Décarbonation des territoires : pourquoi le groupe Suez a choisi de s'allier au Drômois Prodeval

Son nom de code : Works4Impact. C'est à travers cette nouvelle co-entreprise que le groupe Suez et l'entreprise drômoise Prodeval veulent développer désormais un nouveau projet : celui de commercialiser des solutions d'énergie verte, développées à partir du biogaz, auprès d'acteurs publics. Outre un marché en croissance en France comme à l'international, il s'agit d'une nouvelle opportunité pour l'ETI régionale de poursuivre son hypercroissance, déjà spectaculaire.

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La création de cette joint-venture représente en réalité une nouvelle étape dans une collaboration déjà ancienne entre les deux entités. Mais elle lui permettra d'adresser un marché de taille, couplant production de biogaz par méthanisation et distribution en circuit court. Il est estimé à un milliard d'euros en France dès 2025, contre 14 milliards d'euros aux Etats-Unis...
La création de cette joint-venture représente en réalité une nouvelle étape dans une collaboration déjà ancienne entre les deux entités. Mais elle lui permettra d'adresser un marché de taille, couplant production de biogaz par méthanisation et distribution en circuit court. Il est estimé à un milliard d'euros en France dès 2025, contre 14 milliards d'euros aux Etats-Unis... (Crédits : © Alex Havret / Prodeval)

"Works4Impact", voici le nom de la toute nouvelle joint-venture créée il y a quelques jours par Suez et Prodeval (60% Suez/40% Prodeval). Car c'est bien l'impact sur le climat par la décarbonation de l'énergie qui est revendiqué, à travers cette nouvelle structure de commercialisation à travers la distribution de BioGNV, issu cette fois d'une nouvelle source de valorisation.

Elle associera le géant français de la gestion de l'eau et des déchets et une ETI drômoise en hypercroisssance, spécialisée dans la valorisation du biogaz issu de la méthanisation de déchets organiques (industriels et agricoles principalement).

Dans la région, une autre entreprise, Waga Energy, propose la valorisation de biogaz des sites d'enfouissement sous forme de biométhane.

Une solution de mobilité verte pour les collectivités locales clientes de Suez

Ambition de Works4Impact :  commercialiser auprès des clients publics de Suez, une solution d'énergie décarbonée pour développer la mobilité verte, grâce à la distribution de BioGNV (Bio Gaz pour les véhicules).

"L'hydrogène et l'électricité sont souvent mises en avant mais est important aussi de s'intéresser au biométhane, car je suis persuadé que demain il faudra s'appuyer sur un mix énergétique solide", insiste Sébastien Paolozzi, président de Prodeval.

Le biométhane, issu de la dégradation biologique des matières organiques, se substitue en effet au gaz naturel d'origine fossile. Liquéfié ou comprimé, il peut aussi être utilisé comme carburant vert.

"Le biogaz est issu de deux types d'activités : les activités de traitement des résidus agricoles par méthanisation et les activités de traitement de la fraction biologique des déchets ménagers et des boues issues des eaux usées", précise Diane Galbe, directrice générale adjointe du groupe Suez, en charge de la business unit mondiale Smart et Environmental Solutions et de la Stratégie.

Si le premier segment continuera d'être traité en direct par Prodeval, c'est à ce deuxième marché, constitué justement par les déchets ménagers et les boues issues des eaux usées, que s'adressera "Works 4 Impact", où s'alliera la force du réseau Suez à l'expertise technique de Prodeval.

"Cette joint-venture est un nouvel outil stratégique très important pour Suez, car elle nous permet de répondre aux enjeux de mobilité verte de nos clients. L'utilisation du BioGNV permet une réduction de 80% des émissions de CO2 par rapport au diesel et de 75% des polluants atmosphériques", poursuit Diane Galbe.

Et de préciser que cette initiative s'inscrit pleinement dans les engagements de Suez pour le climat, qui visent notamment à faire éviter à l'ensemble de nos clients l'émission de 20 millions de tonnes de C02 par an à l'horizon 2030.

Un marché international potentiellement gigantesque

Dans un contexte où la priorité absolue de la régulation du climat s'affirme peu à peu à travers le monde, le potentiel de cette offre, couplant production de biogaz par méthanisation et distribution en circuit court, s'annonce extrêmement prometteur.

