Le champignon, symbole de relocalisation en Haute-Loire pour le Breton Legulice

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Depuis quelques semaines, Legulice a remplacé ses barquettes plastiques par des barquettes en carton, devançant l'échéance légale fixée à janvier 2022.
Depuis quelques semaines, Legulice a remplacé ses barquettes plastiques par des barquettes en carton, devançant l'échéance légale fixée à janvier 2022. (Crédits : DR)
Ce n'est pas une annonce qui découle du plan France Relance, mais bien le fruit d'une initiative d'un producteur, décidé à relocaliser en faveur de la souveraineté alimentaire. En pleine crise, le breton Legulice construit actuellement en Haute-Loire une champignonnière capable de produire près de 5.000 tonnes par an. Avec un double objectif : alimenter le marché du Sud-Est de la France, et relocaliser en France la production de champignons frais, dans un secteur dont 70% de la consommation française est importée.

Les Français consomment environ 2,6 kilos de champignons frais par an et par foyer. C'est peu. Très peu même au regard de nos voisins, l'Angleterre par exemple, qui en mangent quatre fois plus. Et pourtant, 70% de cette consommation française est importée depuis l'étranger (Pologne, Irlande, Pays-Bas...).

"Une absurdité pour un produit frais qui peut parfaitement être cultivé en France", tacle Benoit Roze, dirigeant de Legulice, une entreprise familiale bretonne qui commercialise des champignons frais depuis sa création en 2009.

"Nous avons essayé de travailler avec des producteurs français mais la production locale étant très faible, nous n'avons pas pu aller très loin dans cette direction. Nous avons donc décidé de produire nous-mêmes pour recourir de moins en moins à nos sous-traitants à l'étranger", raconte le dirigeant.

En 2014, émerge ainsi la première champignonnière de Legulice, à Poilley, en Ille-et-Vilaine. En 6 mois, l'entreprise fait un bond de 4 à 150 salariés. Un site sur lequel elle a encore investi 1,5 million d'euros en 2020 pour étendre ses capacités de production de 20% (5.000 tonnes).

Et en 2020 non plus, les champignons ne connaissent pas la crise : Legulice passe désormais à la vitesse supérieure en investissant 25 millions d'euros dans la création de deux nouvelles champignonnières, 100% bio.

Nouvelle plateforme pour le Sud-Est de la France

Les travaux de la première, en Mayenne non loin de l'implantation historique de Legulice, ont déjà démarré. Le site devrait être opérationnel à l'été prochain.

Ceux pour la seconde, à Chaspuzac en Haute-Loire, ont commencé début février, pour une livraison début 2022. Dans les mois qui suivront, 150 personnes seront recrutées sur place, afin de faire fonctionner cet équipement à étages (12.000m² au sol) : cueillette, conditionnement, expéditions etc.

Le bâtiment est construit par la communauté d'agglomération du Puy-en-Velay et sera fourni, en blanc, à l'entreprise. Celle-ci pourra alors en jouir, sous forme d'un crédit-bail de 12 ans. L'entreprise disposait déjà sur place, depuis 2020, d'une petite plateforme logistique avec quatre salariés en charge de la préparation des commandes.

Pourquoi avoir choisi la Haute-Loire, territoire rural situé à plusieurs centaines de kilomètres de son siège ? "Environ 30% de notre clientèle est située dans le bassin Sud-Est de la France", explique Benoit Roze, qui travaille principalement avec les enseignes de distribution conventionnelle et bio.

"Dans notre logique de produits frais, il est plus pertinent de se rapprocher de ce bassin plutôt que de tout expédier depuis la Bretagne ou la Mayenne".

Le dirigeant précise par ailleurs avoir retenu précisément la Haute-Loire en Auvergne-Rhône-Alpes pour son vivier de main-d'œuvre. "Nous allons recruter plusieurs dizaines de personnes en quelques mois autour du Puy. Il fallait absolument être vigilant aux possibilités du territoire à fournir un personnel habitué aux contraintes de l'agriculture. Les champignons ne s'arrêtent pas de pousser le week-end par exemple... Nous avons donc besoin de personnel 7 jours sur 7".

Avec 5.000 exploitations et 6.550 ETP (soit 10% de sa population active) selon les chiffres de la Chambre d'agriculture AURA, la Haute-Loire devrait effectivement être en capacité de répondre aux attentes de Legulice.

50 millions d'euros en 2023

Avec ses trois sites, l'entreprise bretonne produira en 2023 plus de 13 tonnes de champignons par an (contre 5.000 aujourd'hui).

Au même horizon, elle devrait employer 450 salariés (contre 154 aujourd'hui) et faire grimper son chiffre d'affaires de 34 millions en 2020 à 50 millions d'euros. "Notre activité n'est pas impactée par la crise actuelle, les Français continuent de manger".

Pour poursuivre son développement, Legulice travaillera aussi à la diversification de son offre. "L'idée est de créer des usages nouveaux : des champignons à farcir, des champignons apéro etc afin de développer la demande de champignons. Sur le même modèle par exemple que la tomate, où l'explosion du nombre de variétés disponibles a généré une demande plus forte", glisse son dirigeant.

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Commentaires
a écrit le 20/04/2021 à 0:21 :
Produire à proximité, avec une activité : j’hallucine...

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