Défaillances : « Les chiffres sont en train d'augmenter de façon très significative » (Tribunal de commerce de Lyon, Thierry Gardon)

Le nombre de défaillances d'entreprises augmente, mais c'est un effet attendu de la crise sanitaire, selon Thierry Gardon, président du Tribunal de commerce de Lyon. Car après la période des aides Covid, la plupart des entreprises déjà en difficulté avant la pandémie se retrouvent désormais face au remboursement des PGE. En Auvergne Rhône-Alpes, tous les secteurs sont concernés, et en premier lieu l'hôtellerie-restauration et l'aéronautique. Un cocktail explosif auquel s'ajoute des difficultés additionnelles liées à l'inflation, aux tensions sur la scène du recrutement et à la hausse des coûts de matières premières et de l'énergie.
Les dossiers que l'on voit au tribunal, ce ne sont pas encore des dossiers qui ont été impactés par l'énergie. Ce sont plutôt ceux qui découlent de difficultés plus anciennes. Il faut voir comment tout cela va se stabiliser, mais nous sommes aujourd'hui dans l'incertitude la plus totale, estime Thierry Gardon.
"Les dossiers que l'on voit au tribunal, ce ne sont pas encore des dossiers qui ont été impactés par l'énergie. Ce sont plutôt ceux qui découlent de difficultés plus anciennes. Il faut voir comment tout cela va se stabiliser, mais nous sommes aujourd'hui dans l'incertitude la plus totale", estime Thierry Gardon. (Crédits : DR)

Selon une étude du cabinet Altares, les faillites d'entreprises pourraient bondir de 68% en 2022 et la région lyonnaise n'échappe pas à cette tendance.

"Depuis le début d'année, comparativement à 2021, sur l'amiable on a multiplié par deux le nombre de procédures. Sur le judiciaire, on est à +45% à Lyon, mais sur les sauvegardes et les redressements, on a déjà retrouvé le niveau de 2019. Ce sont les liquidations judiciaires qui sont toujours un peu en retrait par rapport à 2019", annonce Thierry Gardon, président du Tribunal de commerce de Lyon au micro de Lyon Business (BFM Lyon/ La Tribune AURA).

Des conséquences directes de la crise sanitaire

Sur 2021, si les chiffres de défaillances étaient bas, cela s'explique principalement par le fait que les entreprises avaient encore accès aux aides d'urgence de l'État liées à la crise sanitaire et au gel des procédures. En 2022, certaines avaient d'ailleurs encore des aides, même si "l'on voit bien que l'envolée s'observe depuis le mois de juin", souligne Thierry Gardon.

"Aujourd'hui, le nombre de défaillances est en train d'augmenter de façon très significative, nous sommes juste en train de traiter la crise Covid. Les entreprises qui viennent devant nous, ce sont les entreprises qui étaient en difficultés en 2019, qui ont bénéficié des aides Covid pendant 2020 et 2021, donc qu'on n'a pas traité. Elles reviennent parce qu'elles ont épuisé les aides qu'on leur a donné."

Après cette vague, Thierry Gardon prévoit aussi une vague de défaillances, liées au remboursement des PGE : "Nous allons avoir à traiter ensuite les conséquence du Covid, je rappelle que les PGE sont en amortissement uniquement depuis le mois d'avril. On a pas encore traité les difficultés."

Un effet de rattrapage qui était attendu par l'instance : "on sait depuis le début qu'on aura cet effet", insiste Thierry Gardon. "Après il ne faut pas tomber dans le catastrophisme, même dans les pires crises, on était à 65.000 défaillances d'entreprises sur un total de quatre millions d'entreprises, en incluant les microentreprises, auxquelles s'ajoutent 600.000 immatriculations d'entreprises chaque année."

La région pas épargnée

Première région industrielle française, la région Auvergne Rhône-Alpes n'a pas pâti de ce statut pour autant : aucun secteur n'est sur-représenté dans les défaillances.

"Il n'y a pas de secteurs qui se détachent. On voit quand même que l'hôtellerie et la restauration présentent quelques signes de faiblesse. Par contre, on observe que l'on n'est pas beaucoup plus protégés en Auvergne Rhône-Alpes que par rapport à d'autres régions, c'est-à-dire que nos chiffres reflètent à peu près la moyenne nationale. L'Île-de-France, par exemple, est en retrait par rapport à nous : les dossiers de défaillances arrivent moins vite que chez nous."