"En 2013, 0 terawatt de biogaz était injecté en France dans le réseau gaz. En 2020, c'était 2 terawatts et d'ici 2028, l'objectif est de 18 terawatts. En parallèle, il faut compter sur le déploiement des bornes de distribution de bioGNV pour les véhicules. En France, 1.000 méthaniseurs devront être opérationnels d'ici 2025 et il en reste encore 500 à construire", énumère la DG adjointe de Suez.

Le groupe estime d'ailleurs le marché à adresser en France à un milliard d'euros dès 2025 pour la JV et Prodeval. Même chose, voire plus, en Italie, tandis qu'en Amérique du Nord il pourrait même atteindre les 10 milliards d'euros...

C'est pourquoi Works 4 Impact envisage de donner priorité à court terme à la France et à l'Italie, puis ensuite à l'Europe (notamment à l'Espagne), et enfin aux Etats-Unis. Pour Prodeval, cette association avec Suez lui assure une crédibilité renforcée à l'international.

"Suez est un groupe international reconnu partout dans le monde, il est ainsi beaucoup plus facile pour nous de répondre aux attentes des clients internationaux ", reconnait le dirigeant de Prodeval. Pour preuve, cet appel d'offres remporté très récemment par le duo avec l'exploitant des stations d'épuration de Rome pour l'installation de deux équipements.

Une nouvelle étape dans une collaboration déjà ancienne

La création de cette joint-venture représente en réalité une nouvelle étape dans une collaboration déjà ancienne entre les deux entités. Collaboration qui remonte à 2014 avec le premier prototype de méthaniseur de Prodeval installé sur une station d'épuration gérée par Suez à la Roche-sur-Foron.

Deux ans plus tard, Suez entrait au capital de l'entreprise à hauteur de 22% via son fonds Ventures. Participation portée à 40% cet été. Prodeval a d'ores et déjà équipé 30 installations d'injection de biogaz sur les stations d'épuration de Suez (le géant français en exploite 1.700 au total).

Si Suez n'est pas le seul partenaire de l'entreprise, cette collaboration a boosté l'acteur drômois que dirige Sébastien Paolozzi. Il avait repris en 2010 une petite entreprise de 5 personnes s'intéressant au biométhane et réalisant moins de 2 millions d'euros de chiffre d'affaires. L'année dernière, la même entreprise affichait un CA de 75 millions d'euros, et table cette année sur un atterrissage à 120 millions avec 280 salariés...

Une cinquantaine d'embauches est d'ores et déjà au programme de 2022. Avec 230 installations d'unités de méthanisation à son actif à fin 2021, son dirigeant revendique plus de 50% de parts de marché en France et 30% en Italie.

En hypercroissance, l'ETI a ouvert une filiale à Montréal en 2019, une autre aux Etats-Unis cet été avec déjà 15 installations signées, et une autre encore à Prague cet été.

Parmi les produits phares de Prodeval, on compte déjà un système d'épuration membranaire du biogaz permettant d'atteindre, selon Sébastien Paolozzi, un rendement épuratoire supérieur à 99%. Elle a aussi développé la station de distribution CN'Green, soutenue par Bpifrance et la Région Auvergne-Rhône-Alpes comme celle installée à Saint-Denis-sur-Coise dans la Loire.

C'est d'ailleurs sur ce site que le binôme dévoile aujourd'hui ses ambitions : "Il combine une station de distribution de BioGNV qui remporte un succès important auprès des utilisateurs des services publics (bus, camions pour la collecte des déchets etc) - où nous prévoyons d'ailleurs étendre ses capacités d'ici la fin de l'année -, ainsi qu'une unité de méthanisation traitant les effluents de plusieurs fermes du territoire. C'est un parfait exemple de nos compétences et du potentiel qui s'ouvre aux collectivités locales avec le développement du BioGnv", souligne le dirigeant de l'ETI drômoise.

De son côté, Suez a enregistré en 2020 un chiffre d'affaires de 17,2 milliards d'euros (18 milliards en 2019), dont 6,8 milliards pour le segment eau, 7,2 milliards pour le recyclage et la valorisation des déchets et 3,8 milliards pour son segment "environmental tech et solutions".

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