Nutrisens, Smartway, Luko... Les petits et grands paris du family office Evolem

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Après avoir annoncé cette semaine sa participation à un nouveau tour de table au sein de la marque lyonnaise les Opticiens Mobiles, Nicolas Rousset prépare, courant avril, la cession des parts de Nutrisens au fonds parisien Sagard, après une entrée en 2007.
Après avoir annoncé cette semaine sa participation à un nouveau tour de table au sein de la marque lyonnaise les Opticiens Mobiles, Nicolas Rousset prépare, courant avril, la cession des parts de Nutrisens au fonds parisien Sagard, après une entrée en 2007. (Crédits : DR/Eric Soudan)
Créé en 1996 par l’ancien patron du groupe d’assurance courtage April, Bruno Rousset, le family office lyonnais a poursuivi sa transformation en 2020 : après être sorti d’une position majoritaire du groupe April, il officialisera ce mois-ci la cession de la société rhodanienne Nutrisens, passée du stade de PME à celui d’ETI. Une occasion, pour son nouveau président, Nicolas Rousset, de dévoiler son plan de match sur les 10 années à venir.

Fondé à l'origine pour héberger la participation majoritaire de la famille Rousset au sein du groupe April avant son entrée en bourse en 1997, Evolem se détache progressivement de son histoire, pour ouvrir encore plus largement ses ailes.

Alors que son fondateur Bruno Rousset, a passé la main à l'un de ses fils Nicolas Rousset courant 2020, la structure familiale avait déjà fait le choix de revendre la majorité de ses parts du groupe April en 2019, au fonds Luxembourgeois CVC Capital Partners.

Et cette année, Evolem entame aussi une autre transition emblématique : celle de la cession de ses participations, majoritaires elles aussi, au sein du spécialiste de la nutrition santé Nutrisens.

Basé à Francheville, au sud ouest de Lyon, cet acteur rhodanien réalisait alors 7 millions d'euros de chiffre d'affaires lors de l'entrée du family office à son capital, il y a 14 ans. « Il s'agissait à l'époque d'un sujet de transmission, puisque l'entreprise était détenue par deux frères qui avait prévu de partir à la retraite. Nous avons pris une position majoritaire et sommes restés actionnaires afin de recruter avec eux leur successeur et d'assurer une transmission. Le tout, en poussant avec eux la croissance organique et externe de l'entreprise, avec près de neuf acquisitions réalisées au total », explique Nicolas Rousset.

Désormais, Nutrisens pèse près de 100 millions d'euros de chiffre d'affaires (87 millions en 2020, ndlr), et a bénéficié de l'expertise du family office pour structurer ses fonctions support, sa direction commerciale, sa direction financière, son département export, ainsi que son actuel pdg, Georges Devesa.

« Nous avons créé un groupe intégré à partir d'une PME, qui réalise désormais 40 % de son chiffre d'affaires à l'international, avec près de 500 salariés », traduit Nicolas Rousset.

Une ambition : accompagner jusqu'au stade d'ETI

Si le closing avec le fonds parisien Sagard, candidat au rachat de Nutrisens, n'a pas encore officiellement eu lieu, il serait désormais imminent et même programmé pour la fin avril, sous réserve de l'obtention du feu vert de la part des autorités de la concurrence européennes. Cette opération devrait par ailleurs donner lieu à un réinvestissement du management en place au sein de l'entreprise.

Mais ces mouvements résonnent aussi comme un nouveau départ pour Evolem : car à la suite à la revente des parts d'April en 2019, le lyonnais dispose désormais de 850 millions d'euros d'actifs.

Pour autant, l'investisseur ne souhaite pas doubler la taille de ses tickets à l'avenir, mais plutôt se laisser « un peu d'air » pour passer d'un montant moyen de 20 millions à 35 millions d'euros, lorsque cela lui semblera nécessaire.

« Notre cible reste de trouver des PME qui font 10 à 30 millions d'euros de chiffre d'affaires et de les aider à atteindre une taille de 100 à 200 millions en poussant les leviers de croissance organique, externe, du développement en France et à l'international », précise Nicolas Rousset. Et d'ajouter : « C'est déjà ce que nous avions fait avec Nutrisens, mais aussi Acoem (qui développe des solutions et outils de surveillance dans les domaines de la qualité de l'air) et Insigh (agence d'influence), en travaillant sur des build-ups en France mais aussi en Angleterre, en Espagne, Italie, Afrique, Australie, etc ».