Les crises font aussi émerger des consolidations, des rachats, voire parfois l'arrivée de fonds étrangers. "On fait toujours attention à la nature des cessionnaires dans les entreprises. Car cela a toujours pour conséquence parfois de diluer de l'actionnariat historique et familial. Et ça risque d'être encore plus le cas."

Concernant les consolidations, "on en observe quelques unes sur des secteurs très impactés, comme l'aéronautique notamment, où l'on a connu des difficultés très importantes. En revanche, le redémarrage est plutôt favorable, mais le niveau d'endettement demeure très élevé comparativement à l'exploitation aujourd'hui. L'exploitation ne supporte pas ce niveau d'endettement, ce qui nous oblige à retraiter la dette. Avec souvent, pour conséquence une dilution de l'actionnariat historique."

Pas de pronostics sur la crise de l'énergie

Après la crise sanitaire, c'est la crise de l'énergie qui frappe les entreprises françaises. Le coût de l'énergie représente 40% du chiffre d'affaires des petites entreprises en 2022 et on pourrait atteindre les 60% courant 2023.

Il y aura certainement un impact, "mais c'est très difficile aujourd'hui d'arriver à faire des pronostics, car le prix du mWh varie, estime Thierry Gardon. Les dossiers que l'on voit au tribunal, ce ne sont pas encore des dossiers qui ont été impactés par l'énergie. Ce sont plutôt ceux qui découlent de difficultés plus anciennes. Il faut voir comment tout cela va se stabiliser, mais nous sommes aujourd'hui dans l'incertitude la plus totale".

Et la liste des complications s'allonge : hausse des coûts des matières premières, inflation, difficultés de recrutement... L'inflation joue aussi par ailleurs sur la baisse de la consommation des ménages. Du côté du gouvernement, un guichet simplifié pour les aides de l'énergie a été annoncé samedi dernier par Bruno Le Maire. Un dispositif qui vise à alléger la facture de 25% des TPE et PME françaises.

"Je reste sur la position qui a toujours été la mienne : encourager fortement les entreprises à anticiper leurs difficultés et venir nous nous voir dans le cadre de la prévention, à titre confidentiel. Nous pouvons les orienter." Dans sa juridiction, Thierry Gardon remarque toutefois une remontée du nombre de rendez-vous volontaires.

D'ailleurs, 95% des entreprises en défaillance ont moins de dix salariés, "elles ne sont pas accompagnées et n'ont pas un environnement qui leur permette de s'orienter facilement dans tous ces méandres d'organismes d'aides."

Retrouvez l'intégralité de l'interview ici.

Un décideur chaque semaine

Pour rappel, le groupe La Tribune et BFM Lyon s'unissent depuis la rentrée dernière pour vous proposer, à travers l'émission Lyon Business (tous les mardis à 17h45), l'interview d'un décideur de l'économie lyonnaise au cœur de l'actualité.

Une occasion de décrypter ensemble les enjeux des dossiers et tendances de l'économie locale, animée par Élodie Poyade pour BFM Lyon et Marie Lyan pour le bureau Auvergne Rhône-Alpes du journal La Tribune.

Une émission à retrouver en direct et en replay sur la chaîne BFM Lyon, disponible sur le canal 30 de la TNT et sur les chaines 479 (box SFR), 315 (Bouygues) et 915 (Free), ainsi que sur le bureau Auvergne Rhône-Alpes de La Tribune.

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Commentaires 2
à écrit le 25/11/2022 à 14:10
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"...Le coût de l'énergie représente 40% du chiffre d'affaires des petites entreprises en 2022....." Totalement improbable ! Erreur de frappe je suppose...

à écrit le 24/11/2022 à 9:24
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Les PGE ont permis de diffuser les faillites dans le temps mais ne les ont pas empêché, combler un manque de lcients par un prêt était sémantiquement d'une bêtise totale. Notons encore comme nos classes dirigeantes mondiales nous mènent tout droit da...

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