Le site de l'Isle-d’Abeau, pierre angulaire du 48 Volts de Valeo

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C'est sur le site de l'Isle-d'Abeau (Nord-Isère) que la technologie du 48 Volts vient d'être adaptée au marché du vélo par Valeo en collaboration avec une startup locale, Effigear.
C'est sur le site de l'Isle-d'Abeau (Nord-Isère) que la technologie du 48 Volts vient d'être adaptée au marché du vélo par Valeo en collaboration avec une startup locale, Effigear. (Crédits : Charles Platiau)
Propulsé par une technologie jusqu’ici développée pour l’automobile, le moteur 48 Volts de Valeo ouvre de nouveaux horizons au marché des vélos et triporteurs électriques. Développée en collaboration avec une startup ligérienne, cette technologie repose sur le savoir-faire du site de l’Isle-d’Abeau (Nord-Isère), l'une des 19 implantations françaises du groupe, qui est d’ailleurs appelée à prendre un rôle central sur le marché des nouvelles mobilités.

Grâce à la technologie du 48 Volts, équipant déjà les dernières Citroën Ami, ainsi que les systèmes d'hybridation de la nouvelle Volkswagen Golf 8 thermique, l'année 2020 avait bien commencé pour le groupe Valeo, qui affirmait disposer en fin d'année d'un carnet de commande de 7,5 milliards d'euros. Et 2021 pourrait également lui permettre de poursuivre sur sa lancée, en adaptant cette technologie au marché des nouvelles mobilités, qui pèse lourd : près de 270 millions de vélos pourraient ainsi être vendus chaque année à travers le monde à l'horizon 2030.

« Et même si l'on imagine que 15 à 20 % d'entre eux seulement seront électrifiés, cela représenterait, au minimum, un marché de 60 millions d'euros. Ceux qui arriveront sur ce terrain avec une solution de rupture innovante auront plus de chances de prendre des parts de marchés », note Jérôme Mortal, directeur des nouvelles mobilités chez Valeo.

L'équipementier automobile mise aujourd'hui sur son expertise dans le domaine de l'électrification des moteurs pour adresser ce nouveau marché. D'autant plus qu'un coup d'œil à sa concurrence permet de constater qu'aucun d'entre eux n'a encore parié, à ce stade, sur un boîtier automatique intégré : « Nous nous situons idéalement entre deux renouvellements de gammes de nos concurrents, ce qui nous offre une belle fenêtre de tir dont il faut savoir profiter », souligne-t-il.

La mutation d'un site industriel vers le 48 Volts

Avec, au cœur de cette stratégie, un site qui est appelé à prendre de l'importance au sein du groupe, au cours des prochaines années : celui de l'Isle-d'Abeau, situé dans le Nord-Isère, où la technologie du 48 Volts vient de connaître un nouveau tournant, à la fois sur le terrain de ses effectifs, mais également de sa R&D.

Jusqu'ici en pleine mutation industrielle, cette usine, qui emploie 440 salariés, servait à produire à l'origine des démarreurs électriques. Elle se transforme progressivement, depuis un an et demi, en un centre d'expertise de 48 Volts, la technologie phare du groupe.

« Les applications de courant à basse tension sont l'un de fers de lance des applications à venir du secteur automobile, c'est pourquoi le site de L'Isle-d'Abeau est passé au 48 Volts, avec la création d'une ligne de production de moteurs, en cours de réalisation (montant : NC). Cela nous permettra de partager nos savoir-faire directement sur place, entre les équipes d'ingénierie et de production », explique le directeur des nouvelles mobilités.

C'est donc en Auvergne Rhône-Alpes que le groupe Valeo a choisi d'avancer ses pions, en y regroupant son équipe d'ingeniering dédiée aux nouvelles mobilités.

Au total, une trentaine de personnes travaillent actuellement sur place sur le sujet, « avec à la fois, des profils orientés business développement, R&D mais aussi prototypage, afin de nous aider à faire croître cette filière », confirme Jérôme Mortal, à la tête de cette équipe.

De quoi booster également les recrutements, puisque cette équipe se prépare à croître, pour atteindre « une centaine de collaborateurs au cours des 18 prochains mois ».

« Nous avons vocation à agir comme une 'business unit' dédiée aux nouvelles mobilités, avec une équipe qui sera chargée de conduire la relation client du début à la fin, en réalisant ses propres études de marché, le suivi de la relation commerciale, la R&D, mais aussi des études d'industrialisation ou encore de l'outil manufacturier, déjà basé à l'Isle-d'Abeau », confirme-t-il.

Un changement d'échelle assumée, qui se justifierait, selon lui, avant tout par la nature marché adressé. « Les fabricants de vélos avec lesquels nous préparons à traiter sont de taille modeste et s'attendent à pouvoir dialoguer avec des équipes à taille humaine, dont ils comprennent la logique ».

