ACI Groupe : cet industriel lyonnais qui a repris 11 entreprises depuis la crise Covid

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Le lyonnais ACI Groupe prépare une levée de fonds de trois à cinq millions d'euros pour la fin 2021 en vue de financer d'autres acquisitions à venir.
Le lyonnais ACI Groupe prépare une levée de fonds de trois à cinq millions d'euros pour la fin 2021 en vue de financer d'autres acquisitions à venir. (Crédits : DR)
RELANCE. Alors que certains industriels ont décidé de freiner des quatre fers, le fournisseur de rang 1 et 2 pour l'aéronautique, l'automobile, le ferroviaire et la défense ACI Groupe a au contraire choisi d'accélérer fortement sa stratégie, en capitalisant sur le Plan de relance. Créée de toutes pièces en 2019 par deux cadres issus de grands groupes (Airbus, Aubert et Duval, WeAre etc), cette ETI lyonnaise vient de reprendre une dizaine de PME en pleine crise et prévoit de lever 3 à 5 millions d'ici la fin de l'année pour booster encore son déploiement.

En quelques mois, les deux hommes, qui ont installé le siège social de leur entreprise à Lyon, ont signé l'acquisition d'une bonne quinzaine d'entreprises presque toutes situées dans la région Auvergne Rhône-Alpes.

Avec une ambition clairement affichée : frapper vite et fort afin de constituer rapidement un réseau industriel multipôles solide, capable de proposer aux donneurs d'ordre la fabrication, essentiellement made in France de sous-ensembles. Pour accélérer encore dans les prochains mois, une levée de fonds de trois à cinq millions d'euros est envisagée pour la fin 2021.

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"Nous avons ciblé cinq branches d'activité différentes : la sous-traitance et la maintenance aéronautique, la mobilité et l'énergie, la Défense et l'industrie, les produits et enfin le médical ", explique Philippe Rivière. "Ces secteurs ont en commun de présenter à l'entrée de fortes barrières techniques ou réglementaires. Nous préférons nous engager sur des marchés difficiles à pénétrer. Autre critère de sélection : ces marchés nécessitent tous des mix de pièces à valeurs ajoutées différentes".

Accélération dès 2021

Une stratégie que la crise sanitaire n'a pas remise en question, au contraire même... "Nous avions prévu d'avoir un groupe pesant 100 millions d'euros en 2023, finalement ce sera en 2021", sourit Philippe Rivière.

"Devant cette crise, nous avions deux choix : nous contenter de ce que nous avions déjà lancé, ou accélérer. Nous avons choisi d'aller sur une stratégie encore plus offensive. Le plan de relance injecte beaucoup d'argent dans l'industrie française, sur des secteurs clés comme l'hydrogène ou le militaire par exemple".

Il entrevoit ainsi un phénomène de rationalisation et de consolidation à venir au sein des petits sous-traitants, sur le même schéma que ce qui s'est passé pour l'aéronautique il y a quelques années. "Notre positionnement en pôles capables de fournir des sous-ensembles est encore plus pertinent".

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Philippe Rivière, qui a participé fin 2020 à la rédaction d'un recueil de propositions pour "sauvegarder le patrimoine économique et entrepreneurial" remis à Cédric O, concède une autre raison à cette accélération des acquisitions : le nombre plus important d'entreprises à vendre, avec parfois de belles pépites. " Pour certains dirigeants de TPE et PME en fin de carrière, cette crise constitue le déclencheur. Ils ne se sentent pas forcément la force de pousser le rebond".

Deux PME de la Vallée de l'Arve pour son pôle mobilités

La construction d'ACI Groupe n'est pas encore achevée mais l'entreprise peut d'ores et déjà se targuer de plusieurs pôles bien constitués. Le pôle aéronautique notamment, le premier déployé (Reims, Saint-Etienne et Roumanie) dès 2019 et représentant un chiffre d'affaires de 20 millions d'euros (180 personnes), avec un objectif à 30 millions d'euros grâce à une acquisition complémentaire probablement dans le domaine des hélicoptères.

"Contrairement à d'autres sous-traitants, nos activités aéronautiques ont été relativement épargnées car nous travaillons notamment sur l'aviation d'affaires qui a été bien moins impactée que l'aviation civile. Et puis, nous fabriquons des portes permettant de transformer les avions civils en avions cargo. Là aussi, la demande est forte".

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Fin mars 2020, en pleine crise, les deux dirigeants se sont lancés à l'assaut de leur deuxième pôle d'activité, la mobilité et l'énergie, avec l'acquisition de plusieurs PME de la Vallée de l'Arve (MPM et MPR, cette dernière ayant été reprise à la barre du Tribunal de Commerce).

Cette unité représente aujourd'hui 12 millions d'euros de chiffre d'affaires (100 salariés), avec l'ambition de grimper à 20 millions sous 18 mois.

Un projet "Territoire d'Industrie" baptisé New Mobility a été déposé pour amener ce pôle très tourné vers l'automobile jusqu'aux bus et camions avec de nouvelles énergies. Ce projet représentera un investissement de 8 millions d'euros en croissance externe, acquisitions machines et formations.

Un second dossier soumis à "Territoire d'industrie"

Quelques semaines plus tard, c'est à Saint-Etienne, qu'ACI Groupe a arrimé son troisième pôle, Défense et industrie, avec les PME Comefor, AS Meca Bernard et Somer Rectification. Au total, 12 millions d'euros pour 80 salariés. Là encore, un dossier "Territoire d'industrie" a été constitué. A la clé, un investissement de 4 millions d'euros. Sous deux ans, ce pôle devrait atteindre 20 millions d'euros de chiffre d'affaires.

Fin 2020, Philippe Rivière et Patrice Rives ont placé la première pièce de la nouvelle business unit Produits grâce au rachat de la PME centenaire Rabourdin (Marne-la-Vallée) fabriquant des vis épaulées pour le marché de l'aéronautique. ACI vient de monter une deuxième marche avec l'acquisition il y a quelques jours de Vissal à Belfort (visserie pour le ferroviaire et l'énergie). L'ensemble représente 22 millions d'euros (120 salariés). La cible sous 2 ans est fixée à 30 millions d'euros.

ACI dispose par ailleurs d'une entité "Services", constituée de trois entreprises et pesant 1,5 million d'euros. Il lui reste désormais un dernier sprint à courir afin de constituer sa dernière business unit : le médical. "Pour l'instant, nous n'avons fait aucune acquisition mais nous avons deux cibles chaudes. L'une concerne les équipements destinés à faire des radios, l'autre de la fabrication de prothèses. La première est à Grenoble, la seconde sur le territoire stéphanois. Il est possible que nous concrétisions les deux. Notre objectif pour cette business unit est à 20 millions d'euros", confie Philippe Rivière.

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