Un rémunéra-score « pour valoriser la juste rémunération des agriculteurs » (Célia de Lavergne, LREM)

INTERVIEW. Après le nutri-score ou encore l’éco-score pour l'environnement, place au rénuméra-score ? Un projet d’amendement, porté par la députée LREM de la Drôme Célia de Lavergne, vient d’être adopté à la mi-juin. Son objectif : corriger et amplifier la portée de la loi Egalim, en expérimentant un nouveau type d’affichage à destination du consommateur. Une mesure qui, désormais appelée à devenir un article de loi et qui devra être revotée comme tel, se veut déjà comme "une avancée décisive" pour les agriculteurs, selon son instigatrice.

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Aujourd'hui, la loi Besson-Moreau nous apporte déjà des solutions concrètes en matière de négociations commerciales, la Loi Climat avait mobilisé le levier de la commande publique et en ce sens, le « rémunéra-score » vient compléter ces actions, en mobilisant directement le consommateur, estime la députée Célia de Lavergne.
"Aujourd'hui, la loi Besson-Moreau nous apporte déjà des solutions concrètes en matière de négociations commerciales, la Loi Climat avait mobilisé le levier de la commande publique et en ce sens, le « rémunéra-score » vient compléter ces actions, en mobilisant directement le consommateur", estime la députée Célia de Lavergne. (Crédits : DR)

LA TRIBUNE - Vous défendiez, aux côtés d'une cinquantaine de députés co-signataires, un projet d'amendement qui a été adopté par la Commission des Affaires économiques de l'Assemblée Nationale, dans le cadre des travaux sur la proposition de loi visant à compléter la loi Egalim. Votre proposition visait à mettre en lumière la rémunération des agriculteurs : pourquoi avoir choisi de porter ce sujet sur les bancs de l'Assemblée ?

CELIA DE LAVERGNE - Depuis le début de cette législature, je me suis investie en tant que coordinatrice des Etats Généraux de l'Alimentation et sur la loi Egalim qui en a découlée. Entre transformation environnementale des pratiques agricoles et meilleure rémunération, cette loi n'a toutefois pas eu les effets escomptés pour rééquilibrer suffisamment la répartition de la valeur entre grande distribution, transformateurs, et producteurs agricoles.

Pour quelle raison le consommateur est-il selon vous le meilleur relai ?

Aujourd'hui, l'information du consommateur dans ses choix alimentaires passe par plusieurs indicateurs : sanitaire avec le nutri-score, et environnemental avec le travail engagé autour de l'affichage carbone des aliments. Mais il subsistait un vrai déficit d'information sur le volet social et la rémunération des producteurs, que cet amendement prévoit de combler.

Car selon un sondage Harris Interactive pour le Réseau Action Climat de février 2021, les Français de moins de 35 ans sont seulement 22% à considérer comme important « le fait que le producteur soit rémunéré justement » dans leurs achats de viande, contre 46% pour les Français de 50 ans et plus.

Cet écart, l'un des plus importants observés dans ce sondage, doit nous alerter et nous inviter à sensibiliser les jeunes générations et plus largement, l'ensemble des consommateurs sur la juste rémunération des producteurs.

D'un autre côté, là où les deux-tiers des revenus des Français allaient vers l'alimentation il y a deux siècles, ce chiffre est de 12% aujourd'hui, et seulement de 2 à 3% qui revient directement aux agriculteurs. Près de 20% d'entre eux ont déclaré un revenu nul, voire un déficit de leur exploitation en 2017 selon l'INSEE, alors que c'est l'une des professions où l'on travaille le plus.

Sur ce principe, comment comptez-vous procéder : calculer la rémunération des agriculteurs ou des producteurs dans une chaîne de l'industrie agroalimentaire très morcelée n'est-il pas un défi ?

Je suis consciente que comme dans le cas du nutri-score ou de l'affichage environnemental, il y aura toute une phase de méthodologie, de tests et d'adaptations à mettre en place. Selon le fait qu'un produit soit brut ou transformé, que la matière première provienne de France ou d'ailleurs, du travail que cela nécessite, etc. Pour autant, je suis convaincue qu'il nous faut justement passer par le levier de l'expérimentation pour tester et lever ces barrières.

Les outils existent-il déjà pour commencer à mener cette évaluation ou faudra-t-il en créer de nouveaux ?

Nous avons déjà des outils depuis la loi Egalim, avec notamment l'Observatoire des prix et des marges, qui fournit déjà des indicateurs des coûts de production. Bien entendu, il resterait à modéliser ces données en fonction du type d'agriculture, car on n'évalue pas de la même façon une agriculture de montagne ou de plaine, par exemple.

Sur le terrain des produits transformés, c'est la même idée : il faut déterminer ce qu'on évalue, si l'on prend uniquement l'ingrédient principal, ou encore 70 % de la composition des ingrédients et que l'on ventile ensuite l'évaluation en prorata... Tous ces sujets méritent d'être posés, y compris la question de savoir comment gérer les ingrédients qui proviennent de l'étranger, dont on ne connaît pas toujours le détail des modalités d'achat aux producteurs.

C'est le recours à l'expérimentation qui nous permettra d'élaborer une méthodologie qui établit un lien entre le prix réel payé au producteur et le prix payé par le consommateur, et de définir un affichage lisible et compréhensible du grand public, avec un code couleur ou système de notation approprié.

Quels seront les partenaires sur lesquels vous comptez vous appuyer dans cette démarche ?