Près de 50 millions d'euros investis cette année

En 2020, Evolem n'aura d'ailleurs pas freiné ses investissements durant la crise sanitaire, à l'image du secteur de l'investissement français, qui a tenu la corde et aurait, selon les données de France Invest, investi près de 18 milliards d'euros dans le tissu hexagonal.

Pour sa part, la structure d'investissement lyonnaise aura elle aussi continué d'investir près de 50 millions d'euros au cours des douze derniers mois, à raison de 45 millions d'euros sur la partie PME et de 5 millions d'euros à destination des startups.

Fondée il y a quatre ans, sa branche destinée aux jeunes pousses (Evolem Start), lui aura même permis d'accompagner au total 20 startups (et leurs 637 salariés), dont 5 nouvelles en 2020 (Live Journey, Reecall, comptoir de Campagne, Virgil et Smile&Pay) ainsi que deux réinvestissements (Luko et Les Opticiens Mobiles).

Lire aussi : Les Opticiens mobiles : ce Lyonnais qui lève 7,5 millions pour démocratiser la « santé visuelle »

Début 2021, Evolem a notamment participé, aux côtés des fonds Holnest, Idia Capital Investissement et Unexo (groupe Crédit Agricole), à la première levée de 10 millions d'euros menée par la pépite nantaise Smartway, qui a développé une solution logicielle visant à limiter le gaspillage alimentaire dans la grande distribution. Avec des visées européennes, puisqu'elle espère équiper, d'ici 2025, 4.000 points de ventes en Europe (France, Espagne, Portugal, Belgique, Italie, etc).

Sur le terrain des PME, Evolem possède à ce jour 15 participations (dont 13 majoritaires), marquées par deux nouvelles entrées au portefeuille enregistrées en 2020, que sont la société horticole spécialisée dans l'hybridation de cyclamens Morel (Var) et le spécialiste de l'aménagement paysager, Cap Vert (Ile-de-France).

« Nous avons également réalisé en 2020 quatre croissances externes faites par des plateformes dans lesquelles nous étions déjà actionnaires : l'éditeur du logiciel Gamma Software (pour Imagine Human), le spécialiste de la nutrition enrichie Ipco (Pour Nutrisens), l'agence de relations presse BMRP (pour Insign) et le paysagiste bordelais Lefebvre Paysage (pour Cap Vert) », précise Nicolas Rousset.

Il estime par ailleurs que son portefeuille a globalement bien résisté durant la crise sanitaire, qu'il s'agisse des PME ou des startups. « La moitié des entreprises ont démontré leur résilience et finissent même l'année avec quelques points de croissance parfois, tandis que l'autre moitié ont pu connaître des baisses, mais sans que le niveau de rentabilité ou le cash-flow n'en soit pour autant jugé mauvais ».

Un nouveau plan stratégique pour 2030

Le family office s'est déjà fixé de nouveaux objectifs sur la décennie à venir, avec un plan 2020 - 2030 qui marque notamment plusieurs ambitions : accompagner 10 nouvelles PME et 50 nouvelles startups, afin de générer au total une création de valeur à hauteur de 260 millions d'euros (soit la marge générée entre le prix d'achat et le prix de revente, ndlr). Mais aussi, assurer la création de 20 % d'emplois net supplémentaires, et faire "grandir 100 initiatives durables en faveur de l'entrepreneuriat, de l'emploi, de l'éducation et de l'environnement", à travers son volet philanthropie.

Car ce plan comprendra également un volet destiné aux actions de philanthropie, doté d'un budget de 40 millions d'euros sur dix ans, assorti de la création d'un nouveau fonds de dotation en faveur de l'environnement (Domorrow), lancé en 2020.

Cette somme permettra ainsi à Evolem d'investir au sein de ses deux fonds de dotation, que sont donc ce nouveau fonds Domorrow dédié à l'environnement et aux technologies, ainsi que le fonds Evolem citoyen (créé en 2013) en vue de financer des initiatives d'insertion en faveur des jeunes.

« Nous aurons également du mécénat d'entreprise à travers trois axes, que sont l'entrepreneuriat, la culture, ainsi que la lutte contre la précarité », précise Ségolène De Montgolfier, nommée début janvier au poste de directrice RSE afin de formaliser ces engagements.

Celle-ci précisait d'ailleurs qu'une enveloppe de 2 millions d'euros a d'ores et déjà engagée, contre 783.000 euros l'année précédente. « Nous sommes clairement dans une phase d'accélération, notamment avec le fonds Domorrow qui, tout juste créé, accompagne déjà six projets », souligne-t-elle.

Du côté de la cession d'actifs, Evolem confirme qu'après celle de Nutrisens, aucune opération n'est envisagée à court terme. Du moins, « pas avant 2022 ».

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