Après un plan de départs bientôt complété en France, Bayer confirme deux cessions d’actifs

Le spécialiste allemand de l’agrochimie et de la pharmacie -qui vient de faire l'objet d'une nouvelle condamnation aux Etats-Unis concernant son produit Roundup-, a franchi une nouvelle étape dans son plan de départs volontaires de 474 postes en France, qui touche particulièrement son site de Lyon. Mais déjà, une autre nouvelle inquiète les salariés, avec la cession envisagée de deux entités du groupe.

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Avec un plan de départs volontaires de 474 postes en passe d'être complété, le siège social de Lyon serait parmi les sites de Bayer France les plus impactés à l’échelle de l’Hexagone.
Avec un plan de départs volontaires de 474 postes en passe d'être complété, le siège social de Lyon serait parmi les sites de Bayer France les plus impactés à l’échelle de l’Hexagone. (Crédits : Wolfgang Rattay)

Depuis l'acquisition de Monsanto pour 56 milliards d'euros à l'été 2018, les choses se compliquent pour le chimiste allemand Bayer. Le groupe se retrouve en effet sous le feu des procès, menés autour du glyphosate.

Pas plus tard que la semaine dernière, une cour d'appel de Californie a confirmé la condamnation du chimiste allemand à payer 25 millions de dollars de dommages et intérêts à un retraité américain, atteint d'un cancer après avoir utilisé du désherbant Roundup. Bayer avait également amorcé en juin dernier un accord, visant à solder 90.000 des 125.000 requêtes engagées à ce sujet pour la somme de plus de 10 milliards de dollars.

Bien que ces procès ne soient pas évoqués dans son argumentaire, le groupe Bayer a annoncé en septembre dernier sa volonté d'économiser 1,5 milliard d'euros à l'échelle mondiale d'ici 2024, en plus des 2,6 milliards d'euros d'économies annuelles déjà annoncées dès 2022.

Le chimiste évoque plutôt une « recherche d'efficience et un recentrage sur les activités clés du groupe », pour justifier la mise en place d'un plan de départs volontaires (PDV) annoncé en juin 2020 et qui concerne plus particulièrement sa Division Crop Science (activités en Agriculture) ainsi que les fonctions supports du groupe en France.

« Notre Division Crop Science doit adapter son organisation pour accompagner la transformation du monde agricole, en particulier, pour mieux répondre aux besoins des agriculteurs (digitalisation, semences innovantes, alternatives aux produits phytosanitaires dont le marché baisse depuis plusieurs années) », annonce le groupe, évoquant « une adaptation de l'organisation de certains de ses sites industriels » ainsi que de ses forces de ventes.

Même chose pour ses fonctions supports, qui visent des « gains d'efficience et un recentrage des activités » en s'appuyant sur « une simplification des processus, l'appui sur des centres de services partagés internes et la réduction de certaines activités ».

Lyon particulièrement touché

Alors que le chimiste allemand emploie actuellement 3.255 postes à travers ses 17 sites en France, il a confirmé cette semaine l'avancement des négociations de son plan de départs volontaires, qui touche plus particulièrement son siège de Lyon Vaise (9e arrondissement), avec la suppression de 240 postes sur un total de 600 salariés.

Son site industriel de Villefranche-sur-Saône (Rhône) perdrait également 74 postes, sur un total de 250.

« Lorsqu'on nous a présenté ce plan en juin dernier, cela sonnait quand même quelque chose d'inédit, car nous n'avions jamais connu un plan d'une telle ampleur », souligne Marie-Hélène Valcarce, déléguée syndicale centrale CGT pour la partie Agro chez Bayer.

Plus que les conditions de départs -qui font l'objet d'un accord cadre établi avant ce projet de PDV-, les représentants des salariés s'inquiètent plutôt d'un plan qui, en touchant selon eux des fonctions support essentielles à l'entreprise, handicaperaient désormais leur travail au quotidien.

« La charge de travail liée à une certaine forme de désorganisation de l'entreprise et à la perte des fonctions supports est devenue assez insupportable. On nous annonce en effet que nous sommes dans une entreprise qui ferait un saut dans le futur, tandis que nous perdons l'ensemble de nos fonctions informatiques », regrette Marie-Hélène Valcarce.

Vers une vente à la découpe ?

D'autant plus que le site de production de Villefranche-sur-Saône, également touché, constituait selon les syndicats « l'un des fleurons » du groupe Bayer. En ce sens, la sortie de 70 salariés sur ce site est vécue comme « un affaiblissement de l'outil industriel », estime Marie-Hélène Valcarce, qui évoque en même temps une baisse engagée des volumes de production.

Et ce n'est pas le seul élément qui inquiète les représentants du personnel : les syndicats voient également d'un mauvais œil la récente cession du site de pelliculage de semences de Méréville (Essonne), par Bayer à Solvay, qui emploie 40 salariés.

« Il s'agit de la seule usine de pelliculage de semences de Bayer en France », rappelle la CGT, craignant un « démantèlement des sites qui se vendent bien, en vue de récupérer du cash ». Le chimiste précise quant à lui qu'il dispose de 13 autres usines de pelliculants en Europe, qui lui permettront de conserver sa collaboration avec l'ancien site, sous la forme d'un contrat de fourniture exclusif pour l'enrobage et le pelliculage de ses semences, "d'une durée d'au moins 5 ans".

