Covid-19 : les fromages d'Auvergne misent sur l'export pour compenser les pertes

 |  | 946 mots
Lecture 5 min.
L'export, qui représente près de 12% des ventes de la Fourme d'Ambert et 27 % de celles du Bleu d'Auvergne, a globalement sauvé la mise de ces AOP cette année.
L'export, qui représente près de 12% des ventes de la Fourme d'Ambert et 27 % de celles du Bleu d'Auvergne, a globalement sauvé la mise de ces AOP cette année. (Crédits : DR/Sabine Alphonsine)
Pour les fromages d'Auvergne, le rebond en 2021 passera par l'export. Épargnés jusqu'ici par les taxes Trump -désormais suspendue-, les fromages AOP d’Auvergne se sont jusqu'ici bien défendus à l'international. Et ils entendent bien continuer à faire rayonner la région hors des frontières cette année, afin de compenser les pertes enregistrées au sein de la restauration collective à travers l'Hexagone, qui pénalisent lourdement leur modèle.

Depuis la mise en place en octobre 2019 des taxes Trump -désormais suspendues-, les droits de douane additionnels établis par les États-Unis sur les importations en provenance de l'Union européenne pénalisent un certain nombre de filières. Bonne nouvelle cependant pour les fromages d'Auvergne : ces derniers n'auront jamais été taxés, ne relevant "miraculeusement" pas des lignes tarifaires américaines assujetties à un tel droit de douane.

"Dans le cadre des rétorsions liées au contentieux Airbus-Boeing, l'exemption n'est pas l'apanage des AOP auvergnates, mais concernait l'ensemble des fromages français", précise Benoit Rouyer, économiste du Cniel (Centre National Interprofessionnel de l'Economie Laitière). "Les Etats-Unis ont visiblement fait le choix tactique de cibler certains couples de produits et pays, pour tenter de semer le trouble au sein des différents Etats-membres." Les fromages français sont, en revanche, sous la menace de sanctions dans le cadre d'un autre différend, celui sur les taxes GAFA instaurées dans quelques pays de l'UE, en particulier la France, mais, pour l'instant, les éventuelles surtaxes à l'importation n'ont pas été mises en œuvre.

Une chance qu'apprécie Didier Thuaire, co-président de la Société Fromagère du Livradois. "Les fromages AOC d'Auvergne ne sont pas concernés par ces taxes Trump. Elles n'ont donc pas le même impact que sur le vin français ou les fromages italiens."

Pourtant, elles ont bien inquiété la filière, reconnaît Aurélien Vorger, directeur du groupement d'employeurs des AOP Persillées et responsable du syndicat de l'AOP Bleu d'Auvergne.

"Nous sommes déjà sur une gamme de prix élevés aux USA, si les taxes augmentaient encore ce prix, elles annuleraient tout simplement le marché, cela n'aurait plus d'intérêt".

Le Bleu d'Auvergne, déjà champion de l'export en AOP

Et de rappeler que ces dernières années, des investissements ont déjà été réalisés par les acteurs français afin de protéger les AOP aux Etats-Unis. Entre le dépôt des marques, l'instruction des dossiers et les renouvellements, les filières ont investi entre 15 et 20.000 euros. Et elles n'ont pas hésité à le faire car le jeu en vaut la chandelle.

Les chiffres d'exportation habituels sont éloquents : un quart de la production du Bleu d'Auvergne est vendue à l'étranger. Avec plus de 25 % de ses volumes de production commercialisés dans le monde entier, l'AOP Bleu d'Auvergne est le fromage AOP qui s'exporte le mieux !

Cette réussite s'explique par son goût, mais pas que. Le Bleu d'Auvergne est unanimement reconnu par les professionnels de l'export comme un produit à la fois sûr et sain. Sa forme et son conditionnement sont par ailleurs deux atouts majeurs pour le transporter dans les meilleures conditions possibles.

Avant la crise du Covid, c'est surtout l'Espagne qui en consommait le plus et arrivait en tête du classement des pays importateurs de Bleu d'Auvergne, talonnée de peu par la Belgique, la Russie, la Pologne et la Hongrie. Au total, ce sont plus de 30 pays dont les Etats-Unis, le Japon, la Chine et l'Australie qui l'achètent.

Si l'exportation vers les États-Unis de fromages au lait cru est interdite depuis des décennies, les filières Bleu d'Auvergne et Fourme d'Ambert se sont adaptées à ce marché, tout comme les autres AOP d'Auvergne, dont une partie des productions ne sont pas au lait cru.

2020, l'année de la transition, y compris fromagère

Si les exportations ont elles aussi subi la crise sanitaire, cette situation s'avère cependant très variée en fonction des pays. "La tendance était mauvaise aux Etats-Unis, à cause du Covid, mais les conséquences ont été plutôt positives au Bénélux et en Allemagne", constate Aurélien Vorger.

Globalement, les volumes commercialisés en 2020 auraient en effet baissé de -7,9%, soit un total de 4.760 tonnes exportés pour la Fourme d'Ambert et de -9.2% pour le Bleu d'Auvergne  (soit un total de 5.430 tonnes vendues).

Mais paradoxalement sur cette période, l'export aura plutôt soutenu que pénalisé les filières AOP d'Auvergne, qui ont souffert plus dûrement de la fermeture des restaurants à travers l'Hexagone. En effet, le marché de la restauration hors cadre familial plombé l'ensemble des acteurs de la filière.

"Les fromages AOC ont perdu 10 % de ventes cette année, et c'est lié au Covid. La vente en grande distribution n'a pas compensé la perte des ventes en restaurant ou en restauration collective. Or, les fromages d'Auvergne sont très présents sur ce secteur", remarque Didier Thuaire.

L'export, qui représente près de 12% des ventes de la Fourme d'Ambert et 27 % de celles du Bleu d'Auvergne, a donc globalement sauvé la mise de ces AOP cette année.

La Société Fromagère du Livradois constate elle aussi un beau frémissement sur ce marché, notamment en provenance du Bénélux. Elle fait partie des cinq premières entreprises fromagères de la région Auvergne et ses Appellations d'Origine représentent 50 % de l'activité de l'entreprise créée en 1949, au coeur du Parc naturel régional Livradois Forez. Elle transforme chaque année 50 millions de litres de lait, emploie 240 salariés et réalise un chiffre d'affaires de 80 millions d'euros, dont 15 % à l'export.

"Concernant nos plans d'actions dans les mois à venir, nous avons une volonté de communiquer pour revenir aux dynamiques d'avant-crise sanitaire, mais les évolutions de 2021 seront fortement liées au retour de la restauration", prévoit Aurélien Vorger. Avec, parmi ses axes pour lutter contre ce climat morose, celle de renforcer les exportations de la Fourme d'Ambert et Bleu d'Auvergne sur la Belgique, ainsi que sur l'Allemagne.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :