Empreinte carbone, bien-être animal... Aoste sur le chemin de la reconquête

Chez Aoste, il souffle comme un petit vent de reconquête. Car si les confinements successifs ont eu un effet bénéfique sur la consommation globale des ménages, 2020 s'est traduite par une tempête sur les volumes mais aussi sur les prix. Une occasion de déployer une nouvelle dynamique sur ses marques phares (Aoste, Justin Bridou, Cochonou et César Moroni) et d'affirmer une stratégie tournée vers le bien-être animal et la réduction de son empreinte carbone.

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Les saucissons et les salaisons font actuellement l'objet d'essai pour enlever les conservateurs à horizon 2023/2025, explique Philippe Duriez, directeur général du groupe Aoste.
"Les saucissons et les salaisons font actuellement l'objet d'essai pour enlever les conservateurs à horizon 2023/2025", explique Philippe Duriez, directeur général du groupe Aoste. (Crédits : DR)

Philippe Duriez, le directeur général du groupe Aoste, ne s'en cache pas : 2021 devra être une année de reconquête, mais cela s'annonce complexe. En 2020, le chiffre d'affaires du spécialiste de la charcuterie était passé de 452 millions d'euros à 462 millions d'euros, mais avec un volume de viande vendue qui s'était rétracté de 3.000 tonnes (52.000 tonnes en 2019 contre 49.000 tonnes en 2020).

"En 2019, nous avons subi une forte hausse du prix de nos matières premières en raison de la peste porcine africaine qui a réduit les cheptels, chinois notamment, et a fait grimper les prix. En 2020, nous avons réussi à répercuter une partie de ces hausses sur nos prix de vente, cela s'est fait au détriment de nos volumes", rappelle Philippe Duriez.

Avant de poursuivre : "Nous espérons repartir à la hausse cette année, mais nous nous trouvons aujourd'hui dans la même situation qu'en 2018/2019 : nous sommes encore confrontés à l'augmentation des prix de nos matières premières. Un nouveau tsunami s'annonce. Nous allons donc devoir renégocier nos prix de vente auprès de nos distributeurs".

Avec sept implantations, - trois en Auvergne-Rhône-Alpes (dont son siège social à Saint-Priest, Aoste en Isère et Saint-Symphorien-sur-Coise entre Loire et Rhône) -, le groupe Aoste emploie 1.400 salariés en France.

Valoriser son engagement

Dans ce contexte complexe - même si les confinements et restrictions successives ont eu un impact plutôt positif sur les ventes de charcuterie en France (+5% en volume, +10,5% en valeur en 2020 selon les chiffres de l'institut IRI)-, Aoste doit déployer une nouvelle dynamique sur l'ensemble de ses marques phares (Aoste, Justin Bridou, Cochonou et César Moroni), afin de séduire les consommateurs.

Dans cette perspective, l'engagement sociétal et durable du groupe se posera lui aussi comme un argument majeur pour répondre aux attentes des consommateurs. Pour le valoriser, il présente son plan "AGIR" (Acteur Gourmand Innovant et Responsable) avec des objectifs en six actes pour 2040.

"Il n'est pas question de greenwashing mais de formaliser et mettre en avant nos engagements et nos valeurs en la matière", expose Philippe Duriez.

Selon lui, le développement durable n'est d'ailleurs pas un sujet nouveau pour Aoste : "sur les trois dernières années, nous avons investi plus de 40 millions d'euros sur ce sujet ! Par exemple, nous travaillons depuis plus de cinq ans sur des gammes sans nitrites. Et depuis cette année, 62% des volumes de la gamme Cochonou sont produits sans ajout de nitrites ou de nitrates".

Les saucissons et les salaisons font eux aussi l'objet d'essais en vue d'en retirer les conservateurs, à horizon 2023/2025. "En fixant aujourd'hui des objectifs clairs pour 2040, il s'agit d'accélérer et d'expliquer aux consommateurs notre chemin", insiste Philippe Duriez.

Réduction de l'empreinte environnementale

Premier objectif fixé dans le cadre du programme AGIR : 100% d'emballages recyclés en 2030, avec une première étape en 2025 pour 100% d'emballages recyclables.

Le curseur est pour l'instant à 11% d'emballages recyclables, il devrait donc être positionné deux fois plus haut dès cette année, avec le passage en emballages recyclables de plusieurs références phares.

Deuxième objectif : zéro rejet polluant de production industrielle en 2030. "Nous avons pour ambition d'éradiquer tout rejet généré durant nos processus de fabrication, grâce à leur réutilisation ou à leur recyclage", explique le directeur général de la filiale du groupe Campofrio.

Une action a déjà été initiée depuis 2015, avec une réduction significative des déchets affichée à 97%.

Sur ce point, Aoste a signé un partenariat avec CVE, pour la construction en juin prochain d'une usine de méthanisation, accolée à l'usine iséroise, qui permettra de valoriser les déchets organiques de l'usine en biogaz.

"Ces déchets étaient jusqu'ici déjà valorisés mais nous devions les envoyer dans une usine située à plus de 200 kilomètres. Désormais, nous serons beaucoup plus efficients." D'autres industriels locaux fourniront cette usine de méthanisation. Par ailleurs, un projet sur les groupes frigorifiques est actuellement en cours et devrait permettre à terme de réduire la consommation d'eau, sur le site d'Aoste, de 20% et de limiter l'usage de certains gaz.

Vers le zéro carbone, en réduisant les GES

Autre "zéro" dans le viseur du groupe : le zéro carbone en 2040. "En l'état des avancées technologiques, et avec une évolution résolue de nos pratiques professionnelles, nous estimons que nous pourrons réduire nos émissions de gaz à effet de serre de -55%", estime Philippe Duriez.

Le seuil incompressible de 130.000 tonnes équivalent CO2 sera neutralisé via les filières d'approvisionnement. En 2019, le groupe a émis 293.000 TeqCo2, dont 222.000 issues des matières premières (soit 78%).

Deux étapes sont encore fixées d'ici 2040 : soit une réduction de -25% en 2025 et de -30% en 2030. Comment ? En menant principalement des actions sur l'élevage (alimentation et excréments).

La sortie du soja brésilien et le passage aux protéines françaises seront ainsi privilégiés ainsi que l'engagement dans des projets de blé agroécologique.

Aoste travaille en parallèle avec la filière porcine sur des fermes à carbone. "Sur les cinq dernières années, nos investissements ont déjà permis de réduire de -20% la consommation énergétique de nos installations industrielles", affirme par ailleurs le DG.

Autre action sur ce sujet : le projet Fret 21 avec l'ambition de réduire les gaz à effet de serre liés au transport de 50% d'ici 2040 en utilisant l'hydrogène ou les biocarburants, en partenariat avec les transporteurs du groupe.

Améliorer le bien-être animal

Enfin, le groupe vise le 100% bien-être animal en 2040. "Nous souhaitons développer un nouveau modèle d'élevage", affirme ainsi Aoste.

100% des fournisseurs ont déjà signé la nouvelle charte édictée par Aoste. 60% d'entre eux seront audités (par le réseau indépendant Veritas). "Nos abattoirs fournisseurs nous permettent de toucher, en amont, 15.000 éleveurs. L'action a donc une portée importante".

Par ailleurs, des expérimentations vont être menées avec une dizaine d'éleveurs volontaires afin "d'inventer collectivement l'élevage porcin des 20 prochaines années grâce à l'identification de bonnes pratiques, avec comme chantier majeur : le bien-être animal, notamment en matière de contention des truies ou de mise en place d'accès extérieurs".

Philippe Duriez promet : "Tout n'est pas noir ou blanc. Nous voulons montrer que nous faisons du mieux possible, et que nous le faisons en toute transparence".

Bousculé comme tous les industriels de la viande par les actions coups de poings comme celles du collectif L214, participant à une tendance structurelle de la baisse de consommation de viande, Aoste se doit en effet de montrer patte blanche.

En 2019, selon la Fédération Françaises des industriels charcutiers traiteurs, le marché français de la charcuterie a généré un chiffre d'affaires de 6,7 milliards d'euros. Les mastodontes du secteur, concurrents d'Aoste et de sa maison mère Campofrio : Cooperl, Fleury Michon et Herta (Groupe Nestlé).

Mi 2020, l'Autorité de la concurrence a infligé une amende de 93 millions d'euros à 12 industriels du secteur, - dont Campofrio, Cooperl, Fleury Michon et Herta - , pour entente illicite sur les prix d'achat de la matière première et/ou sur les prix de vente. Campofrio, à l'origine de la révélation de l'affaire à l'Autorité de la Concurrence, a tout de même écopé d'une amende d'un million d'euros. Suite à l'appel de plusieurs des parties incriminées, l'affaire est toujours en cours. Philippe Duriez n'a pas souhaité commenter.

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