Monnaie locale : la Gonette gagne du terrain au sein de la Métropole de Lyon

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La valeur d'une Gonette équivaut à un euro, pour un peu plus de 250.000 Gonettes sont en circulation actuellement.
La valeur d'une Gonette équivaut à un euro, pour un peu plus de 250.000 Gonettes sont en circulation actuellement. (Crédits : DR/BloginLyon)
La Gonette, bientôt un nouveau symbole pour la région lyonnaise ? Mise en circulation en 2015 à Lyon, cette monnaie locale s'accélère et compte désormais près de 1.300 utilisateurs et 320 partenaires dont des collectivités, mais aussi des acteurs privés. Le Grand Lyon vient même de proposer de payer ses conseillers qui le souhaitent d'être rémunérés à l'aide de cette nouvelle monnaie locale.

Ce lundi, la commission permanente de la Métropole de Lyon a pris une mesure symbolique : les élus métropolitains qui le souhaitent pourront ainsi recevoir tout ou une partie de leur salaire en Gonette, monnaie locale de la région lyonnaise, et régler leurs achats locaux avec cette monnaie locale.

Fin mars, la municipalité de Villeurbanne avait elle aussi décidé d'adhérer à la Gonette. Mi-mars, c'était au tour de Veolia-Eau du Grand-Lyon, délégataire de service publique de production et distribution de l'eau potable, qui avait accepté au sein de son réseau la Gonette, à l'issue d'un débat en interne.

Preuve en est que dans la région lyonnaise, de plus en plus d'institutions s'intéressent à cette monnaie locale et veulent y contribuer. Pourquoi ? "Les monnaies locales sont un outil d'échange pour garder la richesse sur le territoire local", résume Charlotte Bazire, responsable de la communication à la Gonette.

"La Gonette ne pouvant être ni épargnée, ni spéculée, elle encourage l'économie réelle, celle du quotidien. En soutenant le développement de cette monnaie, on encourage les échanges qui donnent du sens à l'économie", commentait Émeline Baume, vice-présidente de la Métropole de Lyon déléguée à l'économie.

Mise en circulation en 2015, la Gonette fait partie des monnaies locales complémentaires (MLC) qui se développent un peu partout à travers l'Hexagone. On en dénombrerait aujourd'hui 82 en France, qui constituerait le pays européen le plus avancé en la matière, avec près de 40.000 particuliers utilisateurs, 10.000 entreprises ou associations, et 13.000 communes.

Actuellement, cette monnaie locale lyonnaise compte elle-même près de 1.300 utilisateurs et quelques 320 partenaires qui travaillent dans seize secteurs d'activités (spectacle, restauration, services, commerce, etc).

La valeur d'une Gonette équivaut à un euro et un peu plus de 250.000 Gonettes sont actuellement en circulation. Tous les euros échangés sont placés dans un fonds de garantie, qui est géré par deux banques : la Nef et le Crédit Coopératif.

Géographiquement, la Gonette est surtout présente dans la métropole, un peu dans le Rhône, le sud de l'Ain et le nord de l'Isère. "C'est en développement à Villefranche-sur-Saône et Belleville-en-Beaujolais", annonce Charlotte Bazire.

Élargir le réseau pour diversifier les usages

Plutôt utilisée dans les commerces de proximité, la Gonette compte tout de même dans ses rangs des agences immobilières, une crèche, des médias locaux, un espace de coworking, un fournisseur d'énergie verte, une entreprise de services numériques et un comptable, etc.

"Pour ceux qui pensent que c'est compliquée à intégrer dans sa vie professionnelle, nous avons justement des comptables dans le réseau, souligne Charlotte Bazire. Chaque entreprise gère sa façon d'opérer avec la Gonette."

Pour les partenaires, l'enjeu est de pouvoir réutiliser cette monnaie ailleurs afin de la faire circuler et de ne pas la rechanger en euros une fois reçue.

D'où l'intérêt d'avoir un réseau solide implanté dans diverses filières. Certains choisissent ainsi de payer d'autres fournisseurs de biens et de services en Gonette, ou alors d'en redistribuer une partie dans les salaires de leurs employés.

