La filière aéronautique à l’heure du redécollage en Auvergne-Rhône-Alpes

L'ETAT DES LIEUX. Après avoir subi le violent choc provoqué par l’effondrement du trafic aérien au printemps 2020, l’industrie aéronautique d’Auvergne-Rhône-Alpes a su faire le dos rond pour préserver au mieux ses capacités avec le soutien de l’Etat et de la région puis préparer la reprise qui s’amorce. Néanmoins, il reste encore du chemin avant qu’elle ne retrouve son altitude de croisière.

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Pour le président d'Aerospace Cluster Auvergne-Rhône-Alpes, Franck Colcombet, « la reprise est une réalité, mais elle va nécessairement être progressive dans les mois à venir ».
Pour le président d'Aerospace Cluster Auvergne-Rhône-Alpes, Franck Colcombet, « la reprise est une réalité, mais elle va nécessairement être progressive dans les mois à venir ». (Crédits : DR)

Après avoir fortement souffert pendant la crise comme l'ensemble du secteur, le tissu industriel aéronautique, spatial et défense - qui compte 550 entreprises dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, dont 350 véritablement spécialisées - se remet peu à peu en ordre de marche. Même s'il manque encore un peu de recul pour juger des conséquences de cet épisode, les entreprises semblent avoir réussi à préserver en grande partie leurs forces vives, grâce à l'apport d'aides étatiques et régionales, et commencent à nouveau à se projeter vers l'avenir.

Les industriels de la région Auvergne-Rhône-Alpes se sont d'ailleurs largement emparé des possibilités offertes par le fonds de modernisation aéronautique mis en place par France Relance. 56 projets ont ainsi été retenus, juste derrière l'Occitanie (60 projets), pour des investissements de 1,5 million d'euros en moyenne.

De nouveaux défis se présentent néanmoins pour assurer la reprise progressive de l'activité, jusqu'à la reconstitution de leurs carnets de commandes.

Franck Colcombet, directeur général de la société Tecalemit Aerospace et président d'Aerospace Cluster Auvergne-Rhône-Alpes estime que « la reprise est une réalité, mais elle va nécessairement être progressive dans les mois à venir. Nous en ressentons les premiers signaux avec les informations données par les grands donneurs d'ordres, comme Airbus et Safran, qui nous ont sensibilisé à la nécessité de se préparer. »

La chaîne de production se remet en ordre de marche

Les premiers effets se font ainsi ressentir au début de la chaîne de valeur, chez les fournisseurs de matières premières et les acteurs avec les plus longs cycles de production.

Le mouvement prend donc rapidement forme dans la région, fortement positionnée sur les matériaux et leur transformation pour la réalisation d'aérostructures, comme le précise le délégué général du cluster, Frédéric Antras. Avec des acteurs capables de fournir des produits semi-finis comme Constellium ou Aubert & Duval sur le métallique et Hexcel et Porcher Industries sur les composites.

Cette dynamique doit désormais se propager en cascade sur les autres acteurs du secteur. Elle mettra sans doute plus de temps à arriver pour les sous-traitants positionnés autour des groupes Safran et Thales sur les systèmes embarqués, deuxième grand pôle de compétences aéronautique de la région.

Le dernier grand pôle, à savoir la maintenance, est quelque peu décorrélé de ce mouvement et davantage lié aux activités de l'armée de l'air et de l'espace - avec les ateliers industriels de l'aéronautique de Clermont-Ferrand et d'Ambérieu-en-Bugey - et du transport aérien - avec la base de maintenance de HOP! (groupe Air France) à Clermont-Ferrand.

« Ce rebond va progressivement s'accélérer au vu des annonces précises faites par les donneurs d'ordres, au premier rang desquels Airbus qui a indiqué que les cadences repartiraient à la hausse des fin 2021 pour les monocouloirs, même si les long-courriers mettront un peu plus de temps à redémarrer », précise encore Franck Colcombet.

Il estime ainsi que la remontée en puissance devrait ainsi être significative dès 2022, et continuer à s'accélérer en 2023 et 2024. La filière aéronautique régionale pourrait alors espérer retrouver son niveau d'avant crise, soit un chiffre d'affaires annuel de 3,3 milliards d'euros.

Plusieurs points de vigilance

« Nous faisons passer le message aux acteurs de la filière de se préparer au mieux à ces enjeux, poursuit le président du cluster. Il y a un certain nombre de points de vigilance avec des tensions potentielles sur les matières premières, la reprise des recrutements et le financement. Autant d'éléments à préparer avec la plus grande attention compte tenu de la pente de la reprise qui s'amorce. »

La question des recrutements se pose d'ailleurs d'ores et déjà au vu des temps de formation nécessaires. Les différents mécanismes de soutien, en particulier l'activité partielle de longue durée (APLD), ont permis de sauvegarder assez largement l'emploi dans la filière mais, comme le reconnaît Franck Colcombet, des ajustements ont eu lieu pour les 30.000 salariés de la région.

Pour l'instant, Aerospace Cluster Auvergne-Rhône-Alpes n'a pas réévalué ce chiffre calculé avant la crise, mais il semble peu probable que la filière ait réussi à éviter toute destruction d'emplois, ne serait-ce que par attrition naturelle. Il faut également prendre en compte le redéploiement d'un certain nombre de salariés jusque-là affectés à l'aéronautique sur d'autres secteurs au sein des entreprises diversifiées. La Région avait d'ailleurs lancé un programme baptisé « financer un plan de formation pour les salariés de l'aéronautique » à l'été 2020 pour aider à cette mobilité.

Les effectifs doivent donc désormais être renforcés, ou du moins complétés, pour faire face à la reprise. Certains métiers qui peinaient déjà à recruter avant crise, comme les soudeurs ou chaudronniers aéronautiques, sont à nouveau en tension.

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