Drones filaires : Elistair lève 5 millions pour prendre un leadership européen

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C'est grâce à son modèle de drone filaire, permettant de surveiller un rayon allant jusqu'à 10 kilomètres à la ronde, que le lyonnais Elistair a séduit de nouveaux investisseurs, menés par le fonds de capital investissement parisien Omnes Capital.
C'est grâce à son modèle de drone filaire, permettant de surveiller un rayon allant jusqu'à 10 kilomètres à la ronde, que le lyonnais Elistair a séduit de nouveaux investisseurs, menés par le fonds de capital investissement parisien Omnes Capital. (Crédits : DR/Elistair)
LA LEVEE. Le lyonnais Elistair, pionnier des drones filaires d’observation déjà sous contrat avec les armées américaines et européennes, annonce ce mardi la clôture d’une levée de série B de 5 millions d’euros. Objectif : accélérer son déploiement international, pour ses drones déjà utilisés par les professionnels de la défense et de la sécurité dans près de 60 pays, avec un objectif : se hisser dans le top 3 mondial d'un secteur en plein émergence.

A leur sortie de Centrale Lyon, Timothée Penet et Guilhem de Marliave avaient déjà les yeux rivés vers le ciel : car à l'issue d'un stage au sein d'une société spécialisée dans le monde du drone, ce dernier avait déjà perçu les atouts du drone filaire. A savoir une meilleure autonomie et qualité de transmission des informations grâce le fil, mais également la possibilité d'identifier facilement son pilote, et donc d'encadrer, voire d'accompagner l'assouplissement de la réglementation en cours de construction.

« Nous avions constaté que le marché des drones était alors confronté à un double enjeu, avec un temps de vol relativement court, compris entre 30 minutes et une heure qui limitait ainsi ses champs d'application, ainsi que la qualité radio des données transférées entre les drones et leur pilote, qui pouvaient être assez fragiles et donc faciles à pirater », rapporte Guilhem de Marliave.

C'est pourquoi la jeune pousse a choisi de miser sur le développement d'un appareil captif, qui lui permet toutefois d'atteindre une hauteur de 100 mètres, ouvrant ainsi la voie à la surveillance d'un rayon pouvant aller jusqu'à 10 km à la ronde et ce, sur une durée de 24 heures non-stop.

Elistair commercialise ainsi depuis 2014 un drone filaire automatisé (Orion 2) relié par un microfil, ainsi que des stations permettant de convertir un drone libre en modèle captif, avec des systèmes brevetés qui se veulent à « 95 % sourcés en France », et dont elle assure ensuite l'assemblage final ainsi que le contrôle qualité en région lyonnaise.

« Lyon fait partie des trois grands pôles du monde du drone avec Bordeaux et Toulouse », affiche son cofondateur, Guilhem de Marliave.

Car pour concevoir un tel appareil, les professionnels du secteur doivent pouvoir compter sur des ingénieurs ayant une bonne vue d'ensemble d'un certain nombre de domaines (électronique, mécanique, télécommunications, etc). La société emploie d'ailleurs, au sein de ses équipes d'anciens militaires français, mais également britanniques et américains (Royal Air Force, Navy SEALs, Marine Nationale).

Une série B de 5 millions

Résultat ? Après avoir clôturé une première levée de fonds en avril 2018 menée par le fonds Starquest Capital, Elistair complète ce mardi une série B de 5 millions d'euros auprès d'Omnes Capital, un fonds de capital investissement parisien, spécialisé dans les infrastructures, qui gère près de 5 milliards d'euros d'actifs.

Car quelques mois après l'ouverture d'un bureau à Boston, fin 2020, visant à adresser le marché américain, le lyonnais veut poursuivre son accélération, Covid ou non.

« Nos carnets de commandes ont augmenté fortement ces derniers mois, l'attraction commerciale est très forte en Amérique du Nord notamment. Et face à un marché qui se développe très vite, notre principal enjeu est de nous situer dans le top 2 ou 3 des futurs acteurs du domaine ».

Et  Guilhem de Marliave d'ajouter : « Nous pensons que nous aurons demain, un leader pour la zone Amérique du Nord, en Asie, ainsi qu'un en Europe ».

Car la crise sanitaire n'a pas réellement affecté son marché, composé à la fois des forces de l'ordre, mais également des services de secours ainsi que des unités de l'armée présentes aux quatre coins du globe, et notamment en Afrique. « Nous venons d'ailleurs d'installer une personne à Abidjan afin de couvrir le secteur de l'Afrique de l'Ouest, où il existe de très forts enjeux au niveau de la protection des frontières », glisse le cofondateur.

