Crédit du Nord - Société Générale : l’alerte des syndicats résonne jusqu’en AuRA

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Rien qu'en Auvergne Rhône-Alpes, le nouveau groupe ainsi créé atteindrait près de 331 agences et 3.235 salariés au total, en absorbant les réseaux des Banques Rhône-Alpes, Laydernier et Nuger aux côtés de la Société Générale.
Rien qu'en Auvergne Rhône-Alpes, le nouveau groupe ainsi créé atteindrait près de 331 agences et 3.235 salariés au total, en absorbant les réseaux des Banques Rhône-Alpes, Laydernier et Nuger aux côtés de la Société Générale. (Crédits : © 2009 Thomson Reuters)
DECRYPTAGE. Malgré la remise d’un rapport d’expertise de 1.600 pages, ainsi qu’un vote défavorable et unanime des organisations syndicales, le projet de fusion Crédit du Nord - Société Générale poursuit sa course. En Auvergne Rhône-Alpes, région qui héberge 3 des 9 filiales du Crédit du Nord et près de 880 salariés, l’inquiétude grandit au sein des rangs des syndicats, notamment CFDT. Ils demandent l'étude d'un scénario alternatif, sur la base du rapport d'expertise et envisageant d'alerter les politiques locaux.

Epais de 1.600 pages, le rapport commandé et remis récemment par le cabinet d'expertise Secafi, alerte sur l'existence de plusieurs risques inhérents au projet de fusion des deux réseaux Crédit du Nord - Société Générale.

Ce projet, annoncé à l'automne dernier, visait ainsi à rapprocher les deux réseaux, en passant de 2.100 agences au niveau national à environ 1.500 d'ici fin 2025, pour une réduction nette de la base des coûts attendue « de plus de 350 millions d'euros » en 2024, et « 450 millions par an dès 2025 », moyennant des coûts de restructuration compris « entre 700 et 800 millions ».

Lire aussi : Le rapport explosif sur la fusion Société Générale-Crédit du Nord

Avec un effectif global qui regrouperait les 20.000 salariés du périmètre BDDF (réseaux et siège) de « la Générale », et les 7.800 collaborateurs du Crédit du Nord et ses filiales sous un dénominateur commun.

Rien qu'en Auvergne Rhône-Alpes, le nouveau groupe ainsi créé atteindrait près de 331 agences et 3.235 salariés, en absorbant les réseaux des Banques Rhône-Alpes (présente sur neuf départements : Ain, Ardèche, Côte d'Or, Doubs, Drôme, Isère, Loire, Rhône et Saône-et-Loire), Banque Laydernier (Savoie, Haute-Savoie, l'Ain, Isère, Pays de Gex) et Banque Nuger (Puy-de-Dôme, Allier, Haute-Loire, Cher, Cantal et la Nièvre).

« Ce rapport qui a été réalisé par un cabinet d'expertise indépendant représente un véritable coup de massue. Nous sommes dans un cercle vicieux où depuis 10 ans, à chaque fois que le PNB baisse, la réponse est uniquement de supprimer des agences et de centraliser », regrette Joséphine Laforêt, déléguée CFDT de la Banque Laydernier.

Si officiellement, le projet de l'enseigne au logo noir et rouge ne communique pas le nombre de postes touchés, leur nature ou encore le maillage d'agences envisagé, le rapport Secafi en a traduit les conséquences en matière sociale, et envisage qu'il pourrait conduire à la suppression de 5.000 à 6.000 emplois à terme. « Ces variables ont été évaluées et confirmées par le rapport d'expertise, en partant de l'objectif et des ambitions du projet, qui annonce 450 millions d'euros d'économies et 30% d'agences en moins », glisse Joséphine Laforêt.

« Nous allons au-devant d'une grande perte »

« Nous avons peur de servir de 'patch' aux difficultés de la Société Générale », exprime Ysabel Guadamuro, déléguée CFDT Banque-Rhône-Alpes.

« Dans ce deal, nous allons leur ramener nos propres clients. Mais si nous conservons les méthodes de la Générale ainsi que leur mode d'organisation, nous allons au-devant d'une grande perte de valeur ajoutée, qui se traduira par une perte de clients beaucoup plus importante que le taux d'attrition, actuellement chiffré à 2% », estime-t-elle.

C'est désormais munis de ce document que les délégués syndicaux s'apprêtent à entamer une nouvelle salve de négociations salariales, qui doivent débuter en juin prochain concernant l'harmonisation des statuts à l'échelle du groupe.

« Ce rapport conforte malheureusement nos craintes, à savoir que le projet de fusion n'est motivé que par une question de réduction des coûts. Il peut s'agir d'un objectif, mais l'on ne peut pas occulter la définition d'un projet à moyen terme. Que deviennent nos clients dans cette histoire ? », fait valoir Ysabel Guadamuro.

