Avion du futur. L’industriel savoyard Tivoly investit 3 millions d’euros pour l’usinage des pièces

Développer de nouveaux outils destinés à l'usinage et l'assemblage des avions de demain. Tel est désormais l'enjeu du savoyard Tivoly, qui vient d'investir trois millions d'euros dans son usine stéphanoise, avec le soutien de France Relance. Car les matériaux composites, plus légers, seront aussi plus complexes à travailler. De quoi en faire un enjeu pour cette entreprise centenaire, qui avait construit au départ sa notoriété sur le matériel électroportatif de bricolage, avant de prendre des positions fortes sur le marché de l'aéronautique.

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3 millions d'euros vont être investis sur le site stéphanois de Tivoly qui, même s'il ne fabrique pas de pièce volante, présente des champs d'intervention cruciaux pour le domaine de l'aéronautique et notamment pour ses partenaires comme Airbus, mais aussi Stelia Aerospace, les Chinois AVIC et MOVAC ou encore Rolls Royce.
3 millions d'euros vont être investis sur le site stéphanois de Tivoly qui, même s'il ne fabrique pas de pièce volante, présente des champs d'intervention cruciaux pour le domaine de l'aéronautique et notamment pour ses partenaires comme Airbus, mais aussi Stelia Aerospace, les Chinois AVIC et MOVAC ou encore Rolls Royce. (Crédits : DR)

"Les commandes redémarrent plus lentement que ce que nous avions pu espérer. La reprise est loin d'être franche, la situation est encore fragile. Nous sentons des frémissements mais nous sommes encore dans l'incertitude".

Pour Jean-François Tivoly, le dirigeant du groupe familial éponyme savoyard (600 salariés; CA 2020 : 70 millions d'euros; CA 2019 : 83 millions d'euros dont la moitié à l'international), la situation est d'autant plus frustrante que Tivoly avait remporté début 2020 des appels d'offres intéressants avec Airbus.

Appels d'offres qui auraient dû se traduire dès 2020 par une montée en charge progressive, sur quatre ans environ, du chiffre d'affaires généré avec le constructeur français.

Fournisseur stratégique

La crise sanitaire a rebattu les cartes pour de longs mois. Le chiffre d'affaires de l'entreprise est ainsi passé de 83 millions d'euros en 2019 à 70 millions en 2020. Une baisse qui a poussé le groupe à contracter, "par précaution", un PGE de 11 millions d'euros (dont 5 millions ont été remboursés).

"Mais ce n'est que partie remise. Nous figurons dans la liste des sous-traitants privilégiés d'Airbus : depuis 2009, nous sommes sous-traitants de rang 1 et nous gagnons régulièrement des positions".

Preuve de cet intérêt du géant de l'aéronautique pour l'ETI savoyarde : celle-ci a été intégrée au programme SQIP (Supply Chain and Quality Improvement), un soutien offert par le constructeur Aribus pour accompagner la montée en puissance de ses fournisseurs stratégiques.

Car même si Tivoly ne fabrique pas de pièce volante, ses champs d'intervention sont cruciaux. L'entreprise, cotée sur Euronext Paris, intervient sur l'usinage des pièces, en particulier sur les outils servant au perçage et à l'assemblage des composants. En parallèle d'Airbus, elle travaille avec d'autres clients de l'aéronautique comme Stelia Aerospace, les Chinois AVIC et MOVAC ou encore Rolls Royce.

Au sein de ce groupe diversifié, - dont la moitié de l'activité est générée par ses marchés historiques tournés vers le grand public (accessoires pour matériel de bricolage électroportatif, +35% de CA en 2020 grâce à l'essor du bricolage)-, l'aéronautique pèse actuellement 15% du chiffre d'affaires. Cette proportion devrait fortement progresser dès le redécollage du secteur, espéré pour 2022.

Airbus et Boeing ont d'ailleurs déjà revu leurs prévisions à la hausse. Le PDG d'Airbus a ainsi annoncé un objectif de 600 livraisons pour cette année au lieu des 566 de 2020.

Il faut dire que si l'Europe traine encore la patte, le trafic interne en Chine et aux Etats-Unis par exemple a pratiquement retrouvé son niveau d'avant-crise. "Nous sommes prêts à nous redéployer et à accélérer dès que besoin", sourit Jean-François Tivoly qui, en prévision de ce redémarrage a demandé à ses équipes de sécuriser la chaine logistique en augmentant drastiquement les stocks. "Dans un contexte de pénurie de matériaux, nous sommes très vigilants et nous essayons d'anticiper au maximum afin de ne pas ralentir la dynamique".

L'innovation pour asseoir ses positions

Tivoly est positionnée sur le marché de l'aéronautique depuis les années 90, grâce à plusieurs opérations de croissance externe.

" L'entreprise avait été créée en 1917 par mon arrière-grand-père autour d'une activité de quincaillerie. Activité que nous avons poursuivie et développée, puis que nous avons complétée avec des marchés industriels. Sur l'aéronautique, nous avions pu craindre que ce positionnement historique sur la quincaillerie nous porte préjudice mais nous avons réussi à prouver notre crédibilité, grâce à la performance de nos équipements et aux efforts en termes d'innovations", poursuit Jean-François Tivoly.

Pour mieux asseoir encore ses positions, l'entreprise a décidé de mettre le turbo sur le sujet de l'innovation. Dans le cadre d'un dossier retenu par France Relance, le Savoyard va ainsi investir trois millions (1,15 million de subventions) sur son usine de Saint-Etienne. Objectif : développer et industrialiser de nouveaux outils destinés aux avions de demain. Des avions qui, pour être plus légers et donc moins gourmands en carburant, feront de plus en plus appel à des matériaux combinés type carbone et titane.

"Ces matériaux ont l'inconvénient d'être plus complexes à usiner. Les solutions existantes aujourd'hui ne sont pas encore satisfaisantes, elles nécessitent par exemple trop de lubrifiant. Ces usinages sont également assez longs, nous visons à améliorer la productivité de nos clients".

Une équipe de chercheurs a été recrutée pour une industrialisation espérée dès 2023. Un coup de pouce non négligeable pour ce site stéphanois de 25 personnes, repris à Deltal par Tivoly à la fin des 70 et mis en difficulté par la crise Covid, en raison de sa spécialisation sur l'industrie et l'aéronautique.

Jean-François Tivoly table sur un chiffre d'affaires 2021 de 82 millions d'euros, sensiblement identique au niveau d'avant-crise. Pour les prochaines années, il compte appuyer la croissance de l'entreprise familiale sur l'aéronautique certes, mais aussi sur son marché historique de la distribution grand public, ainsi que sur de nouveaux segments industriels tels que l'énergie et l'électronique.

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