RH : les compétences humaines supplantent-elles celles techniques ?

Plutôt que les compétences techniques, les entreprises sont désormais à la recherche de candidats qui se démarquent sur le plan des qualités humaines. Autrement dit, qui savent développer leurs "soft skills". Si bien que l'enseignement supérieur doit s'adapter. Une évolution qui s'explique par les mutations du marché du travail. Mais marque-t-elle également la fin des compétences techniques, ces "hard skills" enseignées depuis de nombreuses années ?

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(Crédits : Reuters)

Mettre en valeur les compétences sociales des étudiants. Tel est l'objectif du passeport lancé à titre expérimental par l'iaelyon en début d'année. Cette valorisation passe par l'introduction de cours spécifiques au sein du cursus - comme un accompagnement pour l'orientation - mais également en dehors des cours. "Nous voulons promouvoir l'ouverture à l'autre. Les élèves de licence devront par exemple consacrer 20 heures de leur temps à une association", détaille le directeur général de l'iaelyon, Jérôme Rive. En master, des modules seront également intégrés pour mettre en avant la capacité des étudiants à développer leurs aptitudes, leurs talents - autrement dit leurs "soft skills" - en parallèle de leurs connaissances et compétences techniques.

Marché du travail

Une démarche qui s'inscrit dans l'ADN de l'école :

"Nous sommes une école universitaire, nous devons fournir une prise de recul sur la technique. Par ailleurs, le management induit une certaine sensibilité. Pour établir un lien durable avec le collaborateur, il est nécessaire de travailler cette dimension."

Mais cette politique menée par l'école de management lyonnaise s'inscrit avant tout dans une volonté de s'adapter au monde de l'entreprise, actuellement en mutation.

"Le marché du travail évolue, les CDI ne sont plus la norme. Il faut pouvoir être solide pour l'affronter", affirme Caroline Guichet, experte en recrutement au sein du cabinet niçois Emergences RH.

Et par conséquent, il devient nécessaire de savoir développer ces aptitudes à la fois "personnelles, comme la gestion du stress, ou sociales, comme l'empathie ou la capacité d'écoute", développe Julien Bouret. Actuellement coach en bien-être personnel, spécialisé dans la gestion du stress, il est l'auteur avec Fabrice Mauléon et Jérôme Hoarau d'un ouvrage intitulé "Le réflexe soft skills, les compétences du leader demain" (Editions Dunod, 2014).

Entreprises

Mais surtout, ces qualités sont désormais sollicitées par les entreprises elles-mêmes dans le cadre de leurs recrutements, et ce quelques soient les fonctions.

"Les soft skills sont de plus en plus recherchés de façon explicite dans les fiches de poste. Par exemple, je recrute actuellement des techniciens SAV et la moitié des compétences requises sont en relation avec les soft skills", témoigne Caroline Guichet.

Alors que le socle de connaissance est généralement similaire pour tous les étudiants ayant suivi le même parcours scolaire, pour le candidat, acquérir ou mettre en valeur ces compétences apparaît comme un moyen de se démarquer.

"Lorsque j'interviens école de commerce, je leur dis : "Vous avez suivi le même cursus, fait les mêmes stages... Et pourtant vous êtes tous différents." Ils doivent donc mettre en avant leur singularité", raconte Caroline Guichet.

Par ailleurs, pour les sociétés, avoir des salariés avec de telles compétences humaines est "intéressant" car, par effet domino, "cela sert l'efficacité de l'entreprise", analyse le coach en bien-être personnel. "Apprendre à développer ses soft skills permet d'améliorer son rapport au travail, car l'individu se sent plus à son aise."

Complémentarité

De là à dire que les soft skills pourraient un jour supplanter les connaissances techniques ? Pour l'experte en ressources humaines, "l'important aujourd'hui est de savoir apprendre, et non pas d'avoir des connaissances. Dans mes processus de recrutement, je ne cherche pas forcément le plus compétent, mais celui qui aura vraiment envie."

Cependant, "les soft skills sont plutôt un ornement", analyse Jérôme Rive.

"Les deux sont complémentaires, assure de son côté Julien Bouret. Les soft skills viennent sublimer les savoirs. Par exemple, si je sais utiliser un tableur excel, ma capacité de concentration va venir favoriser cette compétence première."

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