Il existe évidemment des organismes nationaux comme l'Observatoire des prix et des marges, France Agrimer, le Ministère de l'Agriculture et bien entendu, on peut également imaginer que les Chambres d'agriculture puissent donner leur vision, de même que des syndicats agricoles, qui doivent être consultés.

L'idée étant de pouvoir démarrer d'abord par filières, et de remonter l'ensemble de la chaîne. Clairement, ce sujet est regardé de près par les filières lait et viande, mais on pourrait juger intéressant de l'étendre à d'autres, comme les producteurs de fruits par exemple.

Pour autant, il existe également d'autres démarches de qualité comme les AOP d'un côté, et de l'autre des labels sur d'autres critères comme le nutri-score ou le score environnemental... Ne craigniez-vous pas une forme de doublon ?

C'est une vraie question qu'il faut prendre en compte et il n'y a pas de vérité absolue.

Mais mon sentiment est que pour traiter ces trois sujets, on ne devrait pas demander aux consommateurs de choisir entre faire attention à sa santé, à l'environnement, ou au côté social de la rémunération des producteurs.

Le sujet est d'autant plus important qu'il conditionne une forme de souveraineté alimentaire car c'est bien le volet social qui permettra d'assurer le renouvellement des générations, à l'heure où la moitié des paysans français part en retraite dans les 10 prochaines années. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles certains jeunes agriculteurs ne se lancent pas.

Quant à la forme, on peut bien entendu réfléchir à l'idée de pouvoir allier un jour les trois indicateurs existants sous une présentation commune, afin que le consommateur puisse évaluer le poids de chacun des trois critères en un seul coup d'œil. Chacun pourrait ensuite avoir la liberté de choisir, en tant que consommateur éclairé.

On pourrait également dire qu'il existe déjà une forme de certification via les démarches AOP ?

Certains ont en effet accueilli notre démarche en nous disant : rejoignez plutôt notre démarche. Sauf que l'appellation AOP implique un cahier des charges beaucoup plus exigeant, qui ne comprend pas uniquement le marqueur de la rémunération, et va bien souvent bien au-delà des exigences réglementaires.

De notre côté, nous voulons une démarche la plus ouverte possible justement, et que cela ne se transforme pas en une contrainte additionnelle, mais comme un levier.

Ne vaudrait-il pas mieux passer par le relai législatif pour encadrer la rémunération des agriculteurs, plutôt que créer un nouveau label ?

Aujourd'hui, la loi Besson-Moreau nous apporte déjà des solutions concrètes en matière de négociations commerciales, la Loi Climat que j'avais rapporté avait mobilisé le levier de la commande publique et en ce sens, le « rémunéra-score » vient compléter ces actions, en mobilisant directement le consommateur.

Mais le fait même d'interdire, dans un marché déjà mondialisé comme celui de l'agriculture et de l'alimentation, ne semble pas réaliste. On sait le faire sur les produits français, mais pas sur les produits provenant de l'international, ce qui poserait ensuite d'autres enjeux. L'un des vrais sujets pourrait être de viser l'Europe, c'est pour cela qu'il faut poursuivre les discussions avec la Commission européenne.

Cet amendement a été adopté par l'Assemblée nationale à la mi-juin. Quel va-t-être désormais son cheminement législatif, avant une possible mise en application ?

On a pu observer, lors de ces discussions, le pouvoir d'attrait de cet amendement sur l'ensemble des formations politiques, car finalement, depuis la Loi Climat, un certain nombre de groupes politiques se sont réappropriés l'idée.

Cet amendement est désormais devenu un article de loi, qui va bientôt être conforté et voté au sein de l'hémicycle comme tel. Une fois que la proposition de loi aura fini son cheminement vers le Sénat, je l'espère, avec une CMP conclusive en première ou seconde lecture, la loi pourra être promulguée par un décret et l'expérimentation pourra ainsi démarrer.

Nous avons déjà anticipé ce point et nous savons que certaines filières bovines sont d'ores et déjà prêtes à se porter candidates pour une expérimentation, qui pourrait ainsi commencer à compter du début de l'année prochaine.

Mon objectif étant d'utiliser le temps du chemin parlementaire pour identifier 3 à 4 filières tests, afin de travailler de premiers éléments de méthodologie.

Ce concept serait-il enfin généralisable à plus large échelle ?

Nous réfléchissons d'ores et déjà en vue du prochain mandat sur une grande loi agricole qui pourrait permettre d'enclencher une étape supérieure, et qui pourrait mener par exemple à une généralisation de ce type d'affichage, pourquoi pas à une échelle plus large que notre pays. Pour cela, il y a aussi tout un travail à faire avec Bruxelles afin de lancer des itérations et des tests.

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Commentaires 3
à écrit le 06/07/2021 à 17:22
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Encore un truc qui va se perdre dans les limbes ,comme quand elle était chargée d'organiser des réunions publique dans le cadre du fameux Grand Débat.

à écrit le 06/07/2021 à 16:37
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Le "rémunéra-score" sera également indiqué pour tout ce qui provient de l'étranger (ananas, avocats, poires de l'hémisphère sud (je les ai laissées dans le rayon ce matin, trop loin, même si c'est ça ou rien)) ? Ça va en faire des scores sur les emb...

à écrit le 06/07/2021 à 13:50
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Je l'ai vu mais sensible au massacre de la vie sur terre par l'agro-industrie ça ne ne motive pas plus que ça à acheter le produit. On met un petit pansement sur un membre totalement gangréné là c'est ridicule. Les agriculteurs conventionnels orthodo...

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