"La cession du site de Méréville, dont les fonds permettront de réaliser des investissements prioritaires pour l'activité SeedGrowth, permettra à Bayer de se concentrer sur le reste des activités SeedGrowth pour donner une nouvelle dimension aux initiatives d'innovation et de durabilité concernant la gamme de solutions de traitement de semences", précise Bayer à La Tribune. La clôture de l'opération devrait se produire vers le deuxième semestre de l'année (mi-2021), et se solder par un transfert de l'ensemble des effectifs vers le groupe Solvay. 

Mais déjà, des sources internes affirment qu'un second projet de vente concernerait désormais sa division Bayer Environnemental Science (ES), qui emploie elle aussi une centaine de personnes en France (600 à l'échelle mondiale), pour un chiffre d'affaires global de 600 millions d'euros.

Une opération confirmée par la direction, contactée par La Tribune, qui affirme cependant que ces opérations n'ont rien à voir avec le plan de départs annoncé et découleraient de décisions "stratégiques".

Avec à la clé, un recentrage souhaité sur les principaux coeurs de métier du groupe, que sont la santé et l'agriculture de ses trois entités (Crop Science, Pharmaceuticals et Consumer health). Selon la direction, le chimiste commencera le processus de désinvestissement de son entité ES au deuxième semestre 2021 et serait encore actuellement en recherche d'un acquéreur.

« Avec la cession de ces deux sites, ce sont près de 150 salariés qui sont également sortis du groupe sur le périmètre français, pour deux activités qui étaient à chaque fois rentables, et qui se vendent donc bien », glissent cependant des sources internes.

La France, « pas plus impactée que les autres pays »

De son côté, la direction veut nuancer l'impact de son plan de départs bientôt clôturé, en indiquant que « la France n'est pas plus impactée que les autres » (12.000 emplois ont vocation à être supprimés à travers le monde d'ici à 2022, ndlr). L'Hexagone se situerait même plutôt « dans la moyenne de ce qui s'est fait dans les autres pays », confirmait à l'AFP Laurent Besse, le directeur des ressources humaines de Bayer en France.

La direction précise qu'il ne s'agit « pas d'un plan de licenciements », mais bien de « départs volontaires », et que « sur les 474 postes supprimés, 109 étaient vacants ».

Après avoir fait l'objet d'une procédure d'information-consultation, conclue fin novembre 2020, ce plan a reçu l'approbation de la Direccte à la mi-décembre, tandis que la période de volontariat interne s'est déroulée entre le 4 janvier et le 3 mai dernier.

Et la direction de préciser : « A l'issue d'une dernière commission entre syndicats et direction le 12 mai dernier, les objectifs du PDV étaient quasiment atteints, avec une quinzaine de situation de salariés encore en recherche d'une réaffectation, soit en interne, soit en externe ».

Ainsi, sur son objectif affiché de « 474 suppressions de postes annoncées (dont 109 vacants), 158 modifications de postes et 96 créations », le groupe précise que ce plan de départ a finalement donné lieu à « 200 mobilités internes, 160 départs en pré-retraite ou retraite, 31 projets de création d'entreprise, ou encore 20 projets de formation externe et 19 opportunités en externe ».

Des résultats cependant toujours dans le « vert »

Ces annonces interviennent alors que les résultats trimestriels, publiés il y a quelques semaines par Bayer, se traduisaient quant à eux par une forte hausse de son bénéfice net (+ 40,3% à 2,09 milliards d'euros) et de son bénéfice opérationnel (+23,4) à 3,08 milliards d'euros pour le premier trimestre 2021.

Le patron du groupe, Werner Baumann, confirmait ainsi par voie de communiqué ses prévisions de croissance annuelle », fixées à + 3% (soit un chiffre d'affaire prévu «entre 42 et 43 milliards d'euros»), après une chute de -5% l'an dernier. « Nous avons plutôt bien résisté par rapport à d'autres secteurs, mais nous avons des évolutions de marchés plutôt défavorables au niveau de la division pharma et Crop Science (produits phytosanitaires), ce qui nous incite à être prudents ».

A noter que sa division agrochimique, visée par des procédures juridiques aux États-Unis dans le dossier du glyphosate vendu sous la marque Roundup (Monsanto), - soupçonné d'être cancérogène par un organisme de l'OMS, le Circ- a tout de même enregistré une hausse de 16,9% de son résultat opérationnel début 2021.

Pour la CGT, ces résultats résonnent cependant comme la preuve que le plan de départs annoncé en France n'est selon eux pas « justifié ». « On voit bien que les résultats de l'entreprise n'ont pas du tout été impactés par le Covid, ce n'est cependant pas le cas des cours de l'action, qui a dévissé en raison des procès menés aux États-Unis ».

Pour sa part, Bayer réfute tout lien entre le PDV actuel et les décisions de justice enregistrées au Etats-Unis.

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Commentaire 1
à écrit le 21/05/2021 à 16:42
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Tiens ce serait bien d'avoir une idée des propriétaires de cette multinationale. Sinon c'est quand même un timing particulier cette histoire, déjà racheter Monsanto bien trop cher selon de nombreux analystes tandis que Monsanto cumulait les procès pa...

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