Photovoltaïque : avec sa filiale Solarhona, CNR compte multiplier par 7 ses capacités solaires d'ici 2030

Pour la Compagnie nationale du Rhône (CNR), qui fournit déjà près d'un quart de l'hydroélectricité française, la diversification du mix énergétique passe désormais par une "solarisation" de sa production, qui sera assurée par une filiale nouvellement créée, Solarhona. Avec un pied à Lyon, et un autre à Montpellier. Et un "départ lancé" comme l'appelle l'énergéticien, qui lui permet de débuter avec déjà près de 80 projets en cours de discussions à l'échelle du bassin du Rhône, mais aussi, l'objectif de multiplier par sept ses propres capacités solaires d'ici à 2030 et d'investir jusqu'à 1 milliard d'euros.

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La nouvelle filiale de CNR, Solarhona, prévoit d'investir ainsi près d'un milliard d'euros d'ici 2030 pour atteindre son objectif d'atteindre les 1.000 mégawatts crête (MWc) d'énergie solaire installée d'ici à 2030 (contre 150 aujourd'hui) tout en ouvrant la possibilité aux acteurs concernés (entreprises, collectivités, agriculteurs, etc) la possibilité d'entrer au capital des projets concernés.
La nouvelle filiale de CNR, Solarhona, prévoit d'investir ainsi près d'un milliard d'euros d'ici 2030 pour atteindre son objectif d'atteindre les 1.000 mégawatts crête (MWc) d'énergie solaire installée d'ici à 2030 (contre 150 aujourd'hui) tout en ouvrant la possibilité aux acteurs concernés (entreprises, collectivités, agriculteurs, etc) la possibilité d'entrer au capital des projets concernés. (Crédits : CNR)

Après les cibles nationales et globales, place à un nouveau modèle d'industrialisation qui sera assumé directement par une filiale.

Chargée de l'exploitation et de l'aménagement du fleuve du Rhône jusqu'en 2041 (à la suite de la prolongation de sa concession, actée par l'Etat français en début d'année ndlr), la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) se lance en parallèle dans une diversification réaffirmée vers la filière solaire, appelée à la fois par l'actualité, mais aussi, par des enjeux de fond.

Elle avait en effet déjà annoncé sa volonté de faire grimper ses capacités de production globales, qui s'élèvent actuellement à 4 gigawatts (GW) (dont les ¾ issus de l'hydroélectricité) à près de 7 GW en 2030, en incluant notamment le solaire et éolien, en vue de s'adapter aux variations amenées par le changement climatique, et notamment à la chute du débit des cours d'eau.

Désormais, c'est sur la création de sa filiale Solarhona (à 100% détenue par CNR), appelée à se poser à la fois comme "un développeur, constructeur et exploitant" de projets de solarisation, que CNR compte s'appuyer pour atteindre une nouvelle cible : celle de multiplier par sept ses capacités de production solaires, en ciblant principalement la vallée du Rhône.

"La création de cette filiale dédiée doit nous permettre d'industrialiser le développement et l'exploitation de l'énergie solaire, de répondre aux besoins du territoire en matière de solarisation des petites surfaces, qu'il s'agisse de toitures, ombrières, ou encore petites surfaces au sol, dans un contexte de rareté du foncier et d'optimisation des usages", atteste Laurence Borie-Bancel, la nouvelle présidente du directoire de CNR, qui compte également en faire "un outil pour relever le défi de l'acceptation de ces nouvelles énergies, auquel tous les opérateurs sont confrontés".

Un milliard d'euros à investir (ou coinvestir) d'ici 2030

Car en misant sur l'équipement de surfaces déjà artificialisées (toitures, entrepôts, parkings, etc), la CNR a fixé une feuille de route pour sa nouvelle filiale, et table ainsi sur l'émergence de 1.000 nouveaux mégawatts crête (MWc) d'énergie solaire d'ici à 2030 (contre 150 aujourd'hui), soit l'équivalent de la consommation annuelle de 550.000 habitants.

Des objectifs principalement dirigés vers un territoire, la vallée du Rhône, qui est vu comme particulièrement propice :

"À travers notre concession historique dans la vallée du Rhône, nous avions déjà tissé des liens particuliers depuis près de 90 ans et nous souhaitons désormais accélérer le déploiement du solaire, qui se pose à la fois comme une énergie compétitive, naturelle, rapide à déployer, et plus facilement acceptée au sein des territoires", introduisait Laurence Borie-Bancel.

En tant que développeur, constructeur et exploitant, Solarhona gérera ainsi l'ensemble des autorisations administratives, la définition des projets ainsi que leur maîtrise d'ouvrage, tout en assurant également la maintenance consécutive à l'exploitation, et notamment au renouvellement des panneaux et onduleurs.