Les représentants syndicaux dénoncent en premier lieu un projet mené au pas de course, pour lequel un an après son annonce à l'automne dernier, aucune donnée précise concernant le maillage d'agences ni le nombre de salariés conservés n'aurait été communiqué par la direction du groupe. « Tant que l'on ne nous donne pas une cartographie des sièges régionaux, on ne nous livre pas grand-chose », reconnaît Joséphine Laforêt.

« En tant qu'établissement bancaire, ce sont pourtant les éléments de base que nous demanderions nous-même à n'importe quel client qui envisagerait d'entreprendre une fusion », regrette Ysabel Guadamuro.

« On a demandé aux élus de lire rapidement un rapport de 1.600 pages, en vue de poser des questions puis de donner un avis en CSE extraordinaire... Nous n'avions jamais vu cela », complète Christine Aspert, déléguée CFDT de la banque Nugier.

Des risques pointés par le rapport

Alors que ce document alerte sur un certain nombre de risques sociaux, économiques mais également techniques et stratégiques, les représentants des salariés estiment que leur direction n'a apporté aucune réponse précise. « Lorsque l'on pose des questions concernant les dépassements de délais qui pourraient survenir, ou les problèmes techniques, on nous dit : tout est sous contrôle. Or, j'ai vécu moi-même la fusion des Crédit agricole par le passé, et l'on sait très bien qu'il y a toujours des ajustements techniques et des problématiques à envisager », juge Joséphine Laforêt.

La question de la transition informatique, qui doit se traduire par une bascule de l'ensemble des services d'information sur un seul et même réseau, Yoga, est perçu comme un facteur de risque central - qui réunirait à lui seul près de 40% des coûts estimés de cette fusion-.

« La Secafi a alerté la Société Générale du risque important que représente l'informatique, dont un réseau bancaire comme le nôtre est extrêmement dépendant », illustre Ysabel Guadamuro. Car en plus du choc culturel que représente cette opération, les syndicats alertent sur le fait qu'aucune expérience de taille limitée ne soit envisagée avant le grand « big bang ».

Lire aussi : Société Générale entame un chantier historique de réorganisation de ses réseaux bancaires (2/3)

« En moins de deux ans, la direction veut mettre en place un nouveau système d'information, absorber toutes les fonctions, réorganiser les deux réseaux, supprimer des agences, former le personnel à des nouveaux métiers que l'on ne connaît pas... On veut aller beaucoup trop vite », avance Joséphine Laforêt.

Un avis négatif unanime, mais à valeur "consultative"

Après un vote unanime et négatif des syndicats au projet de fusion tel qu'avancé, une motion a d'ailleurs été déposée par l'ensemble des représentants syndicaux au cours du même CSE. Ils demandent à leur direction d'étudier la possibilité un scénario alternatif, en s'appuyant sur les conclusions du rapport Secafi :

« Cette expertise explique qu'en France, le modèle de réseau qui fonctionne ressemble à celui appliqué par le Crédit Mutuel et le CIC : à savoir un système d'information qui est unique mais multimarques, et qui mutualise ce qui peut l'être, tout en capitalisant sur la valeur ajoutée de chaque réseau », illustre Joséphine Laforêt.

Une option qui coûterait, selon ce rapport, 100 millions de plus sur les 800 millions d'euros prévus par la Société Générale pour mener à bien ce plan, ainsi qu'un délai supplémentaire. « Mais cela offrirait de réelles perspectives au nouveau réseau », estiment les syndicats. « Or, les discussions en CSE à ce sujet n'ont pas abouti », regrette à son tour Christine Aspert, déléguée CFDT de la banque Nugier. Les représentants CFDT ont d'ailleurs été rejoints, dans cette demande, par leurs homologues du SNB.

Mais malgré ces alertes, les syndicats sont conscients que la remise de ce rapport signe avant tout la clôture d'une nouvelle étape légale, permettant au projet de se poursuivre. Car l'avis du CSE n'est que consultatif.

« La fusion juridique pourrait commencer dès le deuxième semestre 2022, ce qui représente à la fois une date lointaine, mais également suffisamment proche compte-tenu du choc culturel et des changements organisationnels nécessaires », ajoute Ysabel Guadamuro.

L'incertitude concernant le contour des 10 à 12 régions annoncées

Un nouveau volet du projet de fusion, social cette fois, est en effet prévu à l'agenda à compter du dernier trimestre 2021 : c'est seulement à ce moment que la Générale devrait communiquer sur le sort des collaborateurs qui resteront en poste, ainsi que sur le maillage d'agences retenu, les réaffectations et nouveaux métiers envisagés.

La question de la répartition territoriale inquiète toujours les représentants du personnel :

« On nous a annoncé la création de 10 à 12 régions, mais il est très difficile de savoir quel sera l'impact de ce projet, tant que l'on ne sait pas ce qu'englobent précisément ces régions, comment elles sont découpées », juge Christine Aspert.

« Nous ne savons pas ce qu'il va advenir des sièges régionaux qui étaient auparavant situés en dehors des grandes métropoles, comme à Annecy par exemple, et de leurs back-offices », complète Ysabel Guadamuro.

