Comment la Public Factory imagine les politiques publiques de demain

A travers sa Public Factory, Sciences Po Lyon renoue avec ses traditions : travailler sur la transformation publique.

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(Crédits : DR)

En partenariat avec la Métropole de Lyon et l'Université de Lyon, Sciences Po Lyon a lancé, à la rentrée universitaire 2018-2019, la Public Factory. Cette "fabrique de l'innovation" ressemble à une sorte de Fablab. Si on n'y usine pas des pièces et des prototypes, on y fabrique de nouvelles idées de politiques publiques.

"Les étudiants répondent en temps réel aux demandes des collectivités, associations, entreprises qui ont besoin d'un accompagnement et d'innovation dans leurs problématiques," explique Renaud Payre, directeur de l'établissement lyonnais.

Par ce biais, Sciences Po Lyon renforce la professionnalisation de ses étudiants en quatrième année, puisque les commandes portent sur de réels enjeux politiques.

"C'est aussi un pari sur les sciences humaines, leur utilité et leur expertise," ajoute Renaud Payre.

Actuellement, la Public Factory est hébergée à Sciences Po Lyon. Mais, en 2021, ce laboratoire d'innovation bénéficiera d'un lieu totem, qui devrait être dévoilé en septembre prochain.

Une évaluation de l'Appel des 30

Un premier projet, sur commande de la Métropole de Lyon, demandait une évaluation de "l'Appel de 30 !" afin de proposer des pistes de réflexion visant la poursuite de la revitalisation de la Vallée de la Chimie. Une vingtaine d'étudiants ont travaillé sur le sujet.

Dans leur restitution, ils remarquent notamment que la place des habitants dans ce projet a pu être oubliée, alors que le bassin de population s'étend à 100 000 habitants, mais aussi que le PPRT, s'il protège, est aussi une contrainte pour les entreprises.

Des points positifs comme l'émergence d'une filière verte, l'image changée de la Vallée de la Chimie ou encore le rôle d'émulation des acteurs joué par le projet ont été soulevés.

Le dossier, qui sera livré à la Métropole, devrait être pris en compte dans le cadre de la prochaine stratégie de ce territoire.

Quel rôle pour les mairies rurales ?

Le deuxième projet s'attelait à définir le rôle de la mairie dans les territoires isolés et identifier des possibilités d'évolution dans son offre de services aux habitants. Les étudiants sont partis en immersion dans trois villages de Loire, Savoie et Ain pour comprendre sur le terrain les enjeux liés aussi bien au bâtiment en lui-même qu'aux services administratifs proposés par la mairie, recueillant les avis des citoyens et des élus. Grâce à ce travail, l'association des maires ruraux de France (AMRF), commanditaire de l'étude, va pouvoir se doter d'une boîte à outils à destinations des édiles.

Parmi les propositions : faire de la mairie un lieu ressource multi-services pour réduire les fractures sociales, numériques ou économiques (salle informatique en libre-service par exemple), un lieu de rencontre et de lien social dans le village, impliquer les habitants dans la vie démocratique ou encore réaliser des projets pour soutenir le développement durable, la consommation locale...

"C'est un outil d'aide à la décision en plus. Nos territoires ne s'en sortiront qu'en travaillant au bénéfice de tous. Ce projet a une valeur considérable, c'est la mairie tout court qui a été décrite, pas seulement la mairie rurale. C'est aussi un moyen de prouver que l'échelon municipal est important et a un rôle fondamental à jouer dans la transition énergétique," commente Cédric Szabo, directeur de l'AMRF

Changer le système pour mieux intégrer les réfugiés

Ce projet, éminemment plus politique que les trois précédents, a permis aux étudiants de se rendre dans trois départements (Ain, Cantal et Ardèche) pour expérimenter le parcours des réfugiés politiques en milieu rural. Ils se sont montrés particulièrement critiques face au système en place, soulignant qu'eux-mêmes, Français, avaient du mal à se repérer dans le dédale des acronymes et interlocuteurs.

Ils proposent que l'Etat cadre le rôle de chaque structure, et mette en place une plateforme numérique de coordination. Un outil qui servirait aussi bien aux différents services qu'aux réfugiés eux-mêmes, qui auraient un lieu ressource d'information et un moyen facile pour communiquer avec les organismes concernés. Le but aussi est que le dossier de chaque réfugié puisse être accessible afin de ne pas rater un élément dans le suivi de son intégration.

"Il faut faire un chemin clair et transparent du processus d'intégration des réfugiés," ont conclu les étudiants, qui ont aussi noté la difficulté de mobilité dans certains territoires, élément préjudiciable pour les réfugiés dans leurs démarches.

Le directeur de Sciences Po Lyon s'est montré stupéfait par le travail réalisé.

"On ne pouvait pas imaginer une telle effervescence lorsque le projet a été lancé. Les étudiants sont entrés en plein dans le design d'action publique, cela ouvre des horizons. Ils ont envie d'inventer des choses et je crois que cela peut redonner du sens à l'action publique."

Dès l'année prochaine, la Public Factory travaillera sur huit projets.

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