syndicats du spécialiste des semi-conducteurs font connaître leur position. Laquelle résonne un peu comme la troisième voix d'une saga démarrée il y a moins de 24 heures et qui a fait plonger le cours de bourse de plus de 18% ce jour.

Et d'après la communication adressée aux salariés par la CGT, syndicat majoritaire au sein du groupe avec 49,5% de représentativité, il n'y a plus de sujet :  "Le processus de succession est finalisé et la décision prise doit être acceptée par tous", affirme le syndicat, qui reproche ouvertement "la fuite dans la presse d'un courrier rédigé par le Comex", jugée "inacceptable".

"Ceux qui jouent actuellement un jeu dangereux pour l'avenir de l'entreprise sont des irresponsables", affirme la CGT, indiquant que "ce qui est en train de se passer et qui est aujourd'hui interprété par les médias comme 'une crise de gouvernance' doit cesser immédiatement". Une missive envoyée à l'encontre du comité exécutif dirigé par Paul Boudre.

Car pour son délégué syndical et secrétaire du CSE, Fabrice Lallemand, "ce qui est en train de se passer reflète bien ce que l'on craignait et les tensions qui courent depuis le début du processus de désignation, il y a plusieurs mois". Avec la crainte désormais que le climat actuel n'handicape l'entreprise, lancée dans une forte trajectoire de croissance, et surtout qu'elle n'aboutisse au départ de membres clés du Comex.

"Nous devons à tout prix éviter cela. Car même si un renouvellement partiel peut être bon pour passer du marché des smartphones à celui de l'électronique de puissance, d'autant plus que l'essentiel du Comex était en poste depuis 2015, Soitec ne peut pas se permettre de perdre des compétences clés pour adresser ce virage", ajoute le délégué syndical.

De son côté, un représentant FO que nous avons contacté, troisième syndicat représentatif du groupe (17,5%), délivrait une position qui visait (aussi) à l'apaisement, et surtout à une sortie de crise la plus rapide possible : "Je ne peux pas commenter directement le processus en cours, mais nous n'avons pas de craintes concernant l'avenir de l'entreprise. Nous avons une bonne entreprise, de bons produits... On sait que le cours de l'action est très volatile, mais il ne s'agit pas de notre premier directeur général. C'est la vie d'une entreprise comme la nôtre...", résumait-t-il.

Si la CFE-CGC (33%) n'a pas répondu à nos sollicitations, la CGT a quant à elle précisé ses arguments, qui avaient déjà été formalisés dans une déclaration prononcée dès le conseil d'administration du 18 janvier. Soit tout juste à l'issue du vote qui venait de se tenir au CA, actant du changement de directeur général de l'entreprise, avant même que ne débute cette crise de gouvernance.

Une prise de position en conseil d'administration "sans équivoque"

Bien que reconnaissant "la qualité du travail effectué par Paul Boudre et son équipe", et notamment une "situation économique de l'entreprise aujourd'hui très favorable grâce au travail de l'ensemble des salariés", ainsi que le rôle "important" joué par le Comex dans le redressement de l'entreprise, cette déclaration rédigée par la CGT avait été aussi l'occasion de rappeler des "désaccords qui ont pu parfois être forts sur des points importants".

Et de lister, entre autres, "le MIP (plan d'actions gratuites réservé aux dirigeants), la domiciliation physique et fiscale de nos dirigeants, et en particulier de notre DG à Singapour, l'indisponibilité de ce dernier vis-à-vis des enjeux sociaux de l'entreprise illustrée par exemple, par son incapacité à gérer une situation grave liée aux RPS au sein du service juridique", affirme la CGT.

Pour tenter d'apaiser les esprits, le syndicat estime aujourd'hui que les torts, de ce qui apparaît aujourd'hui comme une crise, s'avèrent plus ou moins partagés par les deux parties :

Avec d'un côté, "une direction générale en place (qui) n'a pas créé les conditions pour envisager sereinement une succession en interne à court terme alors que les enjeux liés à la fin du mandat de Paul Boudre étaient connus". Et de l'autre, un conseil d'administration "qui aurait dû intégrer de manière effective Paul Boudre au processus lancé il y a plusieurs mois pour sa succession pour éviter les tensions actuelles".

Pour la CGT, le constat est clair : "Dans ces conditions, la solution du remplacement par un candidat externe nous semble aujourd'hui la plus appropriée, à condition que cette transition se fasse dans les meilleures conditions. (...) Nous ne comprendrions en aucun cas que l'on puisse créer des causes d'incertitude et d'instabilité à Soitec dans le cadre de la succession annoncée".

Autrement dit : la succession de Paul Boudre ne doit aboutir en aucun cas à un départ massif des membres du Comex, qui ferait perdre à Soitec des compétences clés. Pour autant, il sera compliqué pour le prochain directeur général de travailler avec des personnes vent debout contre son arrivée...Et inversement.

"Si le processus de succession avait été un peu mieux fait, et notamment en deux temps, avec un premier vote qui aurait pu entériner l'absence de profils correspondants en interne, et un autre sur l'ouverture à l'externe, les choses auraient pu se passer différemment", nous glisse une source syndicale. Car jusqu'ici, au moins deux candidatures en provenance du Comex, en dehors de Paul Boudre, avaient été avancées.

Paul Boudre étant conscient qu'il se rapprochait de la limite d'âge fixée à 65 ans, la complexité du processus aurait pu être évitée, selon la CGT, par un meilleur dialogue entre le Comex et le CA.

Reste à savoir comment, au sein de l'entreprise, comment le dialogue pourra désormais être renoué, "et le plus rapidement possible" comme l'appelant de leurs voeux les représentants du personnel. Ce jeudi encore, aucune communication d'entreprise unifiée vers l'externe n'avait pu encore être adressée.

(publié le 20/01/2022 à 22:30, actualisé le 21/01/2022 à 10:50)

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Commentaires 3
à écrit le 21/01/2022 à 10:14
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Comme elle soutient l'explosion du prix de l"électricité, comme elle ne sort jamais rien du secteur nucléaire... Bref des gens assis bien confortablement sur des rentes étatiques. Comme on ne l'entend quasiment pas sur le dumping social européen acha...

à écrit le 21/01/2022 à 9:54
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La CGT ne brandit plus l'étendard noir de la révolte, on dirait. Où va le monde ?

le 22/01/2022 à 7:26
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On ne change pas une equipe qui gagne tout simplement. peut etre aussi que linfo aurait du rester en interne que lon voit encore ici les luttes fratricides des conseils dadministrations. esperons que cette belle entreprise perdurera car ell...

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