Du côté du modèle économique, la filiale de CNR prévoit d'investir au total près d'un milliard d'euros d'ici à 2030 pour atteindre son objectif, tout en ouvrant la possibilité aux propriétaires des terrains ou locaux concernés (entreprises, collectivités, mais aussi agriculteurs, etc) de s'impliquer dans son modèle, en entrant directement au capital des projets concernés.

Et donc, de toucher en retour des dividendes sur les résultats réalisés durant l'ensemble de la durée de vie des projets, évalués à 25 ans en moyenne.

Une prise de participation qui ne pourra cependant pas excéder 40% des parts de chaque projet. "Dans le cas de ce modèle, les co-actionnaires verront ainsi le loyer que nous leur versons pour l'usage de leur terrain minoré mais engrangeront, en contrepartie, des dividendes sur les résultats ou encore une réduction de leur facture énergétique", avance Julien Marchal, directeur des nouvelles énergies de CNR et président de Solarhona.

Huit mois après, la volonté de couvrir l'ensemble du Rhône

Après la création de la société en novembre dernier, cette filiale lancée officiellement ce lundi peut déjà compter sur une vingtaine de collaborateurs basés à Lyon (son siège) et à Montpellier, en vue de couvrir l'ensemble de la vallée du Rhône, "allant de Genève à la Méditerranée".

Avec déjà dans ses cartons, près de 80 projets de développements actuellement en cours de discussions avec différents acteurs, et susceptibles de représenter une puissance allant jusqu'à 100 MW. Comme celui, par exemple, de la société de slow logistique drômois Skipper, dont le futur entrepôt de logistique, appelé à sortir de terre en février 2023 au Pouzin (Ardèche), sera lui aussi équipé d'une toiture de 20.000m2 développée par Solarhona.

Avec l'ambition d'atteindre les 1.000 MWc d'énergie solaire installés, à l'échelle régionale dès 2030, et les 600 emplois induits par ses travaux de maintenance et le déploiement de ces futurs chantiers.

"Ce qui fait la force de Solarhona, c'est que nous ne dépendons pas d'un seul marché : nous ne nous adressions pas aux particuliers, mais nous ciblons un large éventail de solutions de solarisation allant des entreprises aux collectivités, en passant par le monde agricole", atteste Julien Marchal, qui précise que les plus petits projets visés seront d'une puissance de 100 kW, correspondant ainsi à 1.000m2 de toiture solaire.

Le solaire flottant, l'autre axe de diversification

Et si la majorité de ces projets concernera en premier lieu le développement de nouvelles capacités photovoltaïques en toitures ou en ombrières solaires, la CNR compte également s'intéresser, à travers cette filiale, au segment plus émergeant du solaire flottant, afin d'équiper notamment des lacs.

"Le solaire flottant reste cependant d'un domaine où le potentiel n'est pas infini et ne concernerait que quelques gigawatts maximum à l'échelle nationale", estime Julien Marchal.

Le producteur d'électricité a d'ailleurs déjà installé un premier démonstrateur sur un lac de retenue d'irrigation, situé au sud de Lyon, et qui représente à lui seul quelques centaines de kilowatts. Celui-ci pourrait être suivi de plusieurs projets en cours de développement "allant même jusqu'à une cible de plusieurs dizaines de mégawatts", "il s'agit de projets qui pourrait s'installer uniquement sur des retenues d'irrigation ou d'anciennes gravières, mais pas en eaux vives, compte-tenu des contraintes de débit ou de crues qui seraient trop compliquées à gérer".

L'acceptabilité sociale et environnementale de ces projets fait d'ailleurs partie des points de vigilance étudiés de près par CNR, qui affiche sa préférence pour des sites où il n'existerait pas de conflit d'usage avec des aspects environnementaux, "comme c'est le cas pour d'anciennes gravières, que l'on remplirait par exemple d'eau et sur lesquelles ne coexistait pas de biodiversité".

Avec également, une attention toute particulière qui sera portée à la question de l'approvisionnement en matières premières (cellules, onduleurs), dont l'essentiel de la production reste pour l'heure effectué en Asie.

"Tous les développeurs de projets solaires sont actuellement confrontés à des problématiques d'approvisionnement, et même si les confinements sont en train de s'alléger en Chine, il existe encore un certain nombre d'exportations bloquées", confirme Laurence Borie-Bancel.

Et d'ajouter : "En tant qu'acteur ancré sur son territoire, la CNR sera très attentive aux dispositifs que le gouvernement français et l'Union Européenne mettront en place pour soutenir et recréer une filière industrielle en Europe. Nous jouerons le jeu autant que possible, sous réserve que les produits soient compétitifs, et nous le ferons d'autant plus volontiers que cela nous permettra aussi de limiter notre risque d'approvisionnement avec l'Asie".

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