La montagne, future ligne de crête pour les candidats aux Régionales en Auvergne Rhône-Alpes

ENJEUX. En plus de traiter certains dossiers clés (comme les transports, l'économie, etc), le futur exécutif qui sortira des urnes le 27 juin prochain se retrouvera également à la tête, en Auvergne Rhône-Alpes, de la région la plus montagneuse de France. Et ce, alors que l’économie des stations de sports d’hiver traverse en même temps la plus grande crise de son existence. Comment les différents candidats comptent répondre à ce défi ? Tour d'horizon.

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Que fera la future collectivité régionale durant le prochain mandat pour soutenir l'économie de la montagne, en lien avec sa compétence en matière d'économie, mais aussi de tourisme ? A ce sujet, force est de constater que les visions des différents candidats divergent.
Que fera la future collectivité régionale durant le prochain mandat pour soutenir l'économie de la montagne, en lien avec sa compétence en matière d'économie, mais aussi de tourisme ? A ce sujet, force est de constater que les visions des différents candidats divergent. (Crédits : Poma)

Ils étaient unanimes cet hiver pour dénoncer la fermeture des remontées mécaniques dans les stations de sports d'hiver : les exploitants de remontées mécaniques eux-mêmes, mais aussi leurs fournisseurs, les socio-professionnels et les élus des communes de ces stations, ont parlé d'une seule voix.

Tous réclamaient notamment la réouverture au plus tôt pour sauver la montagne, et qu'importe si la montagne est plus vaste que les seuls domaine skiables. Car il est un fait, derrière lequel même le premier Ministre Jean Castex s'est finalement rangé lors de son passage en Tarentaise fin mai : aujourd'hui, l'économie de la montagne est essentiellement alimentée par la manne du ski alpin.

Avec au coeur de ce modèle, les remontées mécaniques, qui permettent d'amener les skieurs de tous niveaux et de tous âges vers les sommets, et qui sont aussi garants d'une économie qui draine avec elle l'ensemble des vallées voisines.

Un secteur en stagnation

Car jusqu'ici, les recettes générées par les forfaits, les locations et ventes de matériels, les hébergements et la restauration sont sans commune mesure avec les revenus apportés par les pratiquants de ski de fond, de raquettes, et autres activités hivernales. Et c'est sans parler des activités estivales, dont les recettes sont encore (très) loin de rivaliser avec l'hiver.

A tel point qu'avant la pandémie, les stations de sports d'hiver recevaient chaque année 10 millions de touristes - 25% venus de l'étranger - , dont 7 millions de pratiquants des ports de glisse, selon Domaines skiables de France (DSF). À elles seules, les sociétés exploitantes des remontées mécaniques encaissent annuellement un milliard d'euros, soit 10% des 10 milliards d'euros dépensés dans les stations qui font vivre 18.000 salariés.

Ces chiffres ne doivent pas faire oublier une réalité : si le modèle est bien là, ses acteurs peinaient également à le renouveler significativement, ou du moins à trouver des relais de croissance à l'image des pays émergeants, où la pratique du ski est encore en plein développement.

Résultat ? Les niveaux de fréquentation ainsi que les recettes des remontées mécaniques bien que conséquents, s'affichaient en quasi stagnation depuis une dizaine d'années au sein des massifs alpins, alors que l'enneigement tend à devenir moins important, et que la clientèle peine à se renouveler et surtout se rajeunir. Comme sur d'autres marchés, cette pandémie n'aura donc fait qu'accélérer une fragilisation du modèle économique déjà présente à une toute autre échelle.

Wauquiez : tout pour le ski

Dès lors, on peut se demander : que fera la future collectivité régionale durant le prochain mandat pour soutenir l'économie de la montagne, en lien avec sa compétence en matière d'économie mais aussi de tourisme ?

A ce sujet, force est de constater que les visions des différents candidats divergent.

Dans son programme électoral, l'actuel président LR Laurent Wauquiez dit vouloir continuer de « soutenir la montagne en soutenant les stations de ski hiver comme été », résumant la montagne aux stations de ski. L'exécutif actuel a déjà investi 110 millions d'euros dans son plan montagne, largement destiné aux stations, sans parvenir à empêcher la stagnation de la fréquentation et des recettes.

Le président sortant de la région Auvergne-Rhône-Alpes dit également vouloir soutenir les classes de neige, deux ans après que son exécutif ait adopté un précédent plan de soutien. La Région observait alors que la proportion de jeunes de 15-25 ans était passée de 20% à 14% dans les stations depuis 1995.

Enfin, Laurent Wauquiez dit vouloir bâtir la première montagne durable du monde grâce aux énergies positives et au matériel hydrogène. Aucune remise en question du modèle économique n'est évoquée.

Bonnell : développer la neige artificielle

Face au président sortant, Bruno Bonnell (LREM) adopte une ligne voisine en misant sur la neige de culture pour allonger la durée de vie des remontées mécaniques, et ce faisant, accroître les recettes afin de développer le tourisme quatre saisons et d'améliorer la vie dans les villages de montagne.

Le candidat de la majorité présidentielle entend même miser sur les retenues d'eau en altitude, prévues pour alimenter les enneigeurs, afin de desservir les communes en eau potable. L'idée a déjà été lancée, comme à La Clusaz... où elle est loin de faire l'unanimité, en raison d'inquiétudes sur des espèces et des habitats protégés.

Vallaud-Belkacem : deux milliards "tous azimuts"

La vision du tout-ski est quant à elle rejetée par la candidate Najat Vallaud-Belkacem (PS), qui ne voit pas d'avenir dans ce modèle, en promettant un engagement de deux milliards d'euros pour faire face aux défis climatiques et économiques dans les dix ans à venir.

Cet argent sera investi dans des projets innovants, annonce la candidate, dont le programme électoral énumère une longue liste de domaines, allant de la lutte contre l'étalement des stations jusqu'à la neige de culture, en passant par le logement social en station par la décarbonation du ski alpin.

Grébert : développer une offre différente

De son coté, Fabienne Grébert (EELV) croit en la possibilité de proposer « une offre différenciante » qu'elle évoquait déjà à La Tribune en janvier dernier, en se basant sur plusieurs modèles économiques à inventer, citant la possibilité de s'appuyer sur le développement de la pratique du vélo pour créer une offre de services de réparation et de restauration sur les parcours.

La montagne deviendra selon elle une destination attractive auprès des habitants des métropoles en raison des épisodes de canicule qui seront plus fréquents, sans préciser les leviers d'actions d'un exécutif régional écologiste, qui devra cependant tâcher de préparer les habitants et les acteurs économiques à un inévitable changement de fonctionnement de 80% des stations de sports d'hiver d'ici 2050, avance-t-elle.

Kotarac : pas un mot

Quant au candidat RN, qui avait quitté la France Insoumise au cours du mandat précédent, Andréa Kotarac, ni le mot « montagne » ni le mot « station » n'apparaissent parmi les 26 pages de son programme électoral figurant sur son site de campagne.

Aucune proposition n'est faite sur le sujet des remontées mécaniques ni sur le modèle économique du tourisme en montagne. Dans un entretien à La Tribune, il évoque l'enjeu du localisme, qui comprendrait selon lui la défense du patrimoine naturel régional et donc, "de ses montagnes, ses volcans, ses stations thermales", mais sans proposition concrète.

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