Les startups, piliers de nouvelles collaborations

D'autant plus que sur le plan de la méthode, Valeo n'a pas développé le 48 Volts destiné aux petits mobilités seul : il avait, pour cela, fait appel à une collaboration avec une startup ligérienne, Effigear.

Car avant de plancher sur ce nouveau moteur à assistance électrique, Valeo avait d'abord reçu la demande d'un client -dont le nom ne sera pas communiqué-, qui avait fait appel à lui pour le développement d'une boite de vitesse sur-mesure.

« Cela nous a permis de nous challenger et de partir d'une feuille blanche avec le principe de l'objet idéal ». Avec très vite, une idée en entraînant une autre et surtout, un projet pour le groupe :

« Nous souhaitions arriver sur ce marché avec une technologie de rupture, et certaines innovations comme un système de boîte de vitesse complètement intégré sont apparues comme une force, de même que de nouvelles fonctionnalités comme la marche arrière, utile aux manœuvres délicates sur un vélo cargo », admet Jérôme Mortal.

Avec, comme « cerise sur le gâteau », le recours à un principe d'adaptabilité du système de pédalage, prenant modèle sur un algorithme, déjà utilisé dans le milieu automobile. « Il s'agissait d'offrir une fonction permettant aux vélos de prendre en compte le rythme de pédalage de son utilisateur, afin de déterminer s'il est dans une phase de recherche d'exercice, ou au contraire, sur un trajet domicile travail où il souhaite être accompagné ».

Une étude du marché aura ensuite permis à Valeo d'identifier ensuite plusieurs acteurs déjà présents sur des briques technologiques complémentaires aux siennes, dont la startup ligérienne Effigear. Spécialisée dans les boîtes de vitesse pour cycles depuis une dizaine d'années, elle se trouvait à une centaine de kilomètres seulement de l'Isle-d'Abeau, en région AuRA, de quoi faciliter les échanges et collaborations. « Nos besoins se sont croisés, puisque celle-ci recherchait depuis un ou deux ans un partenaire pour électrifier sa solution », glisse le directeur des nouvelles mobilités de Valeo.

Le partenariat aura finalement débouché sur six mois de développements en commun, et le dépôt de plusieurs brevets conjoints en vue de sécuriser des débouchés qui se veulent désormais à long terme, « probablement sur les vingt prochaines années ».
« Nous nous sommes répartis les choses simplement, à savoir que les boîtes de vitesse et pièces industrielles sont produites par Valeo, tandis que Effigear a apporté son expertise sur le mécanisme de commande des boîtes de vitesse, qui est le centre de leur savoir-faire », atteste-il.

L'équipementier automobile s'est quant à lui appuyé particulièrement sur ses propres brevets acquis dans le domaine du pilotage et du contrôle moteurs, mais également des automatismes.

Un projet d'usine en France

Si le groupe Valeo demeure très discret sur les coûts de déploiement de cette nouvelle technologie de rupture, Jérôme Mortal note qu'à ce stade, « seules 5% des dépenses finales inhérentes à ce projet ont été engagées, puisque nous sommes encore dans une phase d'évaluation et de business développement. Ce n'est que dans les mois à venir que nous pourrons adresser le plus gros sujet en matière d'investissements, qui demeure le processus d'industrialisation aux côtés de nos futurs clients ».

Et sur point, Valeo a déjà sa petite idée puisqu'en souhaitant conserver le contrôle de la fabrication en interne, il sait qu'il devra probablement bâtir un nouveau site de production destiné à ces nouvelles mobilités, ses outils de production situé en Chine et en Pologne étant déjà proches de la saturation en matière de volumes.

Et cette fois-ci, le groupe pourrait bien choisir de s'installer en France. « Nos principaux clients seront des fabricants de vélos ou de petites mobilités qui ont souvent des demandes relativement précises et souhaitent disposer d'une usine assez proche », confie Jérôme Mortal.

C'est pourquoi Valeo pourrait bien choisir d'implanter ce futur site au sein de l'Hexagone. Avec à la clé, une enveloppe encore non communiquée, mais qui se chiffrerait « en millions » en vue de déployer une nouvelle chaine de production destinée à ces nouvelles motorisations.

« Il y a donc de fortes chances qu'un site de petites séries démarre en France au cours des 12 à 18 prochains mois, d'autant plus que suite à la crise actuelle, il existe un message fort de la part de tous nos clients, qui souhaitent aujourd'hui relocaliser leur production et fabriquer à proximité», confirme le directeur des nouvelles mobilités.

En attendant, les deux partenaires n'ont désormais plus qu'un objectif : poursuivre les discussions avec les clients potentiels de cette nouvelle technologie, pour aboutir au lancement de premières préséries d'ici fin 2021.

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