Aux Etats-Unis, son nouveau bureau, situé sur la côte Est, lui aurait même permis de commencer à travailler et débloquer des contrats ainsi que des partenariats en pleine pandémie, « alors que dans une telle situation, agir de la France aurait été très compliqué », admet Guilhem de Marliave.

Depuis ses débuts, la jeune pousse a livré près de 600 dispositifs (drone ou stations) à l'échelle d'une soixantaine de pays. Et si actuellement elle exporte environ 80% de ses drones, ses deux marchés principaux demeurent les États-Unis, encore en forte croissance, et l'Europe.

« Pour conserver notre avance, notre principal enjeu sera d'augmenter nos capacités de production, mais également de développer nos forces commerciales en Amérique du Nord tour en continuant d'investir sur la R&D, pour développer les générations futures avec des solutions plus robustes et intelligentes », affiche-t-il.

Le marché de la sécurité et de la défense dans le viseur

C'est pourquoi Elistair s'est associée à Omnes afin de boucler sa seconde levée de fonds de 5 millions. Elle compte également, parmi ses actionnaires historiques, le concepteur de drones civils à usage professionnel, Delta Drone. « Delta Drone est plutôt un partenaire à qui nous vendons nos systèmes, qu'ils se chargent ensuite de déployer en fournissant des services à leurs clients », résume Guilhem de Marliave.

Reste que sur le marché très encadré de la sécurité, la réglementation ne représente pas nécessairement un problème majeur pour la jeune pousse, qui compte notamment sur une clientèle déjà « très au fait » des aspects réglementaires et y voit une place à prendre.

Lire aussi : "Dronification" de la sécurité : Delta Drone avance ses pions

Car si jusqu'ici, cette clientèle avait l'habitude de faire appel à des fournisseurs spécialisés dans le monde de l'armement et de la défense, le milieu du drone était encore un terrain peu occupé par ces fabricants. De quoi y asseoir une expertise de niche :

« Il s'agissait d'un marché un peu particulier, qui utilise à notamment des composants souvent issus du marché les téléphones portables ainsi que des ingrédients du monde du software, nécessitant des temps de développement très courts, auxquels les grands industriels de l'armement ne sont pas nécessairement habitués », résume Guilhem de Marliave.

Pour autant, les drones semblent avoir pris progressivement leur place dans la stratégie de défense des armées : « Aux États-Unis, on dénombre auprès de 20.000 unités de police et environ la même chose du côté des casernes de pompiers. En 2019, 2,5 % des unités étaient équipées de drones, contre près du double aujourd'hui », cite en exemple Guilhem de Marliave. De quoi offrir également de beaux relais de croissance sur les années à venir.

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Avec près d'une quarantaine de collaborateurs basés essentiellement à Lyon, Elistair reste très discrète sur son chiffre d'affaires annuel, mais évoque d'ores et déjà une cible : maintenir sa croissance annuelle de 50 % par année. Pour cela, elle  prévoit notamment de capitaliser sur cette série B pour renforcer ses effectifs et recruter une vingtaine de nouveaux profils (dont une majorité en R&D) d'ici la fin de l'année .

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Commentaires
a écrit le 30/03/2021 à 14:37 :
à quand l'utilisation en agriculture de précision pour un suivi permanent des cultures?
a écrit le 30/03/2021 à 12:59 :
Une question, on parle d'éviter les lacunes d'un drone classique notamment en ce qui concerne la mauvaise transmission radio facilement piratable et une autonomie trop courte...
Cependant qu'en est il des faiblesses des drones filaires ? Qu'elle est la dimension du fil et qu'elle est sa résistance ? Peut il être facilement endommagé ou coupé ?
a écrit le 30/03/2021 à 11:39 :
Un système similaire existait dans les années 80 avec un radar embarqué (LCT/Dornier) et une plateforme Kiebitz mais le fil à la patte s'est avéré très génant.....et a conduit au système Orchidée avec un hélicoptère.
Réponse de le 30/03/2021 à 12:15 :
Oui mais maintenant la puissance des micros-processeurs doit forcément permettre une bien meilleur stabilité et gestion de ce fil.
a écrit le 30/03/2021 à 10:17 :
Une excellente idée car permettant une autonomie infinie tout en sécurisant au maximum l'appareil des différents types de hacking. Alors c'est sûr que pour le consommateur ne cherchant plus qu'à acheter des trucs sans fil cela paraitrait ridicule alors que c'est un véritable outil efficace pour nombreux professionnels, bravo. Et ca fait bien plaisir de voir que certains sont encore capables de sortir des sentiers battus, à savoir là où se trouvent les meilleurs idées. Et merci beaucoup pour cet article !

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