C'est effectivement à Annecy (Haute-Savoie) que l'inquiétude est la plus vive, puisque le siège régional, qui héberge encore des fonctions supports, réunit près de 100 des 300 collaborateurs de la Banque Laydernier (130 ans d'existence).

« La Société Générale ne communique aucune information sur la localisation des futurs sièges régionaux. Dans un modèle qui sera d'industrialiser certains services comme le support crédit sur de grandes plateformes situées à Lyon ou Lille, nos équipes risquent de se retrouver en concurrence avec celles de la BRA et de la SG à Lyon, voire à Grenoble. Or, près de la moitié des effectifs de notre siège sont composés de salariés âgés de plus de 50 ans », reprend Joséphine Laforêt.

Du côté de la Banque Nuger, l'inquiétude est également palpable : « ce rapport a permis de certifier que 89 % de nos agences se situent à moins d'un kilomètre de celles de la Société générale », illustre Christine Aspert.

Car sur les 140 salariés actuellement en poste au sein de la banque Nuger, une dizaine de personnes sont employées dans les services administratifs, mais d'autres fonctions supports, comme la logistique ou certains services à la clientèle, pourraient être elles aussi menacés par ce projet. « On nous dit qu'il n'y aura pas de départ contraint, mais si l'on propose à des gens de Clermont d'aller travailler dans un autre siège régional dont on ne connaît toujours pas la localisation, cela reviendra au même... »

Pour la Banque Rhône-Alpes par exemple, Ysabel Guadamuro affirme par exemple qu'un rapprochement vers la région Bourgogne Franche-Comté, ou bien vers les territoires de la banque Nuger pourraient être envisagés, mais sans certitude à ce jour. « Mais nous ne le saurons pas avant, au minimum, septembre prochain ».

Une harmonisation des statuts, avant le maillage

D'ici juin, un comité de concertation réunissant les organisations syndicales représentatives devra cependant statuer sur l'harmonisation des statuts des deux réseaux.

« Nous allons devoir simplifier nos statuts de filiales, hérités d'une centaine d'années de dialogue social et qui emploient près de 27.000 personnes, en seulement trois mois », regrette Ysabel Guadamuro.

« Comment peut-on engager les discussions et négocier correctement la convergence des statuts, alors que l'on nous annoncera des précisions sur la partie des emplois concernés qu'à compter du dernier trimestre 2021 ? », se questionne Joséphine Laforêt.

A la Banque Laydernier, les syndicats envisagent de faire appel aux politiques, et notamment à la députée LaRem de la deuxième circonscription de Haute-Savoie, Frédérique Lardet, ainsi qu'aux candidats à la présidence de la Région AuRA. Même si pour l'heure, aucun élu ne s'est publiquement exprimé sur le sujet.

« Il serait bien que les politiques s'intéressent à nous, car nous sommes de petites entreprises locales, qui sommes restées ouvertes durant toute la durée de la crise sanitaire, glisse un représentant syndical. Il ne faut pas nous confondre avec les financiers ou les traders, nous sommes avant tout des salariés... » Contactée, la Société Générale n'a pour l'heure, pas fait connaître sa position sur le rapport présenté à la mi-avril.

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Commentaires
a écrit le 28/04/2021 à 17:21 :
@auvergnerhalpes
@laurentwauquiez
a écrit le 28/04/2021 à 16:00 :
6000 départs naturels d’ici 2024 Plus quelques centaines en 2025. C’est quasiment l’équivalent de la totalité du CDN qui aura disparu en 4 ans. Avec un coût de 750 m€ la SG achète un groupe qui génère un PNB de 1 Mrds d’€. C’est le jackpot sans trop se fouler. Gardez vos titres SG les actionnaires seront satisfaits en 2025.
a écrit le 28/04/2021 à 10:02 :
gestion de coûts, kost killing, pour un service qui sera bien plus mer....

tout cela se fera sur l'humain, et sans aucun doute qu'ils attendrons que cela se tasse pour faire un plan social.

Ou sinon, comme a france télécom, cela dépend, le cynisme n'est t'il pas l'apanage de ce fonctionnement?

Et le plus marrant est que l’Europe refinance les banques a coup de taux négatif, et ils ne parviennent pas a fonctionner, si ce n'est pour s'absorber.

Ce qui serait intéressant, est de savoir qui a intérêt, pour savoir pourquoi.

Après l'idée est a mon avis d'absorber les clients, portefeuilles et autres pour valorisation boursière, puis la réduction des dabs, des services aux clients, bref tout un programme.

Et avec un peu chance, ils aurons droits aux crédits d'impôts compétitivité, et feront un "plan de sauvegarde de l'emploi", pour licencier des gens,.....

C'est tellement cynique, que nous aurons sans doute une terre brûlée après macron, un pays qui se sera débarrassé de tout ses capitaux, (non, enfin comme les hauts fonctionnaires sont ceux qui ont les clefs) l'état aura donc fonctionné dans leurs intérêts.....

C'est pas beau le business stato financier?

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