Ainsi, intégrer des collectivités dans le réseau permet de l'élargir considérablement et de donner une crédibilité à la monnaie locale.

"Se rapprocher des collectivités fait partie du bon développement des monnaies locales. Être soutenue par une municipalité permet de donner confiance en la monnaie locale, de montrer que c'est un projet sérieux et pas seulement militant", développe Charlotte Bazire.

Julien Ravello, conseiller municipal délégué aux circuits courts et à l'économie sociale et solidaire à Villeurbanne, a été choisi pour être le représentant du conseil municipal au sein des instances de gouvernance de l'association. Il réaffirme le soutien de la ville à travers cette adhésion : "L'objectif est de soutenir le commerce local par l'intermédiaire de la Gonette. [...] La ville soutient la monnaie locale pour la promouvoir et faire effet boule de neige."

A Villeurbanne, ce sont ainsi une trentaine de commerces qui utilisent déjà cette monnaie locale. Un travail est également en cours auprès d'autres communes métropolitaines et arrondissements pour rejoindre le réseau. "Le but, c'est d'intégrer le plus de collectivités possibles", explique Charlotte Bazire.

L'adhésion de plusieurs communes constituerait en effet une avancée non négligeable dans la circulation de la monnaie locale. Par exemple, avec les marchés : "Si l'on veut intégrer de plus en plus de producteurs dans le réseau, et qu'ils sont payés en Gonette par les consommateurs, on peut imagine qu'ils puissent ensuite payer leurs emplacements de marché aux municipalités avec cette monnaie."

Un cap "technique" à passer

Selon une étude du mouvement SOL, qui développe les monnaies locales en France, les premiers résultats d'une enquête sur leur impact social estimaient que "le versement d'un revenu initial de 1.000 euros en monnaie locale engendrera 2.000 euros de revenus pour le territoire, là où un revenu initial de 1.000 euros versé en monnaie conventionnelle ne générera localement que 1.300 euros à 1.600 euros".

Dans cette enquête, 70 % des professionnels déclarent ne jamais reconvertir en euros la monnaie locale.

La Métropole de Lyon compte donc implanter elle-même la Gonette dans son fonctionnement, en donnant la possibilité à ses conseillers d'être rémunérés avec cette monnaie. L'engagement auprès de la Gonette passe aussi par un soutien affiché et une cotisation de 12.000 euros, selon Le Progrès. Il n'est pas (encore) évoqué d'autres utilisations.

De son côté, Villeurbanne se positionne pour l'instant surtout comme promoteur de la monnaie locale. La Ville s'est acquittée d'un cotisation de 7.500 euros pour adhérer, mais un engagement financier plus poussé semble compliqué.

"On pourra peut-être aller plus loin, comme par exemple accepter la Gonette dans les services municipaux (bibliothèque, piscine...) mais ça nécessite un travail au niveau technique. Ce n'est pas encore acté, mais nous y réfléchissons", explique Julien Ravello.

A voir comment la Ville pourrait aussi l'intégrer dans son budget, et éventuellement rémunérer des élus et agents municipaux volontaires par ce nouveau moyen. "Techniquement, ce n'est pas évident", admet le conseiller municipal.

Ainsi pour les grosses structures, l'engagement semble plus complexe.

Veolia- Eau du Grand Lyon a par exemple été accepté au sein du réseau Gonette, après un passage devant le conseil des collèges représentatifs des diverses entités composant le réseau (salariés, entreprises, particuliers, collectivités...).

La structure a été acceptée, mais l'agrément ne concerne que la partie Eau du Grand-Lyon et il ne sera valide que jusqu'à la fin de délégation de service public et distribution d'eau potable à Lyon, soit d'ici fin 2022. Ensuite, ce service repassera en régie métropolitaine.

Initialement, les salariés qui ont porté le projet d'intégrer la Gonette à Veolia imaginaient qu'une partie des clients puissent ensuite payer leurs factures avec cette monnaie.

"Cette idée a été mise de côté, suite au passage en régie de l'eau. Il est en effet trop compliqué de mettre en place pour une durée de deux ans", annonce Guillaume Arama, directeur marketing Veolia Centre Est, l'un des initiateurs du projet au sein de l'entreprise.

Aujourd'hui, il est plutôt envisagé d'utiliser la Gonette pour payer une partie des salaires de salariés volontaires ou des prestataires extérieurs, membres du réseau. "Encaisser et décaisser autre chose que des euros, ce n'est pas si facile", explique Guillaume Arama. "Les services financiers grincent des dents", ajoute-t'il.

La Gonette existe à la fois en version numérique et en version papier, avec des billets de 1, 2, 5, 10, 20 et 49 euros. La version numérique permet de faire des virements, l'usage des centimes et de plus grosses sommes. Mais les transactions passent par une application propre, pas directement par un compte bancaire.

Une logistique comptable reste donc à ce jour à prendre en compte. Au sein de Veolia, le projet porté par une poignée de personnes n'aurait cependant pas encore convaincu massivement : "On a des retours très positifs, mais aussi des gens qui nous demandent : mais qu'est-ce que vous aller faire dans cette galère ? C'est entre le cynisme et l'enthousiasme", détaille le directeur marketing.

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Commentaires
a écrit le 28/04/2021 à 10:52 :
Il n'y a pas si longtemps, nous avions une monnaie locale que l'on appelait le "Franc"... qu'est elle devenue?
a écrit le 28/04/2021 à 4:51 :
En marche vers le passe ...
La France crée des monnaies papier locales alors que la disparition de l'argent physique s’accélère partout dans la monde.
Venez faire un tour en Asie et vous découvrirez ce que cela signifie.
Evidemment c'est la fin du travail au noir et des petites combines et c'est la possibilité pour des regimes autoritaires de vous fliquer, mais c'est tellement plus pratique d'utiliser son smartphone au lieu de cash ou de carte bancaire.
a écrit le 27/04/2021 à 18:41 :
je pense qu'il est illegal de payer ses collaborateurs, fussent ils fonctionnaires et/ou elus en papier cul ou tout autre moyen ( monnaie locale bitcoin plumes de perroquets ou haricots rouges)
bon la france est vraiment en train de toucher le fonds avec ses maires deconnectes de la vraie vie, et elus car macron a empeche les vieux de voter l'an dernier en maintenant une election en pleine epidemie
Réponse de le 28/04/2021 à 13:34 :
Les vieux n'y sont pas allé, mais avaient le droit, la dernière fois qu'ils se sont déplacés c'était pour veauter Macron, ne changeons rien.
a écrit le 27/04/2021 à 15:18 :
La monnaire locale: Possédant bien plus de crédibilité réelle que le bitcoin et étant bien moins endettée que l'Euro est des trois celle qui vaut le plus et de loin. De toutes façons vu la faiblesse désatreuse du consortium européen et l'incroyable fragilité du bitcoin les monnaies locales seront les seules à pouvoir rivaliser avec le dollar que l'incroyable déficience mentale de nos dirigeants européens imposera par défaut. Parler monnaie locale c'est bien plus visionnaire que de parler de la disparition de l'argent liquide et autres désirs pervers de notre oligarchie financière. Vous êtes en plein dans l'ère du temps voir même avant gardiste là, bravo.
Réponse de le 28/04/2021 à 4:22 :
La gonade est adossee a l'euro. Plus d'euro et vous vous retrouvez avec du papier.
Réponse de le 28/04/2021 à 9:28 :
Oui j'ai vu ça mais s'ils veulent que leur monnaie se dévelloppe il faut quand même rassurer les gens surtout s'ils pensent payer des salariés avec, dans la tête des gens figure toujours cette peur de la "monnaie de singes". Déjà s'installer à côté d'une monnaie moribonde peut permettre une transition saine avec une monnaie reposant sur du réel. Les gens sont vachement conditionnés il vaut mieux s'y adapter que de leur demander un effort qu'ils ne peuvent fournir.

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